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La marche nordique pour mieux reprendre après une blessure ?

La marche nordique pourrait ne pas être uniquement destinée aux personnes « lambda » qui souhaitent se maintenir en forme, avec des athlètes de haut niveau y ayant recours dans le cas d’une reprise progressive de l’entraînement après une blessure. Explications.

14 décembre dernier, Rénelle Lamote contracte une entorse à la cheville. De quelle manière ? « Trop nulle ! » en sourit-elle aujourd’hui. « En fait, on était parties en forêt et il n’y avait pas beaucoup de lumière. Je me suis pris le pied dans une flaque vide ». Petite période de coupure avant de repartir au taquet à l’entraînement en stage début janvier au Portugal, mais se déclare alors une tenace péritendinite du tendon d’Achille.

Le médecin des équipes de France Jean-Michel Serra propose à la finaliste mondiale du 800 mètres et à son coach Thierry Choffin de reprendre l’activité physique par le truchement de la marque nordique.

Avec la marche nordique, « le poids du corps est allégé entre 20 et 40% »

Le schéma classique pour récupérer d’une blessure musculaire ou tendineuse est le suivant, expose en préambule Jean-Michel Serra.

« Il est d’abord pénible de marcher, puis la marche normale est faisable alors que la course difficile. On récupère enfin progressivement la capacité de courir. La première chose que les sportifs ont envie de faire, c’est de se remettre à courir pour reprendre le plus vite possible l’entraînement. Sauf que si jamais ils sont capables de faire un petit footing,  au-delà, ils vont commencer à tirer sur les structures, pas forcément avec un ressenti négatif important, mais les lésions sont proches et pas complètement cicatrisées. Le risque de rechute est important ».

baton

La marche nordique prend son sens pour éviter la récidive explique le Dr Serra. « L’idée est de repartir par tous les cycles de la marche jusqu’à la course (marche normale, marche accélérée, marche nordique, course avec bâtons, course normale). L’avantage de la marche nordique, c’est que le poids du corps va être allégé par rapport aux appuis. C’est très intéressant, car cela va reproduire ce que l’on est capable de faire dans certains centres de rééducation avec les tapis alter-G, où les gens courent en quelque sorte en apesanteur ».

Sauf que la grande majorité de la population n’a pas accès à ces structures. Et la marche nordique est davantage qu’un ersatz de tapis alter-G selon le médecin des équipes de France. « Le chiffrage est un peu à la louche car ce n’est pas évident d’avoir de certitudes au niveau des impacts, en fonction des gens et de l’intensité qu’ils mettent, mais le poids du corps est allégé entre 20 et 40% ».

Quel est le protocole de reprise à suivre ?

« Cela dépend de la blessure sous-jacente et du moment où l’on va commencer à avoir une marche normale, sans douleur » poursuit Jean-Michel Serra. «  A partir de ce moment là, on peut demander au sportif d’avoir une marche accélérée –pas de la marche athlétique. Si en ayant un bon pas, il n’y a pas trop de gêne, on va pouvoir faire de la marche nordique –car les sportifs habitués à courir ne vont pas trouver de plaisir à marcher une heure à un bon pas. En apprenant un peu la gestuelle, et en général les sportifs l’acquièrent vite, ils vont trouver plus de plaisir car ça va être plus ludique ».

Rénelle Lamote précise : « Un ami marcheur m’a appris à marcher avec les bâtons. J’ai pu rapidement me coordonner. Je marchais assez lentement au début, puis j’essayais progressivement de marcher le plus vite possible pour travailler au mieux cardiaquement. C’était assez agréable. C’est un effort sympa. Même si je préfère la course à pied, j’étais contente de faire de la course avec bâtons ».

Au tout début –et pour tous types de coureurs, haut niveau ou pas-, le footing est donc remplacé par de la marche nordique stricto sensu (des sorties de 30’, 45’ etc…).

Puis, « c’est un peu à la carte, cela dépend des sensations. S’il n’y aucun ressenti douloureux avec la marche avec bâtons, et que les tests cliniques sont bons, on peut autoriser à trottiner avec bâtons : c’est comme si autorisait à reprendre les footings, mais avec une décharge d’au moins 20% du poids du corps, ce qui est très intéressant. Puis alterner, comme on l’avait proposé à Rénelle, une partie en course avec bâtons, et une partie footing traditionnel (comme 15’ de marche nordique/5’ de course/15’ de marche/5’ de course » décrypte Jean-Michel Serra.

« Plus on avançait dans le temps, plus on rajoutait de la course » glisse l’athlète coachée par Thierry Choffin.

Complémentaire des autres de sports de substitution

La marche nordique vient en apport du vélo, de la natation, du rameur, de la musculation, les autres sports traditionnels de substitution quand le coureur à pied est blessé. Tout cela permet de maintenir une activité durant la période de convalescence, notamment au niveau cardio respiratoire…tout en se découvrant de nouveaux muscles. « J’étais parfois lactique des épaules » se marre Rénelle Lamote, la première athlète de l’équipe de France à avoir effectué ce protocole de A à Z (Jean-Michel Serra précise que la pratique de la marche nordique en convalescence peut s’avérer intéressante dans tous les sports où il faut courir -football, rugby etc…).

« J’ai retrouvé assez vite mes qualités de pied. Le seul souci, c’était au niveau des bras. Comme ce n’est pas le même mouvement qu’en course, ils étaient un peu bloqués au début (quand elle a repris uniquement en course à pied) » poursuit celle qui avait pris « beaucoup de retard » dans sa préparation, avec une reprise unique de l’athlé mi-mars.

Aux Mondiaux à Pékin (Photo Getty Images/ IAAF)

Rénelle Lamote Aux Mondiaux à Pékin (Photo Getty Images/ IAAF)

« Même si j’ai bien travaillé pendant ma blessure (marche nordique, vélo, muscu etc…), j’ai eu trois mois très compliqués » relève celle qui s’est rassurée le 24 avril pour sa rentrée à Saint-Denis La Réunion, réalisant 2’03’’23 dans la foulée du traditionnel stage où se rend le groupe  de Thierry Choffin. « On commençait vraiment à flipper. Après la Réunion,  on était plutôt super contents ».

Retard oblige, l’objectif, ce sont d’abord les championnats d’Europe d’Amsterdam (minima à 2’01’’00) – Rénelle Lamote sera en lice aux Interclubs dimanche sur 400 mètres puis au meeting de Rehligen en Allemagne le 16 mai- avant de quêter les minima olympiques (2’00’’00 ; son record : 1’58’’86 en demi-finale des Mondiaux l’an passé).

Et troquer ainsi les bâtons de marche nordique pour glaner son bâton de Maréchal à Rio…

Texte : Quentin Guillon.

Photo : Yves-Marie Quemener.

A lire également, la longue interview de Rénelle Lamote parue dans le numéro 244 de VO2 Run