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Yohan Durand se lance sur marathon

Dans l’impossibilité de s’exprimer pleinement sur 5 000 mètres en raison de pépins physiques à répétition aux deux tendons d’Achille, Yohan Durand a décidé de se lancer sur marathon, à Paris le 12 avril prochain. Un nouveau challenge pour un athlète qui fait assurément partie des demi-fondeurs les plus talentueux de l’Hexagone.

A force, Yohan Durand doit être expert ès science des membres inférieurs. Après le tendon qui lui avait pourri sa saison 2013, le Bergeracois avait recouvré l’intégralité de ses moyens physiques l’été dernier (7’48’’20 sur 3000 mètres à Ostrava fin juin), et était bien lancé dans la quête des minima pour les championnats d’Europe de Zurich sur 5p000 mètres (il devait les tenter au meeting Areva). Las, début juillet, le mollet a lâché. En août, de nouvelles douleurs au tendon d’Achille contrarient sa reprise. « J’ai refait des injections de PRP (Plasma enrichi en plaquettes) sur mes deux tendons car j’avais de nouveau deux lésions, à gauche et à droite (lésions dues au syndrome d’Haglund, il souffre d’une excroissance osseuse au niveau du talon qui créer des tensions sur le tendon, ndlr)  » explique l’athlète coaché par Pierre Messaoud.

Durant cette énième période de convalescence, l’idée du marathon (re)fait progressivement son chemin. S’oxygéner. Briser cette sempiternelle frustration née de l’impossibilité de s’exprimer pleinement depuis maintenant près de deux ans. Se lancer sur une distance inédite, une préparation qui l’est tout autant, prendre de nouveaux repères à l’entrainement.pBref, découvrir un nouveau cheminement, des sensations jusqu’alors cachées.

« Je prends moins de plaisir à courir sur la piste »

«C’est complètement ça. Au bout d’un moment, quand tu termines deux saisons un peu frustré et déçu de ne pas pouvoir t’exprimer, car à chaque fois il y a un pépin physique qui vient enrayer la machine…Je me suis demandé ce vers quoi je voulais me tourner. J’ai 29 ans. En 2010, après avoir fait mon semi en 1h03’40’’ (1h03’43’’ à Lille, ndlr), on avait déjà eu des discussions avec mon coach par rapport cette orientation un peu plus longue. On s’était posés la question mais on estimait que j’étais encore un petit peu jeune et que j’avais encore des choses à faire sur la piste. Depuis, j’ai fait 13’17’ (13’17’’90 sur 5000 m en juin 2012), 7’44 (7’44’’46 sur 3000 m, en indoor en janvier 2012), 3’38’’ (3’38’’12 sur 1 500 m en juillet 2011): est-ce qu’on n’a pas tiré le maximum de ce que j’ai fait sur la piste ? C’est la question que l’on s’est posée. Je prenais beaucoup de plaisir à courir sur la piste, aujourd’hui j’en prends moins, peut-être en raison de ces pépins. Il y ce côté physique : peut-être que je supporte un peu moins bien tous ces entraînements à haute intensité. Et il y aussi une usure psychologique et le besoin d’un nouveau défi » explique celui qui va intégrer le projet marathon version 2015.

Les Jeux à Rio ? Chaque chose dans son temps

Il y aura cependant toujours cette lancinante épée de Damoclès planant au-dessus de ses tendons, les chocs récurrents sur le macadam représentant une autre forme de sollicitation, plus sournoise que le tartan. « Ça peut-être aussi le cas. Il faudra être vigilant par rapport à ça. Mais j’ai peut-être besoin d’un nouveau défi, repartir sur autre chose » insiste Yohan Durand, qui dans un premier temps ne se projette pas sur le moyen terme, et notamment les JO à Rio en 2016, lui qui fut tout proche de se qualifier pour Londres sur 5 000.« Très sincèrement, mon idée est de recourir sans aucune douleur et reprendre du plaisir sur les compétitions. Ce premier marathon sera une découverte et un apprentissage. A six mois de Paris, je ne me mets pas de chrono en tête. A un mois de l’échéance, suivant les performances à l’entraînement et les quelques sorties en compètes, je pourrais partir sur un chrono de référence, et voir ensuite si Rio est envisageable. Aujourd’hui, je n’y pense pas. Le but est de s’entraîner quotidiennement comme il faut, et après on verra. Je préfère fonctionner comme ça en ce moment et bien me concentrer sur aujourd’hui » confie le champion de France 2012 du 5 000 mètres, qui s’entraîne actuellement de manière «crescendo » («huit-neuf entraînements cette semaine plus un en vélo ») après sa reprise progressive mi-octobre. Hormis une légère gêne de temps à autre, les douleurs ont disparu.

« Je peux courir sans me demander si je vais pouvoir marcher le jeudi car je me suis rentré dans la “gueule“ le mercredi »

«Après, est-ce que c’est psychologique ? Je ne sais pas. Je ne ressens quasiment rien, mais je n’ai pas non plus remis de la grosse intensité. Toutefois, les injections de PRP continuent à solidifier le tendon même trois, quatre mois après. L’an dernier, je l’avais fait fin décembre et j’avais vraiment été opérationnel, sans aucune douleur, mi-mars, alors que j’avais repris début février ». Le plaisir tant convoité, le vice-champion d’Europe espoir 2007 du 1 500 m l’a de nouveau ressenti ces derniers jours. «Retrouver des sensations, recommencer à courir un peu vite, c’est quelque chose qui est important dans la vie d’athlète. Courir sans aucune appréhension, sans me demander si je vais pouvoir marcher le jeudi car je me suis rentré dans la “gueule“ le mercredi, ça n’était pas agréable et je ne fais pas ça pour martyriser mon corps. Pour l’instant, mon corps suit, j’espère que ça va continuer ». Il devrait épingler ses premiers dossards à l’occasion de la corrida de Houilles le 28 décembre afin se «remettre dans le bain de la compétition de haut niveau et (s)e débrider » avant de s’aligner le 11 janvier à la Prom’Classic à Nice, toujours sur 10km (son record : 29’11’ en 2010 à…Nice), dans l’optique de «  claquer un chrono ». Il sera alors dans les starts afin d’entamer la préparation spécifique pour ses premiers 42,195 km.