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VO2 RUN 258 –M. Sorine – Tous les chemins mènent à la ville

VO2 RUN 258 – actuellement en kiosque ou en commande ICI – consacre un très large dossier au Phénomène running qui s’empare de la ville. Du philosophe au sociologue, de l’athlète aux influenceurs, sans oublier l’organisateur d’événement, nous avons échangé avec 6 experts, chacun dans un domaine différent, pour analyser et expliquer ce phénomène. Extrait de l’interview de Michel Sorine, « inventeur » du concept de Trail urbain….

Le Trail Urbain, concept dont la popularité est en dénivelé positif permanent, est devenu, au même titre que le marathon, une vitrine resplendissante pour certaines localités. Comme si, même les traileurs, ces coureurs qui voulaient s’écarter de la métropole pour se rapprocher des montagnes tendaient à y revenir. Comme si tous les chemins menaient à la ville. Et pas que celle de Rome. Michel Sorine, le Gone qui a fait de Lyon le berceau puis la capitale mondiale de ce nouveau format de course, allume sa frontale sur le phénomène.

Le marathon prend sa source dans une Histoire millénaire, un mythe antique dont Philippidès fût le héros malheureux. Fort d’un passé centenaire et d’une symbolique presque mystique, l’épreuve de 42,195 km s’est imposée au fil des décennies et au gré des tendances comme l’étendard touristique majeur de certaines métropoles. Pourtant, un trublion vient contester l’hégémonie de ce dernier au rang d’évènement sportif populaire. Un petit David en baskets qui gambade si vite qu’il en fait trembler Goliath. Porté par la fougue de sa jeunesse, sa singularité et la vague d’enthousiasme qui déferle sur la course hors des sentiers battus, le Trail Urbain est en train de conquérir le coeur du peloton. Michel Sorine, mi-Steve Jobs des lactiques, mi-Géo-Trouvetou du dénivelé positif, est celui qui a osé inventer ce concept de course, à Lyon, une petite décennie en arrière. Pour sortir de la dictature du chrono, pour initier les coureurs urbains au Trail mais surtout pour écrire une lettre d’amour à sa ville, les baskets en guise de plume et les kilomètres dans l’encrier.

 

Pouvez-vous nous expliquer quand et comment le concept d’Urban Trail a germé dans votre esprit ?

Michel Sorine : À la base, je viens plutôt du vélo. Je n’ai découvert la course à pied qu’assez tardivement, à 25 ans, grâce aux « 20 km de Paris ». Je me souviens d’ailleurs que le départ était donné par Enrico Macias au pied de la Tour Eiffel (sourire). Lorsque je suis arrivé à Lyon, une épreuve de trial à moto organisée dans les traboules de la ville a retenu mon attention. À l’époque, j’étais véritablement mordu de VTT et j’ai donc imaginé un circuit de VTT cross-country entièrement tracé au coeur de la ville. C’est ainsi qu’est né « Bike in Lyon » en 1997…

 

Le Trail Urbain prend donc sa source dans une épreuve cycliste ?

Michel Sorine : Oui, exactement. En fait, à l’aube des années 2000 lorsque la vague « Trail Running » a déferlé, j’ai été séduit par la discipline et rapidement décidé de participer au Raidlight Trophy, dans le Pilat. Pour m’entraîner, notamment entre midi et deux, je partais depuis le bureau accumuler des kilomètres et du dénivelé positif en crapahutant sur les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse. Au fur et à mesure des sorties, j’ai découvert de superbes endroits mais malheureusement inaccessibles pour notre épreuve à VTT… Aussi, je voyageais souvent et adorais visiter de nouvelles villes en courant. Barcelone, Madrid, Lisbonne, Rome, San Francisco… Du tourisme en baskets quoi ! Petit à petit, l’idée et l’envie d’organiser un Trail Urbain ont germé.

 

Comment passe-t-on d’une simple idée de course à un véritable évènement populaire ?

Michel Sorine : Je décide de franchir le pas en 2006 avec l’organisation du LUT, le Lyon Urban Trail. On dépose même le nom de Trail Urbain auprès de l’INPI afin de le protéger !

 

C’est donc vous qui avez véritablement inventé le concept ?

Michel Sorine : Dans les faits, oui. D’ailleurs, j’ai toujours le récépissé de l’INPI qui en atteste ! Assez vite, nous avons constaté que d’autres villes s’emparaient du principe et copiaient purement et simplement la formule. À ce moment-là, nous avons à nouveau sollicité l’INPI qui nous a alors rétorqué, qu’au même titre que « l’Ultra-trail », « l’Urban trail » avait fait son entrée dans le vocabulaire commun. Aujourd’hui, douze ans après, il existe 175 Trails Urbains en France ! Et tu peux être sûr que les 175 organisateurs sont venus chez nous s’imprégner du concept pour ensuite le décliner chez eux. C’est de bonne guerre !

 

Pourtant, dans ses prémisses, l’épreuve a reçu un accueil un peu hostile, non  ?

Michel Sorine : (Du tac au tac) On peut même dire que l’on s’est fait démonter ! Heureusement pour nous, les réseaux sociaux étaient bien moins dynamiques douze ans en arrière. Par contre, les forums ne nous ont pas épargnés. Loin de là. Ils nous reprochaient d’allier deux termes totalement antinomiques. Pour eux, c’était un oxymore complet : le Trail, c’était la nature et les chemins alors que l’urbain renvoyait au bitume. Je me souviens notamment d’un farouche opposant : Coco38. Très remonté ! Il avait la dent dure. Finalement, je l’ai invité et il a été conquis par l’évènement. Il m’a même avoué que c’était vraiment bien. Je suis content car désormais nous sommes potes (sourire malicieux) !

Par Baptiste Chassagne

Photo Vincent Gravier

SUITE DE L’INTERVIEW A LIRE DANS VO2 RUN 258 DISPONIBLE EN KIOSQUE OU EN COMMANDE ICI