->
VO2
VO2 RUN - Le magazine de toutes les courses à pied !

SaintéLyon pluvieuse, SaintéLyon Heureuse

La 65E édition de La Saintélyon, qui proposait cette année un profil allongé à 81 km et 2100mD+ a accouché d’un vainqueur inédit, en la personne de Guillaume Porche, 35 ans, ingénieur Areva de son état, vainqueur en 6h26:12. Palois d’origine, il est aujourd’hui installé dans le Limousin, au pied des Monts d’Ambazac, où il a suivi son épouse. C’est d’ailleurs grâce à elle, ancienne bonne coureuse de demi-fond, qu’il a repris la course à pied, à 25 ans, écrasant sa dernière cigarette. Et c’est grâce à la Saintélyon, et son employeur, un temps sponsor de l’épreuve, qu’il s’est mis au trail, en 2009. Depuis cette date, il n’a cessé de remettre le métier sur l’ouvrage de la Doyenne des courses nature, pour y progresser chaque année. Sa courbe de résultats y est ascendante : 600e en 2009 (en compagnie de son épouse), 71e en 2010, 29ème en 2012, 28ème en 2013, 12ème en 2014, 9ème en 2015, 8ème en 2016, et donc vainqueur en ce 1er décembre 2018 très humide. La pluie aura en effet accompagné les 6500 coureurs engagés en solo sur l’épreuve phare du jour, en s’amplifiant au fil des kilomètres pour détremper les organismes.

 

La course masculine s’est décantée aux environs du tiers de course, à la hauteur de Sainte Catherine (32ekm). Le grandissime favori, et double tenant du titre, Manu Meyssat, était contraint à l’abandon, alors qu’il figurait en bonne position dans un petite groupe d’une dizaine d’unités, en tête de course. Un abandon causé par une blessure domestique contractée au matin de l’épreuve. Le Lyonnais s’est en effet blessé au quadriceps en heurtant un angle de table, à son domicile. « Malgré des soins rapides, l’amélioration était faible en fin de journée, et je décidais quand même de prendre le départ pour ne rien regretter au cas où » expliquera Meyssat sur son compte Facebook. « La douleur due à l’hématome était bien présente à l’échauffement et la première demi-heure de course ne m’a pas réconforté. Les petites descentes goudronnées ne me font pas rire mais j’ai serré les dents. Après 1h de course, la douleur s’atténuait et me laissait entrevoir un brin d’optimisme, mais qui sera de courte durée. Les premières grosses descentes sont devenues un calvaire, je courais sur une jambe, et une douleur est apparue sur le genou droit, à force de compenser » poursuivra le tenant du titre, qui ne repartira donc pas du ravito de Sainte Catherine.

 

C’est ici que Guillaume Porche décidait « d’enclencher la seconde ». «  Après Sainte Catherine, personne n’a vraiment voulu prendre la course en main. Alors, moi, j’y suis allé, peut-être un peu au bluff au début » raconte le vainqueur 2018. « J’ai hésité à rester avec le petit groupe, et en même temps je me suis dit que ça pouvait se tenter. Et j’y suis allé ».

Son audace aura été récompensée, et le mènera à sa plus belle victoire, dans une saison 2018 déjà auréolée d’un première place sur le marathon du Bélier (42km), le Grand Trail de la Vallée d’Ossau (74km), la Sainte Victoire (58km) ou encore le Trail de Vulcain (73km). « La course n’est pas partie très vite aujourd’hui » ajoutera le jeune homme de Haute Vienne « et je pense que j’ai pu bénéficier de ces circonstances favorables, qui m’ont permis de rester au contact de la tête de course  sur les premiers kilomètres». Porche aura tout de même dû « monter dans les tours » pour résister à Romain Maillard et Thibaut Garrivier, ses plus redoutables adversaires. Garrivier pointait ainsi à 5 minutes du leader à Soucieu-en-Jarrest, à 20 km de l’arrivée, juste devant Maillard. Les deux garçons se livrèrent d’ailleurs un âpre combat sur la fin du parcours pour se disputer les deux dernières places du podium. Force reviendra finalement à Romain Maillard, 7e aux Mondiaux de trail sous les couleurs de l’équipe de France cette année et deuxième pour quelques secondes devant le local Garrivier (6h32’40 contre 6h33’11).

GuIllaume Porche à quelques hectomètres de l’arrivée

 

Chez les filles, la course fut encore plus indécise. On voyait déferler en début de course une vague venue de l’Est, avec trois représentantes de Russie dans les cinq premières. L’une d’entre elles, Aigul MINGAZOVA, venue de l’Oural, tiendra bon jusqu’au terme des 81 km de course, offrant un vent de fraîcheur sur la palmarès féminin, en s’imposant à la surprise générale, en 7h55 :35.

Le succès aura échappé d’un rien à la Vosgienne Claire Mougel, 3e des Mondiaux de trail cette année, qui échoue à 38 secondes de la petite Russe. « Je suis revenue sur elle à 2 km de l’arrivée. J’avais décidé de tout donner dans la dernière descente. On est restée au coude-à-coude pendant un kilomètre, mais je n’ai finalement pas pu suivre son rythme effréné » dira l’ancienne skieuse de fond, toute heureuse de se retrouver à pareille fête après une fin de saison difficile. « Après mon abandon aux Templiers, j’ai bien cru que j’étais flinguée » explique Claire Mougel. « J’avais les deux genoux de ruinés, je me suis dit que j’avais trop couru cette année. Mon ostéo m’a remis en ordre il y a peu, et j’ai pu faire un nouveau bloc de travail il y a quelques semaines en vue de cette SaintéLyon. Et cette place est un peu inespérée. J’avais prévu de courir ici avec mon mari, mais il a abandonné au 35e, donc j’ai continué toute seule et je ne savais même pas que j’étais si bien placée » poursuivra Mougel. « Il m’aura manqué quelques séances de fractionnés pour rivaliser avec la Russe sur le plat. Mais ce n’est aussi que ma 3e course sur ce type de format, donc j’ai encore pas mal de choses à apprendre, et la nuit change aussi pas mal la donne ». Le podium féminin est complété par Sissi Cussot qui aura comme souvent très bien géré son effort pour remonter jusqu’au podium. « Je suis passée un peu apr tous les états. J’ai même failli abandonner à cause d’une douleur aux pieds. Mais j’ai changé de chaussures et c’est reparti… » dira l’athlète du team Fuji Spirit.

Par Luc Beurnaux – Photos We are Media Makers