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Romain Courcières, l’équipe de France sur 10 000 m dans la foulée d’un parcours singulier

Après avoir migré vers le cyclo-cross à 15-16 ans, Romain Courcières est revenu au sport de ses débuts à 23 ans. Depuis, l’athlète de 28 ans licencié au SATUC à Toulouse ne fait que progresser.

Passé tout près de la qualif pour les Europe de cross à l’automne, Romain Courcières a terminé 4e Français aux championnats de France de cross au Pontet le 2 mars dernier. Un déclic. Sur sa lancée, il a signé 29’23’’73 aux championnats de France de 10 000 m à Saint-Maur, une performance qui lui permettra de revêtir pour la première fois le maillot tricolore lors de la coupe d’Europe de la spécialité (7 juin). Rencontre rafraîchissante avec un athlète dont le graal serait de glaner le titre national en cross.

Quelles étaient vos ambitions initiales pour ces France de 10000 m?

«L’objectif était de prendre un peu d’expérience sur la distance, même si on avait la sélection un peu en tête avec Yannick (Kerloch, son coach). L’objectif était surtout de courir un peu après les France de cross. En général, je ne fais pas grand-chose l’été.»

Comment s’est déroulée la course?

«J’avais déjà une première idée, puisque j’avais couru l’an passé (11e en 30’34’’03). Je n’avais fait que subir. J’avais vraiment peur du nombre de tours. J’étais parti trop vite et la 2e partie avait été horrible. Là, je suis parti sur des bases de 29’20’’. Je suis passé en 14’39’’ au 5 000. J’ai mené à ce moment quelques tours. Ensuite, le final n’est pas mon point fort. Timothée (Bommier) m’a mis sept-huit secondes dans le dernier tour! Je ne peux pas être fort partout. J’ai arrêté trop longtemps pour avoir toutes les bases. Ce n’est que ma 4e année d’athlé.»

«Une preuve de confiance de la Fédération»

Que représente pour vous cette sélection? C’est une récompense?

«Avec Yannick, on ne s’était pas donnés cela comme objectif. On avait commencé à parler de l’équipe de France cet hiver avec les Europe de cross. Il ne m’avait pas manqué beaucoup. Là, c’est la récompense. Mais c’était surtout la récompense pour mon club et mon entourage. C’est aussi une preuve de confiance de la Fédération. La plus belle récompense pour moi, ça serait un jour d’être champion de France de cross. Mais une sélection, ça fait rêver tout le monde.»

Quelle seront vos ambitions le 7 juin prochain à Skopje en Macédoine ?

«L’objectif sera d’abord de représenter au mieux l’équipe de France. Le chrono, ça viendra en plus s’il y a une bonne course. Faire entre 28’55’ et 29’10 serait vraiment bien. Par équipes, il faudrait faire au moins dans les trois premiers. Il y a vraiment une bonne équipe.»

«Tronçonneuse», «reprise des études», importance de «l’entourage»

A quoi attribuez-vous votre progression cette saison? Avez-vous le sentiment d’avoir passé un cap?

«J’ai quand même de bonnes conditions d’entraînement cette année. Quand j’ai repris l’athlé il y a trois-quatre ans, j’étais bucheron dans une communauté de commune. Je passais parfois sept heures avec la tronçonneuse dans les bras. Faire le soir 45’ de footing, ce n’était pas facile. Et le week-end, j’étais souvent cuit. Je me suis retrouvé sans emploi fin 2012 car il y a eu des restrictions budgétaires dans le service où j’étais. Je suis donc retourné à l’école pendant un an (un Bac Pro agricole), dans l’optique de travailler un jour à mon compte.

J’étais en stage sur une exploitation agricole en parallèle. Je faisais plus de 50 heures de boulot par semaine, mais il y a quand même 35 heures où j’étais en cours et assis. Mais aujourd’hui, avant vraiment de me lancer dans la vie d’entreprise, je me consacre à l’athlé au moins un ou deux ans, sans être totalement professionnel. Car je bosse environ 30 heures par semaine à mon compte (dans une ferme apicole), ce qui me permet de bien m’entraîner par rapport à l’année dernière.»

N’a-t-il pas été compliqué de reprendre vos études?

«Si, surtout quand tu as arrêté à 17 ans. Mais on n’a rien sans rien. Ça été super dur de reprendre l’athlé à 23 ans. Si tu veux y arriver, il faut se donner les moyens. Heureusement qu’il y avait ma femme pour me remonter le moral, pour m’aider. Je crois que je n’y serais pas arrivé tout seul. Et c’est pareil en athlé. Elle fait 10000 choses pour que j’essaie de me laisser du temps pour aller m’entraîner, pour que je me repose. Ma réussite, c’est 90% grâce à elle. D’autant que je suis papa depuis neuf mois.Je remercie aussi mon club et mon président (Francis Duffault). Il met les moyens pour que j’y arrive. Il m’a par exemple aidé pour les frais de déplacement à Saint-Maur et a fait venir mon entraîneur. »

Vous semblez également plus à l’aise sur la route et la piste que l’an dernier.

«En 2013, j’avais des examens début juin. J’avais choisi de faire ma formation en un an au lieu de deux. J’étais bien sur les séances, mais la différence, c’est que cette année j’arrive le dimanche (sur les courses) avec de la fraîcheur, contrairement à l’an passé. Ce qui a un peu boosté la chose, c’est ma 4e place (9e de la course) aux France de cross (le 2 mars dernier). Ça été un peu la surprise, car avec Yannick, on visait entre 7e et 10e Français. Après mon diplôme l’an dernier, c’était presque convenu que j’arrête un peu l’athlé. Que j’en fasse juste comme ça. La 4e place a agit un peu comme déclic. Ce n’est pas quand j’aurais 40 ans que je pourrais me consacrer franchement à l’athlé.»

«Quand j’ai vu le commercial qui me montrait ce que j’allais avoir, c’est assez impressionnant»

Quels sont vos objectifs à moyen terme?

«J’ai comme modèle Benjamin Malaty (champion de France de cross en 2012, 3e en 2013) ou Denis Mayaud (3e des France de cross et champion de France de 10 km route en 2012). Ce sont des coureurs qui me motivent. Je me dis que si eux l’ont fait, je peux y arriver. Avec le travail, ils s’y sont arrivés. Donc je peux y arriver. Je me donne deux, trois ans maximum. J’aime me donner les moyens pour y arriver. La sélection me motive.J’ai aussi été contacté par Under Armour. Ils m’équipent pendant un an. C’est un truc de dingue. Quand j’ai vu le commercial qui me montrait ce que j’allais avoir, c’est assez impressionnant. Je n’ai jamais démarché quelqu’un. Je suis de la campagne. Si tu ne travailles pas…»

Monter sur semi voire sur marathon, vous y pensez?

«Avec Yannick, on va préparer un semi en septembre, soit Lille, soit le 20 km de Paris. Je vais partir environ huit semaines à Font Romeu cet été. Je vais faire pas mal de foncier, ce qui m’a un peu manqué dans les cross à l’automne, où j’ai eu du mal à finir. Je vais essayer de faire les choses de manière un peu plus professionnelle. Si j’arrive à dompter le semi, pourquoi fin 2015 ou début 2016 tenter un marathon. Mais c’est encore très loin.On ne va pas se mettre la pression avec ça. Il ne faut pas non plus se presser. »

Quelle va être la suite du programme après la coupe d’Europe?

«Je vais couper. L’été dernier, j’ai bossé aux ruches pendant un mois et demi – deux mois. J’ai un peu d’avance cette année. Je vais couper un peu plus tôt, pas un mois mais 2-3 semaines. Je reprendrai sur du foncier. Pour les France Elite (mi-juillet à Reims), c’est difficile d’être à 100% l’hiver et l’été. Si tu fais que ça, oui. Mais sinon… Il y a par exemple des périodes où je faisais nuit blanche avec le petit.Les championnats en juillet, ça fait trop loin. Ou c’est trop près pour enchaîner sur une prépa foncière pour les Europe de cross (sélections en novembre). »

Photo : Gilles Bertrand