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Rio 2016 : le bilan

Rio 2016 : trois records du Monde, six médailles pour l’équipe de France, un Bolt historique, retour sur les dix jours de compétition olympique pour l’athlétisme, qui viennent de s’achever avec le titre olympique pour le Kényan Eliud Kipchoge sur marathon (2h08’44’’, et un deuxième semi en 1h02’49’’), plus qu’impressionnant maître de la discipline, et tout proche du record du Monde en avril dernier à Londres (lire ici)

Premier constat, Rio 2016, place des grands hommes (et des grandes femmes) : on se donne rendez-vous dans dix ans, même jour même heure pour juger de quelle manière les podiums olympiques auront été remodelés. Car, qu’on se le dise, le jeu de chaises olympiques (pas musicales) est une discipline olympique à part entière, cf Pékin et Londres il y a quatre ans !

Désormais, les échantillons prélevés peuvent être conservés et réanalysés jusqu’à dix ans après leur prélèvement. Un bon point pour la lutte antidopage…à condition que les échantillons en question aient atteint le laboratoire pour analyse : eh oui, ce ne fut pas forcément le cas à Rio, comme l’a pointé le quotidien britannique The Telegraph.

Rendez-vous dans dix ans ?

On nous avait pourtant promis les Jeux les plus propres de l’histoire, non ? Comme à chaque olympiade en fait, les officiels du CIO, les politiques, les dirigeants entonnent ce même refrain lancinant et hypocrite.

Hypocrite voire cynique, jusqu’à priver la lanceuse d’alerte russe Youlia Stepanova de Jeux Olympiques…tout en l’invitant à assister tous frais payés aux épreuves de son choix !

On nous taxe de sempiternels contempteurs de la performance ? Mais combien d’athlètes sont tombés a posteriori entre Londres et Pékin ? Combien de scandales de corruption, impliquant jusqu’à la Fédération internationale (IAAF), de pays pointés du doigt sur leur carence en matière d’antidopage ?

Trois records du Monde

C’est oublié que si le sport, comme on nous le serine, est de plus en propre, comment alors expliquer de stratosphériques performances –ainsi ces trois records du Monde battus à Rio : Almaz Ayana qui a effacé le sang de tortue de la Chinoise Wang Juxia –d’aucuns soulignent sa défaillance en fin de 5 000 mètres dans la nuit de vendredi à samedi, comme s’il fallait « craquer », entre guillemets car tout est relatif, pour accréditer son monstrueux chrono sur 10 000 et son exemplaire probité ! ; le Sud-Africain Wayde Van Niekerk sur le 400 m, ainsi que la Polonaise Anita Wlodarczyk au marteau.

Une chose est sûre, on marche sur un fil de plus en plus ténu pour apprécier, appréhender et disséquer une performance. Faut-il la saluer, la remettre en question ?

Voici ce que nous écrivions il y a un an, en évoquant notamment le retour en grâce de Justin Gatlin : « Le souci, c’est qu’à force, chaque chrono qui sort des canons de l’ordinaire –et pas qu’à l’étranger, dans l’Hexagone aussi- soit enveloppé du poison de la suspicion (n’est-ce d’ailleurs pas déjà le cas ??) (…) Mais à rebours, avec un entraînement de très haut niveau et calibré, l’appétence pour la compétition, la capacité à se transcender dans les rendez-vous d’importance, il est possible de réaliser de grandes performances.

Cependant, comment démêler le vrai du faux ? Inévitablement, tous ces éléments se mêlent, inextricables ; et viennent poser le voile du doute » (lire davantage ici).

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Pour revenir au bilan, donc, Usain Bolt est rentré dans l’histoire en devenant le premier athlète à réaliser le « triple triplé » : l’or sur le 100, le 200 et le 4×100 m sur trois olympiades différentes (bien que Nesta Carter, membre du relais 4×100 m ait été contrôlé récemment positif en 2008, ce qui devrait occasionner la perte de la médaille pour la Jamaïque ; le CIO, organisation où la justice et l’équité sont le maître mot, ira-t-il dans ce sens là ?), Mo Farah rejoint, nonobstant de gros nuages, les meilleurs demi-fondeurs dans l’histoire (lire ici et là), Allyson Félix a glané une sixième médaille d’or, ce qu’aucune athlète féminin n’avait réalisé jusque là (cinq fois en relais et une fois sur 200 m) alors que le podium 100% intersexué sur le 800 m féminin risque de longtemps faire parler (lire ici).

Bilan français historique

Côté français, le bilan s’avère très bon, avec six médailles : si la figure de proue Renaud Lavillenie a manqué l’or au terme d’un concours de muerte (lire ici), Christophe Lemaitre a montré sa résilience en décrochant un superbe bronze sur 200 mètres (lire ici) ; Dimitri Bascou a perpétué la tradition des haies françaises (bronze) ; Mélina Robert-Michon a prouvé que l’âge n’avait pas de prise sur la performance (argent, lire ici) ; Kévin s’est montré sous son Mayer jour en explosant le record de France tout en talonnant le tenant du titre et recordman du Monde Ashton Eaton, alors que Mahiedine Mekhissi a fait montre de son mental pour aller chercher le bronze sur le steeple (lire ici).

Enfin, la 4e place, transformée en bronze après la disqualification d’Ezekiel Kemboi, coupable d’avoir légèrement posé le pied à l’intérieur de la piste.

Pas très fair play, au contraire du marcheur canadien Evan Dunfee sur 50 km marche ? Certes, mais n’oublions pas que Mahiedine Mekhissi avait été disqualifié à Zurich en 2014 pour avoir enlevé son maillot dans la dernière ligne droite -et donc de son titre dûment gagné sur le tartan- également pour trois lignes de règlement…Aurait-il porté réclamation sans cet épisode continental ?

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Au rayon des bonnes performances figurent les quatrièmes places de Pierre-Ambroise Bosse sur 800 m (lire ici) et Pascal Martinot-Lagarde sur 110 m haies (ce qui met en exergue le bon choix de la DTN qui l’avait préféré à Aurel Manga), la sixième place de Yoann Kowal sur le steeple ainsi que l’excellente 13e position d’Emilie Menuet sur le 20 km marche, éclipsée par le calvaire de Yohann Diniz, qui a refusé l’abandon pour terminer ses premiers Jeux Olympiques, après s’être écroulé de fatigue durant l’épreuve (il avait eu le réflexe de stopper son chrono, puis l’avait remis en route en repartant).

60% des concurrents sont d’ailleurs parvenus à rallier l’arrivée de ce 50 km disputé en plein cagnard, avec un total de 19 abandons ! Gageons que l’athlète soit enfin replacé au centre de ces Jeux Olympiques et pris en considération, avec des horaires adaptés aux conditions climatiques, des diktats des télévisions, qui arrosent abondamment le CIO.

Ne pas se gargariser

On serait tenté d’écrire que les Bleus ont glané deux autres médailles par procuration, puisque l’Algérien Taoufik Makhloufi, en argent sur 800 et 1 500 m, est entraîné par le manager du demi-fond français Philippe Dupont, ce qui constitue un patent conflit d’intérêt (témoin par exemple la finale du 800 mètres, lire ici), alors qu’entraîner plusieurs athlètes de haut niveau et travailler au bon fonctionnement de l’ensemble du demi-fond paraît peu compatible.

Et puis, ce n’est pas comme si, hormis Bosse, Mekhissi (entraîné tout comme Morhad Amdouni par Dupont himself) et Kowal, le demi-fond français était particulièrement sous le feu des projecteurs en ce moment –il n’y a qu’à voir l’état de déliquescence dans lequel se situe le 5 000 et le 10 000 m actuellement.

Photo Alex Buisse

Photo Alex Buisse

Il y eût aussi quelques déconvenues : Jimmy Vicaut sur la ligne droite, Floria Gueï sur 400 mètres, Christelle Daunay (blessée) sur marathon ainsi que les quatre relais, tous éliminés en séries !

Le bilan est bon, très bon oui, a fortiori dans un sport aussi concurrentiel, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’en gargariser en se focalisant uniquement sur l’élite et les disciplines qui marchent tout en en délaissant le reste (les lancers, les sauts, la formation etc etc…)

Texte : Quentin Guillon.

Photos : Getty Images © Copyright (sauf mention contraire).