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Rencontre avec Youssef Jaadi

Entretien avec Youssef Jaadi, 6e de la Prom’Classic à Nice en 29’24’’, arrivé dans la ville azuréenne en septembre dernier.  

D’aucuns se sont demandés qui était Youssef Jaadi, athlète marocain âgé de presque 24 ans (le 18 février) et auteur d’un probant 29’24’’ dimanche 11 janvier lors de la Prom’Classic à Nice. Le sociétaire du Nice Côte d’Azur Athlétisme avait déjà fait parler de lui en décembre dernier, en devenant champion de France universitaire de cross à Dijon.

Durant une demi-heure, amène et reconnaissant que l’on s’intéresse à lui, Youssef Jaadi a raconté son histoire, de Tiflet au Maroc, en passant donc par Nice. Et nul doute que l’on devrait parler de lui très prochainement, que ce soit sur le cross court dès cet hiver, ou bien en indoor (il espère disputer le meeting de Lyon sur 1 500 m le 31 janvier prochain).

On vous imagine très satisfait après cette 6e place et ce chrono ?

Oui, je suis très content de cette perf qui est mon record personnel sur 10 km. J’ai repris l’athlétisme il y a un an et demi, en septembre 2013. Avec mon entraîneur (Clément Rubechi ), on s’était fixés ce 10 km comme objectif, avec l’ambition de descendre sous les 30’, et faire entre 29’30’’ – 29’40’’.

Mais j’ai eu un problème au dos durant la course. J’étais 3e et j’ai lâché à deux kilomètres de la fin, j’avais beaucoup de mal à respirer. Je viens d’aller voir l’osthéo et le médecin : j’avais un blocage au niveau des lombaires, qui comprimait un peu le diaphragme. C’est pour cela que j’avais du mal à respirer.

Pouvez-vous retracé votre parcours ?

Je suis arrivé à Nice le 10 septembre. Avant, j’étais au Maroc. Je suis originaire de Tiflet, à 50 km de Rabat. J’étais en sélection nationale marocaine en cadets à Rabat (il s’est entraîné durant un an au centre d’entraînement national à Rabat, avec les meilleurs coureurs du pays toutes catégories confondues, mais n’a pas revêtu le maillot du Maroc lors de compétitions internationales, ndlr). J’ai ensuite quitté cette sélection car je n’avais pas la possibilité d’équilibrer mon parcours scolaire et sportif. Certains champions et dirigeants, comme Saïd Aouita, qui était DTN à l’époque, et Khalid Skah m’ont conseillé de me focaliser d’abord sur mes études.

J’ai fait ma Terminale puis j’ai fait une licence sur trois ans à l’Institut Royal de Formation des Cadres de la Jeunesse et Sports (IRFC/JS). Durant cette période, j’ai complètement arrêté l’athlétisme.

Prom Classic 2014 -YM Quemener21

Youssef Jaadi (dossard 67) au sein du groupe de tête dimanche 11 janvier lors de la Prom’Classic (Photo Yves-Marie Quemener)

J’ai eu ma licence en 2013.  Pour l’année 2013-2014, j’ai fait toutes les démarches pour venir en France. A savoir passer le TCF (Test de connaissances du français), les démarches de Campus France etc… Ça prend du temps. Et du coup, j’avais du temps pour reprendre l’athlétisme.

L’été dernier, j’ai battu mon record sur 1 500 m (3’44’’).

J’ai ensuite eu l’accès à l’UFR STAPS à Nice. Je suis actuellement en Master I préparation physique et réathlétisation, pour travailler plus tard dans le domaine sportif. Une fois l’accord de l’UFR, j’ai continué les démarches consulaires. J’ai eu le VISA le 6 septembre, et j’ai ensuite pris le premier vol pour venir en France.

« Je ne connaissais personne en arrivant à Nice ! »

 

Ce Master n’existait pas au Maroc ?

Les profs sont en train de le monter, mais il faut faire plein de démarches et il n’y a pas encore de Master en entraînement sportif.

Oui, j’ai fait des dossiers pour d’autres universités, comme Strasbourg, Bordeaux, Montpellier ou Marseille. Je n’ai pas eu beaucoup le choix. Bordeaux voulait que je refasse la 3e année de licence. J’étais sur le point d’accepter mais quand j’ai eu une réponse positive de Nice, j’ai tout de suite accepté.

Vous connaissiez du monde en arrivant à Nice ?

Non, personne ! J’avais seulement un contact, celui du directeur technique du club de Nice. Une fois que j’ai eu l’accord de l’UFR puis le VISA, j’avais envoyé un message au directeur technique, en lui disant que j’étais athlète marocain, que je cherchais un club etc…Il m’a répondu positivement. Franchement, le club m’a facilité la vie en France. Ils m’ont dans un premier temps réservé l’hôtel pendant une semaine, en attendant que ma demande de logement se finalise avec le CROUS de Nice.

Un ami, Hassan Massri, m’a aussi beaucoup aidé. C’est le premier que j’ai rencontré à Nice, à l’aéroport. Il m’a prêté 1 000 euros, car je n’avais pas de carte bancaire et je ne pouvais pas faire plein de démarches comme payer mes frais d’inscription à la Fac, payer le CROUS.

Objectif Universiades

 

Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

Avec mon entraîneur, on vise une bonne performance sur 1 500 et 5 000 m, ce sont les distances que je préfère, avec le 3 000 m en salle. L’objectif, ça sera  l’été : on va viser les Universiades (du 3 au 14 juillet à Gwangju en Corée du Sud). Ces championnats du Monde universitaires, ce sont comme les Jeux Olympiques. Il y a des athlètes très performants et il y a l’environnement d’une grande manifestation sportive. Ça serait un bon départ dans une carrière professionnelle.

Les minima sont élevés (moins de 3’40’’ sur 1 500 et moins de 13’50’’ sur 5 000). Sur 5 000, c’est faisable. Je suis en train de voir pour entrer au meeting de Carquefou.

Envisagez-vous de demander la nationalité française prochainement, et de courir avec le maillot de la France?

Franchement, j’aimerais bien. Après, il faut voir comment se font les démarches.

Mener un double projet était impossible au Maroc ?

Franchement, pour avoir un très bon niveau en athlétisme au Maroc, il faut sacrifier le reste. Je faisais partie des meilleurs cadets -j’avais terminé 6e du championnat national sur 3 000 m en 8’26 »- mais il y avait une très forte densité d’athlètes.

Oui, mon avenir n’était pas garanti. Je me suis dit que je serais hors jeu s’il m’arrivait un jour quelque chose (blessure par exemple).

A Nice, je suis capable de gérer les deux car j’ai le statut de haut niveau en STAPS, ce qui me permet d’avoir des aménagements d’horaires –je peux rater des cours, contacter les profs pour rattraper certains cours avec d’autres groupes, l’université m’aide vraiment pour organiser mes examens etc… ça se passe bien. Je m’entraîne six, voire sept fois par semaine, et je double si j’ai le temps.

Il y a un bon groupe à l’entraînement. Je fais par exemple de bonnes séances avec Raphaël Montoya (30’20’’ à Nice, vice-champion de France de cross junior 2014, champion d’Europe et du Monde junior de triathlon en 2014), Mathieu Charles (3’44’’42 au 1 500) pour ne citer qu’eux.

 

Photo de « une » : Yves-Marie Quemener