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Projet marathon : bilan et perspectives

Voilà maintenant un an que le projet marathon est sur les rails (le projet était expliqué ici). Le manageur du hors stade Jean-François Pontier dresse le bilan de cette première année, et évoque les nouveautés mises en place pour 2015.

 

Quel est le bilan du projet version 2014 ?

On ne l’a pas totalement fait car certains n’étaient pas présents à Saint-Etienne (les 14 et 15 novembre dernier). Je dois les voir sur le stage au Portugal (lire ici). Les résultats aux championnats d’Europe à Zurich ont été en accord par rapport à ce qu’on attendait du projet (titre de Christelle Daunay, argent pour les hommes pour la coupe d’Europe par équipes). On a tiré quelques enseignements, sur lesquels on va mettre l’accent en 2015 : on espère plus de regroupements collectifs, on espère plus de participation des athlètes, on a mis un peu de rigueur dans le projet en proposant un contrat aux athlètes, défini année par année. C’est à peu près l’orientation pour 2015.

Les contrats ont donc été finalisés, envoyés et signés par les athlètes ?

Certains ne sont pas encore envoyés mais tous les athlètes ont reçu un mail personnalisé qui leur donnent les éléments financiers et sportifs de l’année, pour 2015.

Et pour 2014, il y a eu quelque chose financièrement ?

Oui bien sûr, il y a eu des aides sportives, financières et matérielles qui ont été apportées aux athlètes, mais il n’y avait pas un contrat en début d’année. On a un peu navigué un peu à vue par rapport à quelques points en début d’année, ce qui nous a retardés dans la mise en place des éléments du projet. Cette année, c’est plus concret.

Il y a une part fixe pour tous les athlètes ?

C’est très individualisé en fonction des besoins de chacun.

Comment ces besoins sont-ils établis ?

Les contrats ne concernent pas que l’argent. Il y a des propositions pour les stages, pour les entraîneurs (qui pourront participer à un stage)… Le contrat n’est pas un contrat financier entre un employeur et un salarié. Il y a des éléments individuels établis, qui sont fonction du niveau sportif et des besoins des athlètes.

Justement, de quelle manière ces besoins spécifiques ont-ils été définis? 

Il y a eu des discussions avec les athlètes en fonction des moyens que l’on a, et des choix que l’on veut faire sur les athlètes, l’objectif étant d’avoir des résultats un peu plus conséquents aux Jeux olympiques de Rio (à Londres en 2012, les trois marathoniens français en lice avaient abandonné). On investit plus sur des athlètes susceptibles d’être performants à Rio que sur d’autres. Nos moyens ne sont pas extraordinaires. On essaie de mettre en place ces moyens en fonction de ça.

 

Il faut que les athlètes du projet « soient bien conscients de l’investissement de la Fédération pour eux »

 

Il y a des contrats avec certains athlètes qui sont dans le projet mais n’ont pas encore disputé de marathon (comme Sophie Duarte ou Yohan Durand) ?

Dans le projet de départ, on n’aide pas que des gens qui ont déjà fait du marathon, l’objectif étant d’avoir une équipe performante à Rio. En fonction des qualités de chacun, on estime que Sophie Duarte ou Alexandra Louison sont susceptibles d’êtres performantes sur marathon et d’apporter un plus à l’équipe de France.

Les employeurs des athlètes qui travaillent vont donc être dédommagés lorsqu’ils partent en stage ou sur les grosses compétitions ?

C’est englobé dans les aides qui sont prises en compte : quelqu’un qui est militaire a moins besoin de mises à disposition que quelqu’un qui travaille à temps complet etc…C’est pris en compte dans les aides que l’on attribue à chaque athlète. On va demander à ce que chaque athlète puisse avoir la possibilité de pouvoir se libérer, et ponctuellement voir avec les employeurs pour que les athlètes puissent partir en stage.

Cela va donc être effectif en 2015 ? Patricia Laubertie avait notamment beaucoup de difficultés pour s’entraîner (lire ici) ?

C’est un peu différent, car elle est étudiante en formation. Son stage est incompressible et la négociation est plus compliquée pour elle. Ce n’est pas qu’un problème de libération, c’est un problème d’examens etc…

Oui, mais il y a d’autres exemples, comme Corinne Herbreteau-Cante qui a pris sur ces congés pour le stage à Font Romeu avant Zurich (lire à ce propos l’analyse sur l’élan que doit susciter le titre de Christelle Daunay) ?

Complètement. Après il y a des choix. A un moment donné, on s’adresse à des gens qui essaient de s’investir. On fait avec les moyens que l’on a. On ne peut pas rémunérer tous les athlètes du projet en les libérant douze mois sur douze.

Mais il y a des aides conséquentes, que l’on met en avant quand on expose les contrats avec chaque athlète, afin qu’ils soient bien conscients de l’investissement de la Fédération pour eux. On essaie de faire le maximum. Les athlètes sont bien aidés par rapport aux autres disciplines. C’est une vraie chance pour eux. Ils l’ont d’ailleurs bien compris car il y a un nombre conséquent de coureurs qui s’orientent vers le marathon et qui n’auraient peut-être pas fait le pas si la Fédération n’avait pas eu cette volonté d’aide sur cette spécialité propre.

 

« Le marathon est une discipline intéressante et qui permet malgré ce que l’on peut dire de faire du cross l’hiver »

 

Justement, percevez-vous cet engouement (de nombreux Français feront leurs débuts à Paris comme Yohan Durand, Timothée Bommier alors qu’Hassan Chahdi escompte se lancer également) ?

Oui, les gens s’aperçoivent que c’est une discipline qui est intéressante, et qui permet malgré ce que l’on peut dire de faire du cross l’hiver. Ce sont des choix de préparation à faire. L’exemple de Timothée Bommier, c’est aussi un choix de changement : à un certain moment de ta carrière, tu as besoin de challenges un peu différents. Et le marathon est un bon objectif.

On est heureux qu’il y ait des athlètes qui ont des qualités sur des distances comme le cross ou le 10 000 m qui puissent avoir l’objectif de monter. Mais ce n’est pas si facile que ça, vu l’expérience l’an dernier de Bob Tahri, par exemple. Il n’y a pas d’automaticité entre valoir 27’, 27’30’’ sur 10 000 m et derrière réaliser immédiatement des performances sur marathon. C’est quelque chose qui se prépare sur du long terme et qui demande un gros investissement.

Vous parliez de montée et de descente l’an dernier. Il y a toujours 14 athlètes* pour l’année 2015 ?

Bob Tahri n’est plus dans le projet. Il a souhaité s’orienter de nouveau sur la piste et ne plus avoir l’objectif du marathon **. Il a fait deux marathons (2h18’16 » à New York en novembre 2013 et 2h16’28 » le 12 octobre à Metz où il fut champion de France), on l’a aidé pour ce projet là. Il s’est aperçu que ce n’était peut-être pas la bonne voie pour lui. Je pense qu’il n’a pas préparé le marathon de façon suffisamment longue pour pouvoir espérer des bons résultats dans cette discipline là, mais bon, je ne m’immisce pas dans ses choix personnels.

(Concernant la liste d’athlètes), on doit se voir avec le DTN et on doit communiquer là-dessus pour l’année 2015. Il y a des gens comme Yohan Durand qui sont susceptibles d’apparaître sur cette liste, ou une fille comme Alexandra Louison. Denis Mayaud pourrait aussi faire partie de cette liste là. Après on ne peut pas mettre non plus chaque athlète. L’objectif est, à un moment donné, de cibler les résultats pour nos meilleurs et donc de progressivement diminuer le nombre d’athlètes pour arriver autour d’une dizaine pour 2016.

groupe

Le groupe de tête  aux Europe à Zurich (Photo Q.G)

Il y a des regroupements de prévu ?

Il y aura un stage au Kenya de trois semaines en février, puis un stage de deux semaines au Japon en mars. Ce sera un stage masculin en relation avec l’équipe nationale du Japon (comme en 2014), car ils ne font pas de stage mixte.

La plupart des athlètes feront un marathon de printemps. On aura un stage de 4-5 jours de récupération en balnéothérapie dans la Loire le week-end suivant le marathon de Paris, pour ceux qui le feront. Ensuite ça se fera en fonction des éventuels qualifiés pour les championnats du Monde de Pékin (les modalités de sélection seront publiées à la fin du mois).

Le titre de Christelle Daunay a-t-il eu un retentissement particulier ?

Oui. On était déjà très satisfaits que Christelle parte sur l’option du marathon. Car on sait qu’à chaque fois qu’elle s’est préparée pour faire un marathon, elle l’a toujours fait de façon optimale. Le titre a été un gros plus. On le retrouve dans plein d’endroits, comme dans la presse, où à chaque fois que quelque chose est cité par rapport au marathon, le titre de Christelle Daunay revient. C’est très important pour nous.

 

Comment densifier la discipline ?

 

Excepté le projet sur le haut niveau, la Fédération réfléchit-elle à trouver des solutions pour densifier le marathon autour de 2h20 – 2h30’ chez les hommes, et 2h40′ – 2h45′ chez les femmes ?

Ce n’est pas forcément lié qu’au haut niveau. La Fédération réfléchit forcément  à toute l’animation autour du hors stade et à cette problématique là. C’est un problème complexe, lié au nombre de courses sur route, sur des distances inférieures, lié au nombre d’athlètes étrangers qui participent à ces courses etc…Provoquer la vocation pour qu’il y ait des athlètes qui fassent des perfs aux alentours de 2h20’-2h25’, c’est assez complexe.

Car la motivation est assez faible, par rapport au fait de pouvoir en vivre ou d’avoir une petite reconnaissance. Et la plupart des athlètes préfèrent se consacrer à des distances inférieures en multipliant les courses, par rapport à des athlètes qui sont d’un bon niveau et qui sont capables de faire 2h20’ au marathon, ce qui est une bonne performance.

C’est quelque chose de complexe pour la Fédération car on ne peut pas aider cette sous-couche de façon aussi importante que ce qu’on peut faire pour nos meilleurs.

Quels moyens pourraient être mis en place ?

Ça passe par des problématiques de calendrier, d’organisation de petites sélections mais qui sont dures à mettre en place sur marathon. Il y a des réflexions qui sont faîtes là-dessus, également avec les organisateurs car ils sont aussi intéressés d’avoir des Français sur ce type d’épreuves.

« De petites sélections » comme les matches internationaux ?

Oui, des sélections pour de grands marathons, des matches internationaux. Mais la situation économique, européenne en particulier, est très difficile. Donc l’organisation de matches internationaux ou de compétitions regroupant plusieurs pays est pour l’instant au point mort car les nations n’investissent pas sur ce niveau d’athlètes et ce type d’épreuves.

Des colloques avec les coaches qui entraînent des marathoniens de haut niveau (à l’image de Cédric Thomas pour Christelle Daunay) sont-ils organisés ?

Ce sont des initiatives qui peuvent se faire. Nous n’avons pas pour l’instant mis ça en place sur le projet. C’est plus lié à l’aspect formation de cadres, ce qui n’est pas dans mon domaine. On essaie plutôt de faire des rencontres avec par exemple des entraîneurs japonais ou d’autres nations pour nos meilleurs entraîneurs.

 

Les 14 athlètes du projet en 2014 :

Femmes. Christelle Daunay, Sophie Duarte, Corinne Herbreteau-Cante, Fatiha Klilech-Fauvel, Patricia Laubertie, Carmen Oliveras, Laurane Picoche.

Hommes. El Hassane Ben Lkhainouch, Jean-Damascène Habarurema, Ruben Iindongo, Benjamin Malaty, Abdellatif Meftah, Bouabdellah Tahri, James Kibocha Theuri.

** à lire dans le VO2 Run 239 actuellement en kiosque (et disponible ici).

 

Photo de « une » : Gilles Bertrand