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Pierre-Ambroise Bosse avec Alain Lignier

Cela faisait deux ans que Pierre-Ambroise Bosse souhaitait changer d’entraîneur. Après les championnats de Zurich, le recordman de France du 800 m (1’42’’53) a finalement fait le choix de poursuivre jusqu’aux Jeux de Rio, où il s’est classé quatrième de la finale olympique sur 800 m. Sans coach depuis septembre, et alors qu’il se prépare à lancer une start-up, à 24 ans, le Nantais vient d’annoncer qu’il travaillait depuis un mois avec Alain Lignier. Après avoir été un coureur de meeting, Pierre-Ambroise est devenu un athlète de championnat. C’est dans l’objectif de remporter des médailles qu’il a officialisé, aujourd’hui, sa collaboration avec Alain Lignier.

Alain Lignier faisait partie des entraîneurs de la première liste, mais vous avez d’abord contacté  Jean-Michel Dirringer. Pourquoi ?

J’ai d’abord pensé à Jean-Michel, car il venait me voir dans les meetings. Nous mangions ensemble et il décortiquait mes courses. Il avait un raisonnement magnifique sur le demi-fond et c’était intéressant de parler avec lui. Et puis, Jean-Michel donnait déjà des conseils à Bruno, qui n’hésitait pas à se remettre en question sur le contenu de certaines séances lorsqu’il avait un doute… Mais avec Jean-Michel, je me suis pris un râteau… Outre le fait qu’il voulait rester en retrait de l’athlétisme d’aujourd’hui, il ne voulait pas de mon mode de fonctionnement et travailler à distance. Par contre, il est toujours disposé à m’écouter et à me donner des conseils. Avec ce refus, je me suis rendu compte que ce n’était pas simple de reprendre un athlète qui a déjà fait un bout de carrière. Comme il était aussi difficile de commencer une nouvelle aventure avec quelqu’un qui déjà fait les Jeux. Avoir de l’ambition peut faire peur aux gens.

Comment s’est passé votre première rencontre avec Alain Lignier ?

Je ne connaissais Alain que de nom. J’avais pensé à lui, car je n’avais que des bons échos. Mehdi Baala a eu un rôle important dans cette histoire. Il a travaillé en sous-marin pour préparer cette rencontre. Il sait créer des liens entre les gens. Dans ces moments-là, tu te rends compte Mehdi joue pleinement son rôle (ambassadeur demi-fond, auprès de la FFA, Fédération Française d’Athlétisme). Lorsque je lui ai demandé si j’allais bien m’entendre avec Alain, Medhi a souri… Je l’ai donc rencontré avec lui et Kevin (Hautcoeur, son agent). Humainement, j’ai tout de suite compris que ça allait fonctionner. Sportivement, il m’a expliqué ce qu’il faisait. Je lui ait dit ce que j’avais fait et ce que je voulais faire. En fait, c’était comme comparer un plan d’entrainement A avec un plan A’. Il savait déjà comment il allait s’adapter à moi, comme moi, je savais comment je devais m’adapter à lui. Alain a une approche bien à lui de l’entraînement. C’est ce qui fait sa touche.

Vous pouvez nous en dire plus sur la « Touche Lignier » ?

Il y a toujours une notion de « force » dans sa planification annuelle. C’est pour que durant toute la saison, ses athlètes puissent encaisser l’entrainement. Le contenu spécifique des séances de courses est aussi plus long. Par exemple, avec Bruno, un fartlek, c’était 12 minutes. Avec Alain, c’est 16. Une séance de côtes, c’était sur 200 m. Maintenant, ce sera sur 30 secondes.

Vous collaborez avec Alain Lignier depuis un mois. Que pouvez-vous déjà en dire ?

Lors de notre rencontre, au bout de dix minutes, je savais que cela allait le faire humainement. Lorsque je lui ai demandé s’il pouvait trois semaines avec moi en Australie, il a tout de suite dit oui. Je l’ai tous les jours au téléphone. Ce n’était pas simple de me prendre comme athlète, compte-tenu du contexte. Il y avait mieux pour débuter une aventure sportive entre nous. J’avais bien morflé durant mes vacances avec cet accident de la circulation : entorse du ligament latéral interne du genou gauche, contention osseuse et traumatisme crânien. Si le choc avait été plus violent au niveau de la tête, j’aurai pu y rester… Je suis donc très content de pourvoir de nouveau m’entraîner. Et là, je suis hyper à la bourre dans ma préparation. Il n’y aura pas de saison en salle. Alain va me remettre sur les rails, mais lentement. Avec ses méthodes et un travail avec des séances plus longues. Sans faire de spécifique durant février et mars. Je vais avoir un gros bagage aérobie. En fait, ce sera dans la continuité de ce que je faisais avec Bruno. Ce sont deux coaches qui se respectent. Ils ont fait les mêmes études et ont la même vision des choses. Ce qui va changer, c’est le contenu des séances et leur contexte.

En Australie cet hiver

Alain Lignier a un groupe d’entraînement à Tourcoing. Vous êtes basé à l’Insep, à Vincennes. Quel sera votre camp de base ?

Il sera à Paris. D’ailleurs, je vais certainement signer dans un club parisien…  J’ai investi à Vincennes et je veux rester à l’Insep pour m’entraîner. Nous avons prévu de nous voir trois fois par semaine. Lille n’est qu’à une heure de Paris. Je ne voulais pas être une contrainte pour lui et ses athlètes. Les choses sont claires à ce sujet. A Lille, j’aurai des partenaires d’entraînement, comme Thomas Larchaud. Comme je peux avoir Bryan Cantero à Paris. Nous venons de faire un stage à Valence avec Thomas et Bryan et tout s’est bien passé. Nous sommes tous dans le même moule.

Vous avez choisi l’Australie pour votre préparation hivernale. Pourquoi ce pays ?

Déjà, parce que je veux améliorer mon anglais ; ensuite parce que j’ai toujours eu envie d’aller en Australie. Et puis, là-bas, je vais avoir deux partenaires d’entraînement avec Luke Mathews (1’45’’16 sur 800 m) et Brett Robinson (13’32’’30 sur 5000 m). Il n’y aura pas que le sport. Je vais aussi vivre et sortir. Et ce sera sympa d’aller boire une bière avec eux.

Vous venez aussi de lancer la campagne de promotion de votre start-up : « Deserve Her » ?

Effectivement, c’est un projet que nous avons avec Bryan Cantero et Benjamin Compaoré. C’est une application de rencontre « Deserve Her » (Mérite-la). Elle sera effective le 7 février 2017. Dans l’immédiat, il y a encore du travail pour la campagne de lancement qui a débuté, hier.

Pour revenir au sport, vous avez donc choisi de ne pas faire de saison en salle ?

Comme je vais être deux mois en Australie durant l’hiver, j’ai été contacté par le directeur d’un meeting (Nitro Summer Series à Melbourne), là-bas, pour être la tête d’affiche du demi-fond. J’ai dit oui avec un grand point d’interrogation… C’est février. Si j’y vais, ce sera pour le fun, juste pour courir en relais. Usain Bolt a déjà annoncé sa présence… Je n’ai repris l’entraînement que début décembre. Après mon accident de voiture et ma blessure au genou gauche, j’ai pensé que le repos suffirait. J’étais en vacances et j’ai fait l’impasse sur les soins. Une grosse erreur. J’ai compensé sur la jambe droite et j’ai une inflammation des cartilages sur le genou droit. Pour accélérer la guérison, j’ai eu recours à  une viscosupplémentation et on m’a injecté du gel dans le genou. C’est un traitement qui est plus destiné pour les personnes âgées qui souffre d’arthrose, mais c’est le meilleur traitement que j’ai trouvé pour me soigner. J’ai encore mal au genou, mais c’est supportable. Bref, j’ai perdu six semaines dans ma préparation. Je n’aime pas courir lorsque je suis en vacances.  Je ne suis pas quelqu’un qui faire du sport pour s’entretenir. Je suis un athlète qui court pour la performance. Je me suis juste forcé à faire du vélo et un peu de natation.

Pour 2017, il y a les championnats du Monde à Londres. Comment allez articuler le reste de votre saison ?

Rien n’est pas encore fixé. Avec Alain, nous sommes plus dans le temps présent, l’entraînement. Il n’y a pas de projection dans le futur pour les compétitions. Ce que je peux dire, c’est que je vais travailler avec Thomas Larchaud comme lièvre. Je vais axer ma saison sur les épreuves de la LNA (Ligue Nationale d’Athlétisme). Je ne vais pas « courir » après les meetings de la Diamond League, comme la saison dernière, où je m’étais au jeu après ma victoire à Rabat, la première course de la saison. Je n’ai pas envie de refaire ce circuit tous les ans, mais je pense y revenir un peu plus tard dans ma carrière.

Propos recueillis par Bruno POIRIER.