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Paul Renaudie : « J’avais peur d’avoir oublié ce qu’était un 800 m »

Paul Renaudie a fait le plein de confiance avant la saison estivale en réalisant le 10e chrono européen à Stockholm mercredi 17 février (4e en 1’47’’80 ; Pierre-Ambroise Bosse est 2e européen et 5e mondial avec ses 1’46’’25), huit mois après son dernier 800 m. Le Bordelais a confirmé en s’imposant à Metz dimanche dernier (1’48’’11). Il ne sera pas en lice ce week-end aux championnats de France Elite, mais sera au départ des France de cross, sur le court, le 6 mars au Mans.  

Comment analysez-vous vos deux sorties ?

Je suis content car on savait que ça serait compliqué d’aller très vite en menant une double prépa avec le cross et la salle. Je suis champion régional de cross (sur le court, le 24 janvier), je ne suis pas loin de gagner aux inters (troisième de la course le 7 février et deuxième Français), c’est un bon bilan. On a adapté mes schémas de course avec mes capacités du moment. Comme je fais du cross, il me manque pas mal de vitesse, donc on a essayé de faire des courses équilibrées. Je gère bien à Stockholm ; il me manque des séances sur le dernier 200, mais c’était plutôt encourageant.

A Metz, je passe un petit peu lent aux 400 m (autour de 52’’6 alors que je voulais passer en 51’’9). Et quand il te manque 7-8 dixièmes au passage au 400, tu ne les rattrapes pas. J’étais très bien sur 52’’6, mais je manque de ces séances là pour changer de rythme.

Il y avait de l’appréhension à Stockholm ? Car vous n’aviez pas couru de 800 m depuis le 19 juin (1’51’’15, il a connu une saison 2015 difficile avec des pépins physiques) et la course était particulièrement dense (avec le champion d’Europe et vice-champion du Monde 2015 Adam Kszczot, ainsi que le champion du Monde 2013 Mohammed Aman)…

(Sourire). J’étais un peu stressé les 3-4 jours avant. Çà faisait un an que je n’avais pas fait moins d’1’50’’, ça commençait à être long (1’47’’96 à…Stockholm le 14 février 2015, ndlr). Mais je n’étais pas pris par l’enjeu. On savait que les lièvres allaient passer en 50’’ et on s’était dit avec Thierry (Choffin) qu’il fallait vraiment rester avec le pack. Mais j’avais peur d’avoir oublié ce qu’était un 800. En fait, ça revient une fois dedans.

Quel était le but de ces sorties ?

L’objectif était déjà de recourir sur 800 m. C’est toujours bien de retrouver ces sensations là. Si je ne l’avais pas fait, ça aurait été plus compliqué pour l’été. Après, on ne veut pas trop en faire car la préparation est longue, et il faut être prêt en mai-juin. Je voulais aussi voir où j’en étais. Il ne faut pas non plus en tirer 25 000 conclusions, mais c’est indicatif d’un certain état de forme et c’est motivant de se dire qu’on est sur la bonne voie.

L’un des objectifs que l’on s’est fixé avec Thierry est de battre tout mes records (également 3’50’’97 sur 1 500 m cet hiver, record personnel, ndlr). On court quand même pour faire des compètes. Un an sans compétition (s’il n’avait pas fait de 800 m cet hiver, ndlr), déjà que l’on ne court pas beaucoup…Je pense que c’est important de rester un peu connecté à la compète.

Pourquoi allez-vous disputer les France de cross court le 6 mars, mais pas les France Elite le week-end prochain ?

C’était prévu depuis longtemps, et c’est bien de garder le cap fixé. Ces deux 800 m enchaînés rapidement étaient une étape, pour voir comment je réagissais. Je ne dénigre pas les France Elite, j’y ai souvent couru (1er en 2014, 3e en 2015, ndlr), mais ce n’est pas du tout un aboutissement. Le but est d’arriver au top en mai-juin pour faire les minima (pour Rio).

Papa pour la deuxième fois

Comment avez-vous abordé le fait de basculer entre cross et indoor presque simultanément ?

C’est une préparation complète, le seul truc qui m’a fait peur, ce sont les séances de vitesse. J’ai fait beaucoup de long, je ne suis pas parti en stage donc je n’ai pas pu bosser sur du “vite vite“. Après les dernières séances, je savais que j’aurais du mal à changer de rythme, mais une fois dans la course, ça va. Le 800, ça ne s’oublie pas, surtout en salle où ça court beaucoup au train.

Je suis arrivé à Stockholm, j’avais complètement oublié que j’avais fait un cross dix jours avant. La préparation, l’ambiance, ce n‘est pas pareil, entre les inters et à Stockholm, avec Kszczot et Aman (sourire). Mais c’est sympa.

J’ai hâte de courir aux France de cross. Faire un top 20 et top 5 par équipes, ça serait super. Après, c’est parfois un peu quitte ou double en fonction du terrain.  Si c’est un hippodrome et qu’il n’a pas plu, je serais plus à l’aise avec ma foulée de pistard un peu puissante. Je l’ai bien vu sur les autres cross, dès que c’était un peu plus sec, ça roulait beaucoup mieux.

Comment l’entraînement se passe t-il, à distance avec Thierry Choffin (depuis septembre, il s’entraînait auparavant avec Bernard Mossant, lire ici) ?

Je suis allé à Fontainebleau 10-12 jours tous les mois, comme prévu. Ça fonctionne bien, je vais essayer d’y aller un peu plus en mars-avril car il y a encore pas mal de choses à mettre en place. Sinon, je pars deux semaines en stage en avril avec le groupe (avec notamment la finaliste mondiale Rénelle Lamote) à La Réunion. A Bordeaux, sur les séances sur piste, Jeff Lastennet me prend les chronos et me conseille avec son œil de spécialiste. Je fais ensuite un retour de mes sensations et du ressenti de Jeff à Thierry.

Sa philosophie, c’est qu’un coureur de 800 est avant tout un coureur et il faut courir. Il y a plus de long, de volume, j’ai progressé en aérobie, c’est une certitude –je n’avais jamais eu de tels résultats en cross. Il faut aussi progresser en vitesse, garder des séances difficiles. Il faut être meilleur partout.

Vous avez été papa pour la seconde fois fin janvier. Comment avez-vous géré cela ?

Mon fils (Malo) est né deux jours avant les régionaux. Je n’ai pas dormi mais c’est passé sur les nerfs. Il y a deux semaines où ça a été un peu plus chaud et où j’ai fait le dos rond. Mais ma femme est parfaite et je ne suis pas à plaindre.

Texte : Quentin Guillon.

Photo de une : Paul Renaudie lors de son titre aux France Elite sur 800 m indoor en 2014 à Bordeaux (Photo Yves-Marie Quemener).