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Romain Collenot-Spriet vise le record de France espoir du 3000 m en salle de Bouabdellah Tahri

Le Blésois ambitionne cet hiver de battre le record de France espoir du 3000 m indoor, détenu depuis 1998 par Bouabdellah Tahri (7’52’’52).

« C’est pour cela que je me suis entraîné » souligne Romain Collenot-Spriet, qui a échoué dans sa tentative dimanche dernier à Gand, en Belgique, abandonnant à 400 mètres de l’arrivée. Il espère trouver un autre meeting d’ici la fin du mois. Le champion de France de cross court 2013 évoque également la manière dont il a rebondi après les championnats d’Europe de cross espoirs, achevés loin de ses attentes à la 14e place, alors que Philippe Dupont, manager du demi-fond tricolore, devrait le conseiller sur sa planification.

Comment s’est déroulé ce 3000 mètres à Gand ?

«Ça faisait 9 jours que j’étais revenu d’altitude, en Afrique du Sud. C’est la première fois que je gérais l’altitude dans les règles car avant je faisais un peu n’importe quoi avec ça (voir ici). J’ai pu faire un stage bien encadré et il y a un contrecoup physiologique selon les athlètes. Mercredi dernier (5 février), j’avais une petite séance de rythme sur des 200, 300, bref un truc cool normalement. Et j’ai commencé à ressentir ce contrecoup. J’étais vraiment dans le dur. J’ai eu les 4-5 jours de ce contrecoup à ce moment-là…»

Pourquoi avoir choisi de quand même courir à Gand?

«J’en ai parlé avec mon coach. Comme c’était la première fois que j’avais ce contrecoup, ça aurait pu durer trois jours, comme cinq jours. Ça aurait pu partir vendredi par exemple. C’était une grosse course et je ne pouvais pas refuser cette occasion. Je suis donc parti à Gand. J’ai abandonné à 400 mètres de l’arrivée. Je n’ai pas eu du tout de sensations, et ce depuis le début de la course, comme mercredi, où je ne me sentais pas l’aise sur des 200 en 31’’.Je suis passé en 3’54 aux 1500 avec de mauvaises sensations. Je me dis que c’est plutôt de bon augure. En fait, cette course m’a plutôt rassurée, car si je passe en 3’54 3’55 avec de bonnes sensations, je peux ensuite faire un bon temps.»

Vous avez vraiment ralenti ensuite pour abandonner à 400 m de l’arrivée?

«Je me suis retrouvé tout seul. C’est parti en 2’30 au premier kilo. J’avais du monde jusqu’aux premiers 1000. Puis j’ai rattrapé un gars qui était parti trop vite et je me suis mis derrière lui. Il m’a ralenti un peu. Je suis passé en 5’16 au 2000 m. J’étais encore sur des bases acceptables (7’54, ndlr). Le rythme a un peu baissé par la suite. A deux tours de l’arrivée, j’aurais pu faire 7’58 en relançant bien, mais je n’étais pas bien dans les jambes. Je ne voulais pas pousser avec ces mauvaises sensations, sachant que je vais avoir une deuxième chance.»

Quand est-ce que vous allez recourir?

«Rien n’est encore figé. Il y a peut-être une possibilité à Prague (le 25 février). J’ai vu avec mon manager mais je n’ai pas encore de certitudes. Gand, j’ai appris 4 jours avant la course que j’étais accepté. Et si ce n’est pas Prague, je peux faire un 2000 m à Metz (28 février). Mais je voudrais tenter ce record de France. Avec mon coach, on s’est aussi demandés si ça ne vaut pas le coup de monter une course sur un meeting moindre avec un lièvre que j’aurai trouvé en 3’55, puis finir tout seul.»

«Besoin de changer un peu d’air après les Europe»

 

Pourquoi avoir privilégié la salle plutôt que les cross comme en 2013 (champion de France sur le court à Lignières-en-Berry)?

«L’année dernière, je suis arrivé vraiment épuisé pour la saison estivale. Je ne voulais donc pas jouer tous les tableaux cet hiver. D’autre part, les Europe de cross ne se sont pas trop bien passés. A la sortie des Europe, j’avais un peu envie de passer à autre chose. Et comme je suis dans ma dernière année espoir, je me suis dit que le record de France pouvait être un bon objectif, différent des autres années. Mais c’est vrai que le cross me manque. On avait pris cette décision début janvier avec mon coach.»

Quand vous dîtes que vous étiez épuisé pour la saison estivale en 2013, ce n’était pas à cause du stage à Font Romeu en avril ?

«C’est la sortie des France de cross, où avec l’euphorie, je n’ai pas voulu couper. Ça été un facteur. Pour cette saison, j’avais besoin de changer un peu d’air après les Europe.»

Comment justement avez-vous digéré cette 14e place aux Europeà Belgrade, alors que vous visiez le podium ?

«J’ai eu une semaine où ça été très dur mentalement. Je suis allé aux championnats universitaires car je m’étais engagé (2e). Puis j’ai coupé 10 bons jours, voire deux semaines, ce qui m’a permis de digérer. J’étais surtout fatigué mentalement. C’était une grosse préparation, l’objectif était loupé. Il a fallu que je me remette psychologiquement. La motivation est revenue avec d’autres objectifs.»

Le stage en Afrique du Sud a dû vous permettre de repartir sur de nouvelles bases?

«Oui, ça m’a vraiment motivé de partir avec les tous meilleurs, comme Mahiedine (Mekhissi). J’ai pensé à l’avenir et à cet été. C’était une super expérience.»

Au niveau de l’entraînement, quand vous étiez en Afrique du Sud, vous avez fonctionné à distance avec Cyrille Nivault?

«En fait, après les Europe, on s’est remis un peu en cause avec Cyrille. On a fait quelques petites erreurs. On a demandé de l’aide à Philippe Dupont (manager du demi-fond français) pour voir s’il pouvait superviser l’entraînement, un peu comme un second coach. Il était d’accord. En Afrique du Sud, c’est lui qui me faisait les plans. Et comme Mahiedine était là et qu’il est coaché par Philippe, on a pu s’entraîner en groupe. J’ai pu profiter de l’expérience de Mahiedine.»

Quelles erreurs ont-été “commises“ durant la préparation?

«Des petites erreurs d’enchaînement de séances. Peut-être que je suis arrivé en forme un peu trop tôt. Plus les erreurs que l’on avait faites en altitude. On s’est réunis et on s’est dit que c’était sans doute bien d’avoir quelqu’un avec un peu plus d’expérience pour ne plus faire ces erreurs.»

Depuis le retour d’Afrique du Sud, Cyrille Nivault vous fait les plans et Philippe Dupont “contrôle“ derrière?

«C’était un peu light après le stage, il y a juste eu cette séance de rythme avant Gand. Maintenant, on va appeler Philippe Dupont et on va voir comment on s’organise, comme il peut nous aider.»

«Un partenariat entre les deux»

 

A moyen terme, Philippe Dupont pourrait complètement suppléer Cyrille Nivault?

«Non non. Cyrille Nivault est mon coach depuis toujours. C’est lui qui me voit sur les séances tous les jours. On est dans l’optique de recevoir un peu d’aide dans l’entraînement pour ne pas faire d’erreurs. On n’est pas là pour faire une transition. C’est un partenariat entre les deux. Je me suis également très bien entendu avec Mahiedine en Afrique du Sud. J’ai découvert quelqu’un de très sympa, qui m’a pas mal conseillé sur certains points. Donc si on peut faire quelques stages en altitude ensemble à Font Romeu ou autre, comme on fait la même discipline, ça serait vraiment l’idéal pour moi.»

Défendre votre titre aux championnats de France de cross court le 2 mars au Pontet, est-ce envisageable?

«Je viendrai pour regarder. Je n’ai pas prévu de courir, mais comme rien n’est figé pour la salle, je ne ferme pas totalement la porte.»

Photo : Gilles Bertrand