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Séverine Hamel : un retour à la compétition convaincant à Paris-Versailles, et le marathon en 2015 ?

La Sarthoise, désormais licenciée à l’Endurance 72, a pris la 7e place féminine (1h00’37’’) de Paris-Versailles dimanche 28 septembre. Cette course marquait son retour à la compétition après une blessure au tendon d’Achille qui l’a empêchée de s’entraîner trois mois durant. Place désormais à la préparation des cross pour Séverine Hamel, qui hésite, à 36 ans, à monter sur marathon.

Voilà plus de six mois que Séverine Hamel n’avait pas foulé le macadam en compétition, sa dernière course remontant aux 10 km de Bayeux le 16 mars (35’15’’), deux semaines après son excellente sixième place au Pontet à l’occasion des championnats de France de cross long. «J’ai eu régulièrement des tendinites d’Achille depuis 2007. J’avais souvent des alertes. Ça a commencé aux départementaux de cross en janvier quand j’ai remis les pointes. Ça m’a un peu tiré toute la saison de cross, mais ça ne m’a jamais empêché de courir. En glaçant et avec les étirements, ça passait. Et aux France, je ne l’ai pas du tout senti».

Mais quelques jours après, Séverine Hamel a pris un coup sur la tête en apprenant qu’elle ne serait pas en lice aux championnats du Monde de semi-marathon*. «J’ai été balayé moralement. Je crois que ça a joué dans la blessure. Aux 10 bornes de Bayeux, sur un petit décalage de route, ma cheville s’est légèrement tordue et j’ai senti un crac à l’intérieur. J’ai fait 8 bornes comme ça et le trucs’est empiré ».

«Un tendon qui ressemblait à une corde qui s’effilochait»

Diagnostic final: lésion au tendon d’Achille et plusieurs microlésions parallèles. «J’avais un tendon qui ressemblait à une corde qui s’effilochait» résume métaphoriquement celle qui fut sélectionnée à deux reprises aux Europe de cross (34e en 2011 et 47e en 2012). Séverine Hamel s’est soignée par le truchement du PRP (plasma enrichi en plaquette), «ma dernière chance de récupérer un tendon quasiment tout neuf avant l’opération. Ça été moralement dur. Mais j’ai fait les soins, avec de l’aquajoging et du vélo. Et apparemment, ça été une grande réussite ».

Elle a donc repris la course à pied piano mi-juin, plus promptement qu’escompté («avec le sport que j’ai fait à côté, j’ai bien drainé le tendon et j’ai bien recrée tout le réseau sanguin»), «sur pelouse cinq minutes par cinq minutes» avant d’accélérer l’allure mi-juillet et enfin la reprise des séances début août. «Au tout début, j’étais très surprise car je n’ai pas perdu musculairement. J’ai même gagné avec le vélo et l’aquajoging. Pour ne pas me lasser, je faisais que des séances. J’ai donc bien travaillé. Le plus dur, c’était le pied et le cardio. J’avais l’impression de ne plus savoir courir, d’autant qu’il y avait forcément l’appréhension, mais c’est très vite revenu et j’étais très bien musculairement ».

Probante reprise

La Sarthoise a donc repris la compétition à Paris-Versailles dimanche 28 septembre, avec une 7e place à la clé, en 1h00’37’’, pas loin de sa performance de 2013 (4e en 59’57’’). «Je n’ai pas le même niveau de forme que l’an dernier, mais ça s’est plutôt bien passé, même si c’était un peu difficile mentalement. Je n’étais pas tout à fait prête. Il s’est passé plein de choses dans ma tête. C’est la première année où je ne double personne dans la côte (des Gardes, une bosse de deux bornes à partir du 5e km, ndlr) et où je me fais doubler. J’ai une grosse fatigue nerveuse car j’ai des CP-CE1 cette année et la rentrée est très compliquée avec les nouveaux rythmes scolaires. J’ai ressenti la fatigue dans la côte, en me disant qu’il restait 10 bornes…Et puis en fait, j’ai réussi à relancer dans la 2e partie de course» explique Séverine Hamel, qui a connu «quelques frayeurs dans les descentes, ça tapait un peu dans le tendon, les mollets. Mais ce n’est rien d’alarmant».

Le plus délicat après une blessure est «réaccepter la douleur aux entraînements et en compétition. Ce n’est pas encore extraordinaire à l’entraînement mais ça revient bien». Désormais, elle entame une période trail, avec les Templiers fin octobre où elle s’aligne régulièrement (2e de la Templière en 2011, vainqueur en 2012 et 2013), tout en étant présente le dimanche lors de la Grande Course (70 km) auprès de son compagnon Benoit Holzerny pour l’aider au niveau des ravitaillements. Viendra ensuite le Rocky Man à Rio de Janeiro, un raid multisports où elle sera en lice avec Benoit Holzerny sur la partie trail (7 et 8 novembre 2014). Avant un focus sur les cross avec sa nouvelle formation, Endurance 72 (elle y fut en 2009-2010 avant de se licencier à Free Run 72).

Cette décision a-t-elle un lien avec le fait que Free Run soit devenu une section de l’A3 Tours, le siège social étant délocalisé en Touraine? «Non, non. Le choix a été difficile à prendre et j’ai mis du temps à me décider. J’y avais déjà pensé l’an passé. C’est vraiment une question d’équipe. Si j’avais eu une équipe ultra compétitive comme il y avait au début à Free Run, j’y serais restée (Benoit Holerzny reste de son côté à Free Run, ndlr). Je m’entends bien avec les filles d’Endurance. Elles ont pris de mes nouvelles quand j’étais blessée et on a partagé pas mal de choses, avec Malika (Coutant) ou Elodie (Navarro). Après la blessure, j’ai senti que ça allait être dur de revenir et j’avais aussi besoin de quelque chose pour me remotiver. On espère évidemment un podium aux France».

«Je suis capable de faire une prépa marathon mais j’ai peur»

Et pour la suite? «Je suis en plein questionnement concernant le marathon. Je voulais me lancer au mois de juillet. Et puis, en août, je me suis dégonflée car faire une prépa marathon, seule au Mans, ça me fait franchement peur. Pour moi, une prépa marathon, c’est avec un groupe, un collectif (les filles de l’Endurance 72 ne s’entraînent pas au Mans, ndlr). En fait, je suis capable mais j’ai peur. Du coup, je suis repartie dans mon questionnement. On s’est laissés avec Benoit jusqu’à mi-octobre. Si j’en fais un, ça sera Paris». Une chose est certaine, Séverine Hamel sera aux France de cross.

Sixième en 2014 – «c’est la meilleure place que je pouvais faire à mon niveau, car devant, c’est trop fort. J’étais super contente mais pas surprise car je savais que j’en étais capable» confie t-elle à ce sujet-, la marge de progression semble faible au regard de la très forte concurrence, d’autant que l’enseignante en charge cette année de CP-CE1 ne s’entraîne «que» six fois par semaine en raison de ses contraintes professionnelles. «Les plus jeunes progressent et ne sont pas loin. Mais l’hiver dernier, j’ai passé des séances vraiment dures, et je n’avais presque aucune souffrance à l’entraînement. Je me dis qu’il y a encore une petite marge. Mais je ne serais jamais championne de France de cross! Je ne suis pas professionnelle. De plus, c’est encore difficile de se projeter quand on revient de blessure».

Si elle ne peut pas doubler, Séverine Hamel cherche les leviers de progression ailleurs. «Cette année, j’avais fait des efforts sur l’alimentation, comme limiter les cochonneries en période de compétition. Comme je ne peux pas m’entraîner plus, on essaie de faire jouer d’autres paramètres. Je n’ai peut-être pas été assez vigilante sur les soins et les étirements, donc je fais faire attention là-dessus».

 

*5 athlètes au maximum étaient sélectionnées, notamment au regard des bilans 2013 et 2014. Mais quatre athlètes ont finalement été prises, après la blessure de Carmen Oliveras qui avait couru en 1h15’11’’ lors du semi de Paris (disputé le même jour que les France de cross). De son côté, Séverine Hamel avait réalisé 1h15’47’’ à Boulogne-Billancourt en novembre 2013 et avait montré sa forme aux France de cross. Elle aurait donc été en mesure de remplacer Carmen Oliveras.

«Ça été une grosse déception de ne pas être sélectionnée. J’aurais peut-être dû prendre la décision d’aller au semi de Paris. J’ai vu Philippe Remond (dimanche dernierà Paris-Versailles), on a parlé et on a établi qu’il y avait un manque de communication des deux côtés» glisse Séverine Hamel.