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Championnats d’Europe : un coup à jouer pour les Français sur le marathon

Sur un parcours sélectif, les Tricolores en lice auront une carte à jouer dimanche. La course s’annonce très ouverte, avec une interrogation concernant la forme du champion d’Europe en titre, le Suisse Victor Röthlin.

Le marathon masculin se présente comme l’une des épreuves les plus ouvertes de ces championnats. D’une part, au regard des caractéristiques des 42,195 km, qui par définition peut se prêter à tous les scenarii possibles, accentué cette année par le profil d’un parcours qui mettra à rude épreuves les organismes (quatre boucles de 10 kilomètres avec plusieurs côtes et notamment un «mur»). Mais aussi en raison des références homogènes des athlètes en lice, d’autant qu’il est impossible d’évaluer le niveau de préparation de chacun des protagonistes. Dans ce contexte, les Tricolores auront un coup à jouer, et un podium paraît envisageable, 24 ans après la troisième place de Dominique Chauvelier à Split –le seul Français ayant glané une médaille au niveau européen.

Abdellatif Meftah, El Hassane Ben Lkhainouch, Benjamin Malaty ont les moyens de figurer aux avant-postes, alors que Jean-Damascène Habarurema et Ruben Iindongo paraissent plus en retrait. Les deux premiers se sont préparés à Ifrane au Maroc. «Abdel est resté presque deux mois. Je suis allé le voir sur le premier stage pendant une semaine, et il était monstrueux. El Hassane est resté quant à lui 24 jours (après le meeting de Carquefou) » rapporte Philippe Remond, ambassadeur du marathon et qui entraîne les deux marathoniens (depuis janvier pour le premier, mars pour le second).

De son côté, Benjamin Malaty n’a pas voulu modifier ses habitudes, après avoir préparé Moscou (son 3e 42,195 km) l’an dernier à Font Romeu. «Je suis resté à Bordeaux. C’était un choix de ma part. J’en avais discuté avec mon coach(Messaoud Settati) : j’ai préparé mes deux premiers marathons à Bordeaux (2h13’15’’ en 2012 et 2h12’00’’ en 2013), et l’altitude proche de l’évènement ne m’avait pas satisfait l’an passé» relève le seul Tricolore engagé aux Mondiaux de Moscou (28e en 2h19’21’’). J’aime bien avoir mes repères, mes terrains d’entrainements, les gens avec qui je m’entraîne, surtout à l’approche des grands évènements. Ça s’est idéalement passé, je ne regrette pas du tout» poursuit le Talençais, satisfait de sa préparation.

«Cela a été un peu difficile au début. J’avais bien bossé jusqu’au semi début juin (9e en 1h05’31’’ mais sous une forte chaleur en République Tchèque), et j’ai ensuite enchaîné directement sur la préparation. Il a fait un peu chaud, j’avais pas mal de boulot, j’ai légèrement saturé. J’ai pris deux jours de repos fin juin et je suis reparti de plus belle. J’ai fait un super mois de juillet autant dans la quantité que dans la qualité. J’ai bien bossé, je pense être prêt».

Benjamin Malaty a de «la fraîcheur»

Qu’a-t-il retiré de sa première expérience en grand championnat, l’été dernier à Moscou? « Ce qui a été difficile, c’est l’enchaînement d’un deuxième marathon en quatre mois, et j’avais surtout un problème à l’ischio qui a débuté pendant la prépa. J’arrivais à le maîtriser mais au bout de 10 bornes à Moscou –je n’en avais pas trop parlé- j’ai mal à l’ischio, je cours 30 bornes sur un ischio et demi, il n’y a pas de secret, le corps n’a pas suivi. J’ai mis quelques mois à le régler mais aujourd’hui tout va bien, c’est l’essentiel. Je me sens bien physiquement, j’ai de la fraîcheur par rapport à la saison qui s’est écoulée, où j’ai eu quelques petites blessures qui m’ont freiné et ralenti. L’objectif, ça sera de faire le mieux possible. J’ai en tête ce que j’ai envie de faire. J’étais dans le top 12 au bilan 2012 (30e en fait d’un bilan très dense) et 2013 (12e). Sur marathon, quand on est dans le top 12, on est très proches du top 5, top 6. Une place de finaliste serait déjà une belle récompense».

Benjamin Malaty aux Mondiaux de Moscou en 2013  (Photo Gilles Bertrand)

Benjamin Malaty aux Mondiaux de Moscou en 2013 (Photo Gilles Bertrand)

 

Le tenant du titre Victor Röthlin s’alignera pour la dernière course de sa carrière, chez lui, à domicile. Mais dans quel état de forme se trouvera celui qui a découvert en premier le design des médailles décernés à Zurich –il a même posé avec? Un autre Suisse, Erythréen d’origine et tout juste naturalisé, fait figure d’épouvantail. Abraham Tadesse possède le deuxième meilleur chrono des engagés, avec 2h07’45’’, temps établit en 2013…à Zurich. Il a notamment remporté le 10 mai dernier le Grand Prix de Berne (16 km d’un parcours assez vallonné).

Les Espagnols Javier Guerra –15e et premier Européen aux Mondiaux de Moscou (2h14’33’’) et Ayad Lamdassem (2h09’28’’ à Londres en 2013, 17e des Mondiaux de semi en 1h01’22’’ à Copenhague) seront de très sérieux concurrents. A surveiller également l’Irlandais Paul Pollock, 21e à Moscou l’été dernier (2h16’42’’ pour un record personnel de 2h16’30’’) et les Italiens Andea Lalli -champion d’Europe de cross en 2012 et qui a effectué ses débuts en 2h14’26’’ à Venise en octobre dernier- et Daniel Meucci, qui a pris la 6e place du 10000 mètres mercredi en 28’19’’ 79 (il a couru en 2h12’03’’ à New York en novembre dernier), sans oublier les Russes et Polonais (et en premier lieu Henryk Szost, 2h07’39’’, meilleur chrono des engagés, 2h08’55’’ cette année à Varsovie il avait pris la 9e place aux JO de Londres en 2012) habilités à jouer les empêcheurs de tourner en rond.

A noter que ce championnat d’Europe est support de la coupe d’Europe de marathon au terme duquel un classement par équipes sera établi (prenant en compte les trois meilleures performances de chaque pays).