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Championnats d’Europe, 20 km marche : Kévin Campion 11e, la détresse psychologique d’Antonin Boyez

Au terme d’un final à suspense, l’Espagnol Angel Miguel Lopez l’a emporté de très peu sur le 20 km marche (1h19’44’’, devançant les Russes Aleksandr Ivanov et Denis Strelkov (1h19’45’’ et 1h19’’46). Longtemps aux avant-postes, Kévin Campion a finalement terminé 11e en 1h23’04’’, alors qu’Antonin Boyez a lui aussi vécu une seconde partie de course difficile (21e en 1h25’31’’).

Kévin Campion franchit la ligne d’arrivée, regarde son chrono, et fait une moue éloquente. Quelques secondes après il confie: «Je n’ai pas le niveau». Le marcheur, en plus de disputer une épreuve éminemment exigeante, est dur avec lui-même, comme l’illustrera un instant plus tard Antonin Boyez. Pourtant, tout avait bien commencé, sur cette boucle d’un kilomètre le long du Limmat, ceint de spectateurs enthousiastes, à l’image de la dizaine de Lyonnais venus spécialement encourager leur «pote» Kévin Campion malgré le temps bien maussade.

Partie plutôt lentement, la course s’accéléra rapidement, les deux Tricolores figurant aux avant-postes. On s’approche des 4’ au kilo. Pascal Chirat, manager de la marche auprès de la FFA, s’inquiète du prompt tempo d’Antonin Boyez. Il a vu juste: quelques instants plus tard, le sociétaire du Doubs Sud Athlé cède du terrain. 40’43’’ à mi-parcours pour le groupe de tête. Laurent Heitz, qui coache Kévin Campion avec Philippe Dols, se réjouit: «Il fait une course juste, en deuxième rideau. Il est vraiment bien, bien placé. Maintenant, ça va commencer après 50’, une heure de course».

Un peu avant, en fait. Ils ne sont plus que huit devant quand le 12e kilo se marche en 3’55’’. Kévin Campion est décramponné. «J’ai tout simplement pris une claque au 12e km. J’ai tenté mais ça n’a pas tenu. Je n’ai pas eu la même pression qu’à Moscou, je suis sur les bons rails pendant 12, 13 bornes. Et au moment où ça visse, je prends une claque, je n’arrive pas à l’expliquer».Antonin BoyezA l’image de Kévin Campion, Antonin Boyez a souffert sur le deuxième partie de course, terminant 21e en 1h25’31’’ pour son premier grand championnat. Dans la tente des athlètes, le champion de France était marqué psychologiquement.

« Ça fait chier de ne pas répondre présent. C’est une déception. Mentalement, j’étais connecté avec les perfs que faisaient les copains de l’équipe de France. Et j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur. Je n’ai qu’une envie, c’est d’effacer ça, et de faire le bilan de ce qui s’est passé. Je ne veux plus connaître ce genre de défaillance. Ça fait mal». Il faut dire qu’ils ne sont pas nombreux au sein de l’équipe de France à travailler à temps plein comme Antonin Boyez, en poste à la direction régionale jeunesse et sport, après un parcours singulier. Son année professionnelle, très chargée, ne lui a sûrement pas permis de posséder la fraicheur inhérente pour performer sur ces grands championnats.

«Ce n’était pas moi, je ne veux plus voir les mecs passer sans pouvoir réagir»

«Après la coupe du Monde (à Taicang en Chine où il avait réalisé les minima, 1h22’21’’, son record personnel), j’ai eu une semaine de formation à Poitiers. Je me suis entraîné sur un circuit de 800 mètres à 7h du matin, et 19h le soir. Ce n’est pas une vie. Je m’en sens usé, je dormais mal. Je n’ai pas eu l’hygiène de vie d’un sportif de haut niveau. Pendant la course, la souffrance physique s’est doublée d’une détresse psychologique. Au 17e km, je me suis dit que ce n’était pas moi, que je ne voulais plus voir les mecs me passer sans pouvoir réagir».

S’il s’entraîne seul et fait ses propres plans, Antonin Boyez est conseillé par Denis Dugast et Yannick Tolle, ce dernier notamment pour la prépa physique. «Il a encore une grosse marge de progression Il a un peu envie de griller les étapes, il voulait faire quelque chose à ces Europe. Je lui ai rappelé que l’objectif était d’intégrer les listes de haut niveau (ce qu’il a fait en se qualifiant pour Zurich)» relève Yannick Tolle. Un objectif qui était loin d’être atteint en début d’année, lorsqu’Antonin Boyez avait repris l’entraînement après l’avoir délaissé durant trois mois à la fin 2013 pour préparer son concours de professorat de sport.

«Une anecdote m’a marquée» se souvient Pascal Chirat avec le sourire. «15 jours avant les France, il m’envoie un mail dans lequel il me dit: “j’ai décidé de faire l’impasse sur les France, donc sur Podebrady, donc sur la coupe du Monde pour faire un one shot en juin pour tenter la qualif aux Europe“. Je lui écris alors que je prenais acte de sa décision mais que ça me surprenait que sur la route de son one shot il ne mettait aucune de ces courses qui pouvaient être un bon exercice. Et 4-5 jours après, il me dit qu’il va aux France. Et cela a été un truc assez miraculeux pour lui, car Kevin (Campion) est disqualifié à 500 m de l’arrivée. Antonin devient le champion de France et en tant que tel, il lui suffisait de faire moins de 1h22’30’’ et il était automatiquement sélectionnable. Ce qu’il a fait. J’aurais bien aimé qu’il produise un schéma de course inverse à ce qu’il a fait, c’est-à-dire partir prudemment pour ensuite finir vite. Il a fait un ou deux kilos en 4’, soit des bases d’1h20’ au bout. Je pense qu’il n’a pas encore la capacité de le faire. Comme je l’avais dit l’an dernier à Kévin, c’est un échec qui n’est pas grave s’il en tire les bons enseignements pour progresser l’an prochain. Et lui aussi a eu beaucoup de changements cette année».