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Médaillée d’argent sur le marathon, Calvin la réformatrice

Quatre ans après le titre de Christelle Daunay, Clémence Calvin a décroché la médaille d’argent…pour son premier marathon. Déroutant !

Visiblement, le marathon ne fait plus recette dans les hautes sphères de la Fédération. Terminé, le projet. Enterré. Les journalistes étaient en effet invités ce dimanche matin par la FFA à un brunch organisé pour présenter l’identité visuelle du logo des championnats d’Europe de Paris 2020, de 10 heures à 12  heures. Pile pendant les marathons femmes et hommes ! Visiblement, ça ne pouvait pas attendre…

Le projet est mort, vive le projet ! Car pendant que le président de la Fédé André Giraud brunchait avec ses convives, Clémence Calvin a remis le marathon au centre de l’actualité, quatre ans après le titre de Christelle Daunay à Zurich.

Médaillée d’argent sur le 10 000 mètres des championnats d’Europe à Zurich en 2014, la sociétaire de Martigues est par la suite restée éloignée des tartans de longs mois, entre maladie (zona) et grossesse. En mars, elle revenait aux affaires, 28e des Mondiaux de semi-marathon (1h11’51’’).

« Cette aventure du marathon a commencé en avril après une discussion avec Mehdi Baala. Il m’a fait confiance et m’a soutenue auprès de la DTN » retrace t-elle.

« Cheminement personnel »

Calvin la réformatrice a donc le feu vert de la DTN : elle disputera le championnat d’Europe…sans avoir couru un seul 42,195 km auparavant ! Alain Mimoun était devenu champion olympique en 1956 de la même façon, mais il y a plus d’un demi-siècle, le marathon n’obéissait pas aux canons de la préparation spécifique d’aujourd’hui.

« A 28 ans, je sens que j’ai la maturité pour la distance. C’est un cheminement personnel et je ne voulais pas monter sous la pression d’un sponsor ou autre » explique t-elle.

« Ce premier marathon, c’est dans l’optique des Jeux Olympiques 2020 et 2024. C’est une distance où elle peut chercher une médaille, contrairement au 5 000 et 10 000 où au-delà du niveau européen, elle avait ses limites au niveau mondial et olympique » relève Samir Dahmani, son mari et coach.

Au passage, Calvin n’oublie pas de déminer le record de France du 10 km : 31’20’’ mi-juin à Langueux, un chrono qui (d)étonne dans le milieu, avant de porter le week-end suivant son record à 1h09’52’’ au semi-marathon.

https://twitter.com/francetvsport/status/1028581950125236230

La préparation de douze semaines –ponctuée par deux stages à Ifrane au Maroc- reprend alors ses droits, explique Samir Dahmani. Avec des pointes à 170 km hebdomadaires, mais davantage 120 bornes sur la fin,  lorsque la fatigue a commencé à se faire sentir. Plus longue sortie ? 3 bornes d’échauff puis 32 km (soit 35).

La tactique au départ  à Berlin ? « Comme je suis novice, j’avais pour consigne de rester le plus longtemps possible au contact, et de tirer pour épingle du jeu quand je le sentirais. Je comptais sur ma vitesse terminale ».

Peu d’athlètes apprenti(e)s marathonien(ne)s –même les averti(e)s- évoquent la vitesse terminale avant de lancer sur l’épreuve mythique, où le corps vient se heurter à des territoires inconnus.

« Clémence sait courir vite, très vite, longtemps. Très longtemps, c’était le point d’interrogation » pointait Samir Dahmani. Il connaît désormais la réponse.

Cœur qui s’emballe et visualisation

Sa figure constamment aux avant-postes. Passage en 1h14’00’’ au semi. Puis le rythme s’accélère : 16’59’’ entre les 20 et 25e km (bases 2h23’). « Au 25e kilomètre, mon cœur s’est emballée et je passe de la 3e à la 8e place. Je me suis dit que le chemin était encore long. Mais pendant la préparation, j’ai travaillé sur pas mal de choses, notamment la visualisation. J’ai visualisé mon fils son sourire pendant trois, quatre kilomètres : cela m’a été d’une grande aide. Mon rythme cardiaque a baissé et j’ai réussi à garder le contact ».

Le groupe de neuf femmes à l’avant se scinde progressivement, et si la foulée de Calvin semble un peu déséquilibrée, le nez presque collé au bitume au lieu de regarder vers l’avant, elle amortit et répond à toutes les accélérations, notamment de la Biélorusse Volha Mazuronak, dont le saignement de nez en début de course (image rarissime) ne l’a pas incommodé outre mesure, loin s’en faut.

Un duel se profile pour la victoire, et Samir Dahmani, perché sur son Mobike de fortune (un vélo libre-service) enjoint sa femme à ne pas lâcher la Biélorusse.

Calvin lutte derrière l’implacable rythme de sa rivale, mais parvient toutefois à accélérer dans le dernier kilomètre : elle se porte en tête mais doit finalement s’incliner au finish (2h26’22’’ contre 2h26’28’’) devant la 5e des Jeux de Rio, onze marathons au compteur et titulaire d’un record de 2h23’54’’ qui avait fait sévèrement fait crisser.

En lien avec les sulfureux Rosa

« A 2 km de l’arrivée, j’ai entendu la Marseillaise et je me suis dit que c’était pour moi. Pas cette fois ! Je suis tombée sur plus forte que moi, mais je suis très satisfaite. Dans la préparation je me suis dit que je viendrais pour gagner. Cette détermination m’a amené à la médaille » relève t-elle, intarissable et pas plus marquée que cela par cet effort auquel elle n’avait jamais goûté.

Avec une course bouclée en negativ split (le deuxième semi parcouru en 1h12’28’’) pour ses premiers pas sur la distance, ce coup d’essai semble bien un coup de maître.

Mais demeure déroutant, a fortiori quand on s’aperçoit que Clémence Calvin figure sur le site internet des athlètes managés par les sulfureux Italiens Gabriele et Federico Rosa, très régulièrement cités dans des affaires de dopage (sur les réseaux sociaux, la société de management des Rosa avait aussi publié une photo en avril 2016 soulignant avoir aidé la Française durant son stage en Italie) (1).

Toujours est-il que l’église du souvenir, la Gedächtniskirche, au pied de laquelle se trouve Breitscheidplatz, théâtre du départ et de l’arrivée de ces marathons, se souviendra longtemps de Clémence Calvin la réformiste…

Les hommes hors du coup

Alors que Volha Mazuronak, Clémence Calvin et Eva Vrabcova profitaient de leur médaille, enroulés de leurs drapeaux nationaux respectifs, elles étaient poliment invitées à se mettre sur le côté, alors que la tête de course masculine passaient au 30e kilomètre, et abordait le dernier des quatre tours.

Ce départ décalé d’une heure (9h05 pour les femmes ; 10 h pour les hommes) et cette fin de course simultanée a peut-être permis de dynamiser la couverture télé, mais pour la lecture et la visibilité de la course, on repassera.

Les Tricolores semblaient très à l’aise en début de course, avec Hassan Chahdi, Benjamin Malaty, Yohan Durand et Abdellatif Meftah dans le groupe de tête.

Mais le peloton explosa lors que le Suisse Abraham Tadesse accéléra l’allure aux confins du 20e. Chahdi abandonna peu après, Malaty faillit faire de même mais s’est battu « pour finir pour l’équipe ».

Alors que le Belge Koen Naert créait la surprise en s’imposant en 2h09’51’’, Meftah franchissait la ligne en 30e position (2h19’23’’), juste devant Yohan Durand (2h19’33’’) et Benjamin Malaty (2h20’’19).

Par équipes, les Bleus, qui visaient une médaille voire plus haut, finissent 10e sur 12.

A lire aussi : où va le marathon français ? 

(1) Actualisation, lundi 13 août, 18 h : la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) fait préciser que si elle a travaillé avec la société de management des frères Rosa jusqu’en 2016, elle ne collabore plus avec eux depuis. Son manager est René Auguin.

Reste que son nom figure toujours sur le site de Rosa Associati, qui répertorie les athlètes qui travaillent avec le duo italien.