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Martinot-Lagarde en or, (presque) la même histoire pour Lamote

A la photo-finish, Pascal Martinot-Lagarde s’est emparé de la médaille d’or sur le 110 m haies, aux championnats d’Europe à Berlin. Comme en 2016 à Amsterdam, Rénelle Lamote a remporté l’argent, derrière l’Ukrainienne Nataliya Pryshchepa.

Les larmes sitôt franchies la ligne d’arrivée. A croire que les glandes lacrymales étaient déjà bien chargées avant le départ.

Des larmes qui disent l’interminable attente pour Pascal Martinot-Lagarde, très souvent brillant l’hiver (argent en 2014 et 2016 et bronze en 2012 aux Mondiaux ; or en 2015, argent en 2017 et bronze en 2013 aux Europe) mais très souvent blessé et jamais gagnant l’été venu –bronze en 2014 à Zurich l’année de son record de France canon (12’’95).

Comme un clin d’œil, c’est presque l’année où il est le moins fort que l’athlète désormais coaché par Benjamin Crouzet a décroché cette médaille d’or tant convoité lors d’un grand championnat estival.

Et, qui plus est, devant le Russe Sergey Shubenkov, double champion d’Europe en titre et réputé impérial le jour J (il est également triple médaillé mondial, dont le titre planétaire conquis en 2015).

Les deux hurdleurs ont été départagés par la photo finish, qui ne semblait pourtant pas favorable à Martinot-Lagarde.

Un écart infinitésimal de deux millièmes qui a fait dire au hurdleur de 26 ans, sans forfanterie aucune : « je crois que je suis fan de moi-même, juste sur ce cassé »…

« Je me suis arraché pour aller chercher la ligne. C’est ma première Marseillaise dans la cour des grands (il a été champion du Monde juniors en 2010). La vraie discipline olympique, c’est le 110 m haies. Ça fait du bien ! »

Rénelle Lamote comme dans « une machine à laver »

La Marseillaise, Rénelle Lamote n’en était pas si loin. Mais l’Ukrainienne Nataliya Pryshchepa l’a débordée dans un final au couteau. Comme presque annoncé par son coach Thierry Choffin avant la course : « l’Ukrainienne, c’est la plus dangereuse. Elle a le meilleur finish ».

Meilleur chrono européen de l’année, Lamote avait fait montre d’une impressionnante maîtrise en demi-finale. « Thierry m’avait dit de courir en patronne » avait-elle alors expliqué.

En finale, sa course fut bien moins limpide. « La tactique, c’était de m’imposer et d’exister dans la course. Si les filles ne couraient pas, je devais prendre les choses en main. Si elles couraient, je devais être au contact. Je n’ai rien fait de tout ça. Je ne suis pas déçue de faire deuxième, mais je suis déçue de la manière. La course n’était vraiment pas belle » regrettait-elle.

https://twitter.com/francetvsport/status/1028002298268708864

Rapidement enfermée, elle n’a jamais donné le sentiment d’autorité dévoilé lors de la demi-finale. Pourquoi n’a-t-elle pas pris les devants ? « Je ne le sentais pas. Je fais l’erreur de partir trop doucement. En chambre d’appel, j’avais dit à Thierry : « le seul truc qui me fait peur, c’est de ne pas sentir la course ». Et c’est ce qui s’est passé » expliquait-elle, drapeau tricolore autour du cou.

« J’avais l’impression d’être dans une machine à laver, que l’on me tirait dans tous les sens. Cela me prend la tête : je préfère une médaille de bronze avec panache qu’une médaille d’argent comme ça. Ce n’est pas ce que j’aime dans mon sport. Je suis déçue pour moi et mon coach. On s’éclate à s’entraîner sur tous les schémas de course et j’ai l’impression de ne pas avoir fait honneur à notre travail. J’étais capable de prendre la médaille d’or ».

Lente reconstruction

A 24 ans, la sociétaire de Fontainebleau glane là le même métal qu’il y a deux ans à Amsterdam…derrière la même Pryshchepa. Mais le contexte était différent. En 2016, l’argent venait récompenser le fil d’une progression linéaire, matérialisée par une finale mondiale l’année précédente à Pékin, à seulement 21 ans.

Un mois plus tard, en août 2016, son élimination en séries des Jeux Olympiques de Rio avait résonné comme une vraie claque. « J’ai honte » avait-elle confiée.

S’en était suivi des mois de totale décompression, de doutes et d’interrogations ponctués par une foultitude de blessures. La lente et douloureuse reconstruction s’était opérée grâce aux interventions conjuguées d’une psychologue, d’une diététicienne et bien sûr, de son coach Thierry Choffin.

« J’ai l’impression que c’est presque moins bien qu’en 2016 car je me sens plus forte qu’en 2016 ».

Affolant Jakob Ingebrigtsen

Transcendée par « la confrontation », Rénelle Lamote a la sensation de ne pas s’être pleinement exprimée. Elle a peut-être (sans doute ?) manqué de confiance et de courses de haut niveau, elle qui n’a renoué avec le double tour de piste qu’en mai dernier, plus d’un an et demie après Rio.

« Oui, je reviens de loin après deux ans de blessures, c’est tout ce qu’il faut retenir. Je donne l’impression d’être capricieuse, mais il faut que je prenne du recul pour être contente ».

Content, Jakob Ingebrigtsen doit l’être, assurément. A 17 ans, le frère cadet de la fratrie s’est offert le titre continental sur 1 500 mètres, quatre petits centièmes devant le Polonais Marcin Lewandoswki.

Le jeune Norvégien a réalisé un stupéfiante été, enchaînant les courses et les chronos monstrueux –notamment aux Mondiaux juniors, 2e du 5 000 mètres en 13’20’’78 avec un dernier 1 000 mètres, puis à Monaco, 3’31’’18 sur 1 500 m !

Affolant.

Photos : © KMSP / FFA