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Marathon de Valence – La belle ligne bleue de Nicolas Navarro

Marathon de Valence, dimanche dernier. En Espagne, Nicolas Navarro (Aix-en-Provence) a réalisé 2 h 12’39, son record personnel et la meilleure performance française de l’année chez les hommes.

On ne devient pas marathonien en un jour… Mais un jour, on peut réussir un marathon. C’est ce qu’à fait Nicolas Navarro en Espagne, sur le très performant Marathon de Valence, que ce soit au niveau du parcours ou des conditions de course. La performance de l’Aixois a surpris beaucoup d’observateurs, mais dans l’absolu, c’est le résultat d’une préparation de douze semaines, un choix de vie de deux ans et une carrière « 42,195 » amorcée en 2013. « J’ai commencé à courir en 2012 et comme je me suis rapidement pris au jeu, je voulais courir la distance mythique et j’ai fait mon premier marathon en 2013, explique Nicolas. C’était à Montpellier (3e et premier espoirs) et j’avais couru en 2 h 28’42. » Cinq ans plus tard, il courrait son sixième marathon en 2 h 12’39.

C’est après une carrière cycliste chez les jeunes, de 8 à 18 ans, que Nicolas s’est mis à courir. « En juniors, j’avais fait une mauvaise chute et je m’étais cassé des vertèbres lombaires. J’étais resté quatre mois sans faire de sport et je n’ai pas retrouvé mon niveau d’avant à vélo. J’avais 18 ans et j’ai commencé à sortir. Mon hygiène n’était pas irréprochable, alors j’ai commencé à courir… » Il a tout de suite trouvé un bon rythme, puisqu’en mars 2009, il réalisa 33’53 sur 10 km à Hyères et remporta la course en juniors.

Ce n’est cependant qu’en 2012 que le Toulonnais de naissance amorça sa progression sur la route : 32’25 sur 10 km et 1 h 12’05 sur semi-marathon. L’année suivante, il commençait sa carrière sur marathon (2 h 28’42 à Montpellier). La suite sur sa distance fétiche ne fut cependant pas linéaire… « J’ai fait Paris en 2014 (2 h 32’58). Ce n’était pas une superbe course, car j’étais parti trop vite, ni une superbe année (1 h 12’20 au semi-marathon), mais cela m’a permis de me calmer et de mieux appréhender la distance marathon… »

Durant la saison 2015, Nicolas a cependant délaissé un peu la route pour « retrouver le plaisir de courir en faisant du trail avec mon frère Julien ». Une bouffée d’oxygène qui lui a permis de retrouver l’asphalte avec une nouvelle envie, tout en continuant à faire de la course nature. Après un honnête 1 h 11’34 au semi-marathon de Saint-Maximin en septembre, il claque sa première grosse performance au 20 km de Marseille-Cassis. « J’ai terminé 8e (1 h 03’52). C’était la première fois que je jouais les premiers rôles sur une grosse course et cela a été un déclic pour moi… Même si j’ai fini la saison 2016 blessé. »

Cette blessure lui a permis de préparer sereinement son troisième marathon en 2017. Une préparation marquée par deux records personnels : 30’21 sur 10 km et 1 h 06’48 sur semi-marathon. « Et à Paris, j’ai fait 2 h 20’11. Jérémy Cabadet, mon entraîneur depuis 2017, m’avait bien préparé. Il est également marathonien (2 h 33’ 43, cette année à Valence). » C’est d’ailleurs en Espagne que Nicolas a disputé son quatrième marathon en 2 h 17’56.

Deux marathons par an, le rythme est pris pour le sociétaire d’Aix-en-Provence. Et sur le même schéma qu’en 2017, il réalise 29’44 au 10 km et 1 h 06’30 sur semi avant de prendre le départ du Marathon de Paris en avril 2018, avec à la clef un nouveau record personnel : 2 h 15’14. Un record qu’il a descendu jusqu’à 2 h 12’ 39 à Valence, le 2 décembre dernier, au terme d’une préparation de douze semaines. « En fait, la date de Valence permet de faire une préparation idéale de septembre à novembre, car les conditions d’entraînement sont bonnes. »

Comme beaucoup de coureurs à pied, Nicolas a également inclus de la musculation dans sa préparation. « Outre les séances de course avec beaucoup de volume, mais à des allures pas forcément très élevées, j’allais deux fois par semaine à la salle, explique-t-il. Ce n’était pas avec beaucoup de poids. C’était de la musculation dynamique sans prise de masse. Ce renforcement musculaire m’a beaucoup aidé en fin de course, car c’est le moment où l’on butte contre le mur… »

Avant d’arriver à ce stade de la course à Valence, Nicolas a pu bénéficier de conditions exceptionnelles. « Il y a une grosse densité de coureurs et les organisateurs avaient prévu un lièvre en 2 h 12, explique l’Aixois. Je voulais plutôt courir entre 2 h 13 et 2 h 14, mais le lièvre était en 2 h 12, alors je l’ai suivi… Il a été très régulier jusqu’au semi (1 h 06’20). Puis, c’est devenu plus difficile entre le 25 et 30, qui est la partie la plus difficile du parcours. Le lièvre n’était plus là, mais nous étions un groupe de trois et à partir du 32e km, on a pu accélérer. La fin du parcours est plutôt avantageuse. À partir du 34e km, c’est un faux plat descendant. Mais si j’ai pu réussir 2 h 12’39, c’est grâce à ma régularité. »

Une régularité et une gestion de course qui trouvent leur source dans l’expérience que Nicolas a acquise au travers de ses six marathons. D’aucuns diront que c’est peu en cinq ans. D’autres que les acquis sont dans cette progression sur deux années, marquées par quatre marathons à l’allure crescendo : 2 h 20’11, 2 h 17’56, 2 h 15’14 et 2 h 12’39. Certains pensent aussi que la progression de l’Aixois est surprenante et ils l’attendent, déjà, au tournant de la saison 2019. « J’ai aussi progressé mentalement, poursuit Nicolas. Et d’une manière générale, dans tous les domaines, cette année. »

Si on peut exister avec un 2 h 12’39 sur de nombreuses courses intermédiaires, voire un championnat d’Europe tactique, ce n’est pas le cas au niveau mondial. À ce sujet, quelles sont les ambitions de Nicolas pour 2019 ? « Il y a les championnats du Monde à Doha (septembre), mais je ne connais pas les minima et je ne sais pas si la Fédération va envoyer une équipe. Si la FFA me sélectionne, ce sera avec grand plaisir, même s’il sera difficile d’exister… En 2020, il y aura les championnats du Monde de semi-marathon à Paris. J’ai donc prévu de faire le semi de Prague au printemps 2019, car il y a une gosse densité et le parcours est rapide… »

L’année 2019 sera aussi sous le signe du marathon et c’est de nouveau à l’automne que Nicolas cherchera à faire mieux que 2 h 12’39. « Cela va dépendre de la Fédération, poursuit le meilleur performeur français de la saison. Sinon, je pense que je referai Valence. La date permet de bien se préparer et le parcours est idéal… » Nicolas a trouvé sa ligne bleue en Espagne. Espérons qu’elle le conduira un jour, justement, vers un maillot bleu de France.

Par Bruno Poirier