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Marathon de Paris : Sophie Duarte, première marche

La toute récente championne de France de cross Sophie Duarte va disputer à 33 ans son premier marathon, à Paris le 12 avril. Avec une envie manifeste. Rencontre.

Comment allez-vous à moins de dix jours de votre premier rendez-vous sur marathon ?

Ça va bien. J’ai digéré la préparation.

Vous avez eu un petit souci lors du stage au Portugal fin janvier-début février ?

Oui, j’ai eu une déchirure au quadriceps. On a tous des pépins, j’ai jonglé avec quelques douleurs, sans m’arrêter véritablement. J’ai fait beaucoup de kiné, de l’osthéo, de la cryothérapie.

Je pensais au début que c’était une grosse contracture. Quelques jours après le retour du Portugal, je suis allée voir Philippe Deymié pour une tendinite que j’avais contractée en raison des terrains au Portugal. En fait, c’était rien, mais on n’était dans la psychose (Christelle) Daunay, qui s’était pété le tendon d’Achille.

On a en même temps contrôlé le quadriceps, et on a vu que j’avais une déchirure de cinq centimètres. J’ai un peu halluciné. Mais l’important, c’est que ça ne s’aggravait pas. Et le contrôle une semaine après montrait une nette amélioration.

Mais sinon, tout s’est bien déroulé. J’ai fait des séances que je n’avais jamais faites jusqu’à présent.

Vous aviez pourtant appréhendé ce type de préparation avec votre coach David Heath, avec notamment de longues sorties.

Oui, je touchais déjà à ça. Mais des 3 x 4 000 m, des 3 x 5 000 m ou des séances de 15, 18 ou 21 km d’un trait à allure marathon, voire allure semi, je n’avais jamais fait.

Du coup, quelles vont êtres vos ambitions ?

Le marathon de Paris, c’est une première marche, une découverte. Avec David, on part sur un objectif autour de 2h30’. Je pense que j’ai fait une bonne préparation. Autour, car au 35e, c’est la loterie. Je n’oublie pas que des athlètes ont perfé dès le premier, que d’autres se sont aussi loupés.

Mélange d’excitation et d’appréhension

 

Mais au 35e, si la préparation a été bien menée, cela doit passer, non ? Sauf si la première partie a été trop rapide…

Voilà ! Je n’oublie pas non plus que je viens du steeple. Sur le dernier 800 m du steeple (elle est recordwoman de France, 9’25’’62 en 2009 ; 5e aux Mondiaux 2007 à Osaka notamment, ndlr), beaucoup de choses peuvent arriver… Les barrières, les kilomètres, c’est un peu le même état d’esprit. Il faut être prudente et mesurée.

Sophie Duarte, ici lors de la Prom’Classic début janvier, a le regard tourné vers le marathon de Paris pour ses débuts sur la distance, le 12 avril (Photo Yves-Marie Quemener)

 

Ressentez-vous une certaine appréhension de la distance ?

Il y a de l’excitation car c’est nouveau. Il me tarde. Je me sens prête. Mais il y a un mélange assez bizarre, avec de l’appréhension. Celui qui n’a pas peur est un peu inconscient, je pense. Tu vas un peu dans l’inconnu quand tu fais quelque chose d’inédit. C’est quelque chose que je ne maîtrise pas car je n’ai jamais fait de marathon. Mais c’est une « peur positive ».

Mais c’était aussi le cas lors de mon premier 5 000 m au stade de France (15’14’’57 le 6 juillet 2013, soit son record personnel, ndlr).  Et que ça marche ou que ça ne marche pas, je continuerai dans cette ligne de conduite (le marathon).

Vous vous sentez pleinement marathonienne ?

Je me sens coureuse de fond. Je n’aime pas trop le cloisonnement entre marathonien et coureur de fond. J’ai couru avec Jérôme Bellanca, qui fait du 100 km (29e des Mondiaux à Doha en novembre dernier, ndlr). Je ne le vois pas comme un coureur de demi-fond, dans le sens où il n’a pas trop de vitesse sur la piste, mais comme un coureur de fond.

« Je pense qu’il faut travailler et comprendre l’allure marathon »

 

Vous vous êtes entraînée avec lui ?

On s’est entraînés un peu ensemble, mais aussi avec mon groupe d’entraînement (à Balma), où certains garçons m’aidaient pour tenir les séances  type marathon.

Avec Jérôme, on a fait le semi-marathon de Blagnac à l’allure marathon. Il y avait la possibilité de travailler les ravitaillements. C’était une séance et on a vraiment respecté l’allure (1h14’25’’). J’étais contente de ça, alors que c’était aussi mon premier semi. Il y a finalement beaucoup d’inédits cette année.

Quel était votre volume d’entraînement global ?

Vous ne le croirez pas mais je ne sais pas.

Vraiment !?

Oui, oui. Je ne compte pas. Au Portugal et après, je devais peut-être tourner autour des 160. Ce que je sais, c’est qu’il faut aussi privilégier la qualité de l’entraînement. Je ne suis pas du genre à rajouter des kilomètres. Autant je le faisais dans une perspective 5 000, mais là, je préfère privilégier l’intensité, la qualité des séances que le volume, car je pense qu’il faut travailler et comprendre l’allure.

Vous avez aussi enchaîné sur plusieurs jours des séances d’intensité dans la programmation ?

On travaille en fait par bloc de séances. Par exemple, après les France de cross, on a enchaîné le lendemain avec 32 bornes dans la journée. Ce sont des blocs de travail intenses -oui comme sur trois, quatre jours- avec du volume, et de la récupération entre.

« Le titre de championne de France ? On ne pourra plus me chambrer ! »

 

Vous étiez championne d’Europe de cross, mais paradoxalement, pas de France. Quels ont été vos sentiments après avoir décroché le titre national aux Mureaux, le 1er mars ?

C’était une grande joie. Comme j’ai dominé la course, j’ai pu bien en profiter pendant. L’an passé, ça m’avait un peu énervé de ne pas l’avoir conquis (2ème derrière Laila Traby, suspendue depuis). Maintenant, on ne pourra plus me chambrer (rires).

Etant donné que l’objectif était le marathon de Paris, aviez-vous peut-être un peu moins de pression au départ ?

Pas du tout. Car je voulais vraiment gagner. Je considérais que je devais gagner.

Photo Yves-Marie Quemener

Photo Yves-Marie Quemener

Les minima pour les Mondiaux de Pékin sont fixés à 2h32’. Cela peut-il être un objectif ?

Non, pas sur marathon. Au niveau de la pollution etc…un marathon à Pékin (voir à ce propos le numéro 239 de VO2 Run disponible ici) peut impacter beaucoup trop de choses, au niveau de la santé. Je ne veux pas risquer quoi que ce soit pour ma carrière pour aller aux championnats du Monde sur marathon.

« J’ai encore appris sur moi-même, et avec la carrière que j’ai, c’est génial »

 

L’objectif à moyen terme, c’est Rio ?

Oui. Je prends beaucoup de plaisir quand je cours, quand je varie les objectifs. Je suis quelqu’un qui aime les challenges. Christelle Daunay a ouvert une porte intéressante, à savoir que l’on peut être performante sur les championnats (avec son titre de championne d’Europe à Zurich, lire ici, ndlr). Ce titre là, c’est motivant.

Mais je reste mesurée et prudente. Je vais prendre de l’expérience avec Paris, et il y aura d’autres marches, d’autres marathons seront nécessaires avant d’en courir un en championnat.

Avez-eu des moments de lassitude pendant la préparation ?

Oui, j’ai eu des moments très difficiles. Je suis sûre que ce n’est pas lié à la préparation spécifique marathon. Je pense qu’avec du recul, je referais une prépa marathon fraîche au niveau mental. Car j’ai enchaîné la prépa marathon après les championnats d’Europe de cross (qui venaient également après les Europe de Zurich sur 10 000 m, ndlr), qui étaient pour moi un objectif (elle défendait son titre, ndlr). Et quand on prépare un objectif, ça prend beaucoup d’énergie (1). Et je n’en avais plus quand j’ai entamé la préparation. J’étais vraiment fatiguée.

Je suis contente d’avoir retrouvé de l’énergie, au meilleur moment, en mars. Oui, la fraîcheur mentale est revenue.

Vous avez un peu douté ?

Oui, mais qui ne doute pas dans sa carrière ? Après, je m’accroche et il faut aussi relativiser. J’aime courir. Je suis contente, car je suis passée au-dessus. Ce sont des expériences qui te rendent aussi plus forte.

La préparation m’a plu, même si j’ai eu des bas. J’ai encore appris sur moi-même, et avec la carrière que j’ai, c’est génial. Ce que j’ai appris ? C’est ça, repousser ses limites, se surpasser alors que l’on croit que l’on est trop fatigué etc…

(1) Christelle Daunay évoquait également cet aspect-là. A lire ici.

 

Photo de Une : Sophie Duarte lors de son titre aux France de cross aux Mureaux (Photo Yves-Marie Quemener).