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Marathon de Paris : Timothée Bommier, une double première

Dans le sillage de ses premiers championnats du Monde de cross à Guiyang en Chine, Timothée Bommier va réaliser un enchaînement inédit, s’alignant pour la première fois, à 28 ans, sur marathon, ce dimanche 12 avril à Paris. Avec une pointe d’appréhension quant à sa forme actuelle, lui qui a enchaîné depuis août dernier.

Les Mondiaux de cross 

Timothée Bommier a disputé samedi 28 mars ses premiers Mondiaux de cross, terminant 78e. « Je ne vais pas cacher que je suis un peu déçu. Je savais que ça serait dur mais je voulais essayer de rentrer le top 50. J’ai cependant tout de suite vu que je ne pourrais pas atteindre cet objectif ».

En sus de la fatigue de la prépa marathon –il avait effectué une dernière grosse séance le dimanche précédent, 32 bornes avec Badre Zioini, avant d’alléger la charge d’entraînement- le Clermontois a peut-être manqué de « rythme et spécifique cross », comme il l’admet.

« Par contre, au niveau de l’expérience, j’en ai pris plein les yeux. Si j’avais fait les Mondiaux juniors sur piste (en 2004 à Grosseto en Italie, 5e de la demi-finale sur le steeple, ndlr) je suis habitué au contexte européen et ça faisait longtemps que je n’avais pas couru avec six Kényans, six Ougandais, six Erythréens. Cet aspect universel, c’est surtout ça qui m’a impressionné et m’a donné envie de courir. Au départ, j’avais vraiment la niaque mais la forme n’était pas forcément là » poursuit celui qui était le « doyen » de l’équipe de France.

A Allonnes en novembre dernier (Photo Yves-Marie Quemener)

A Allonnes en novembre dernier (Photo Yves-Marie Quemener)

« C’était quelque chose d’original » sourit le Clermontois, fasciné par « la culture chinoise, complètement différente de la nôtre. Bien sûr du fait de la langue, mais leur accueil et leur politesse m’ont marqué. Après, concernant l’environnement autour de Guiyang, j’ai surtout fait du jus à l’hôtel pour récupérer au maximum et je n’en ai pas beaucoup profité ».

La carte de la fraîcheur

« J’ai essayé d’axer le plus possible sur la récup au retour des Mondiaux, car il y avait un peu de fatigue due à la prépa marathon, à la course, au voyage, à l’altitude, au décalage horaire » énumère t-il. « J’ai l’impression que ça va ».

Mardi 31, trois jours après les Mondiaux, l’athlète coaché par Jean-François Pontier (également manager du hors stade à la FFA), a effectué avec son compère Badredine Zioini 15 x 300 m (récup 35’’), en 48-49’’. Signe qu’il a semble t-il digéré le séjour chinois. « Oui, ça allait, mais tu peux toujours un peu tricher sur ce genre de séance et la passer même si tu n’es pas très bien ».

Toujours est-il qu’à moins de 15 jours de l’échéance, le Clermontois a joué « la carte de la fraicheur. Je ne sais pas trop où j’en car je n’ai pas fait de test sur du long depuis trois semaines » reconnaît-il. « C’est aussi l’erreur que j’aurais pu faire, essayer de me rassurer en faisant une dernière grosse séance sur les deux dernières semaines, mais il faut aussi et surtout un maximum de fraîcheur ».

Le premier marathon

D’où une légitime « interrogation » quant à sa forme actuelle. « Il y a forcément de l’appréhension. Sur le premier marathon, tu as envie d’être bien, de te rassurer » souligne celui qui est monté sur la distance après avoir fait le tour de la piste -des tours, plutôt…(1). Timothée Bommier a partagé les grosses séances de la préparation en compagnie de « Badre » Zioini, avec notamment un stage de près de trois semaines au Kenya en février, avec ses potes de Clermont et une partie du collectif marathon.

Au Kenya

Au Kenya

« J’étais un peu devant sur la première partie de la prépa. Là il monte bien en puissance et il est peut-être un peu mieux que moi, d’autant qu’il a pu mieux se préparer sur les trois dernières semaines comme il n’est pas allé aux Mondiaux ».

Le duo devrait évoluer sur les mêmes bases, entre 1h06’ et 1h07’ au semi, dans le groupe de Français qui devrait partir aux alentours des 2h15’. « Mais je vais beaucoup m’écouter » tempère le 10e des derniers Europe de cross. « Si je sens que je ne suis pas complètement frais au bout de 5-10 km, il n’y a pas de raison de suivre un rythme qu’on sent ne pas pouvoir tenir jusqu’au bout. Je vais voir au niveau des sensations car j’ai envie de finir ce premier marathon ».

L’enchaînement 

On tend à percevoir dans ses propos une pointe de lassitude, car Timothée Bommier enquille les objectifs depuis août dernier, et le début de la prépa pour les Europe de cross (1). « Je sens quand même que la saison est longue. Depuis les France de cross (6e et 4e Français, ndlr) et le semi de paris (1h06’26’’ pour son premier, effectué avec Badredine Zioini à l’allure marathon, ndlr), je n’ai pas eu forcément de très bonnes sensations ».

« (Le travail) est intéressant mais j’aimerais parfois être un peu plus égoïste et penser à ma pratique »

 

Il doit en outre conjuguer la prépa marathon avec son travail au sein de la direction départementale de la cohésion sociale (DPCS) du Puy-de-Dôme. Et la période actuelle est particulièrement intensive, puisque le conseiller en animation sportive s’occupe entre autres d’attribuer (de fin mars à début juin) les subventions aux associations sportives. Aux bornes accumulées se doublent pléthore de coups de fil, d’emails et « d’arbitrage ».

« Les trois dernières semaines n’ont pas été évidentes. Comme je ne suis pas sur les listes de haut-niveau, je n’ai pas d’aménagement. C’est assez frustrant. Mais ça a toujours été quelque part ma force d’avoir cet équilibre entre vie professionnelle et vie sportive. Mais le marathon, c’est quand même autre chose, et il y a besoin de plus de récup. Ce n’est pas une grosse fatigue physique. C’est plus psychologiquement, et il y a de grosses responsabilités. C’est intéressant mais j’aimerais parfois être un peu plus égoïste et penser à ma pratique pendant cette période.

Une accélération ?

Depuis quelques mois, on a le sentiment que la carrière de Timothée Bommier a pris un tour nouveau. « 10e aux championnats d’Europe, c’est quelque chose que je n’imaginais pas pouvoir faire. Je pense que j’ai confirmé aux France de cross, même s’il y avait un peu de fatigue avec le stage au Kenya (il était revenu deux jours avant, ndlr). Il y a une nette progression sur cross. Après, on voit bien qu’au niveau mondial, il y a encore beaucoup de taf. Donc je ne vais pas m’enflammer. Et mon objectif de la saison, c’est quand même le marathon. J’attends de voir ma perf pour pouvoir parler de vrai tournant. Sur piste, je suis encore loin. Les sélections internationales, c’est quand même important, et j’attends de voir si mon potentiel sur marathon peut me permettre à terme d’y prétendre » mesure Timothée Bommier, qui reprend.

« Avant, je me fixais des barrières, sur cross notamment. Maintenant, je ne vais plus me les fixer. J’ai prouvé aux autres, et surtout à moi-même, que je pouvais être dans les tous meilleurs Français au niveau du cross. Ça me donne envie de partir sur une prépa pour les Europe de cross en France au mois de décembre ».

Dimanche, sur les coups de 11 heures, c’est la barrière du marathon que l’ancien steepleur espère bien escamoter, avenue Foch.

(1) : lire son portrait dans le numéro 240 de VO2 Run actuellement en kiosque et disponible ici.