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Marathon de Paris : les Français(e)s attendu(e)s au rendez-vous

A la différence de l’an passé, le marathon de Paris version 2015 et 39e édition du nom sera particulièrement intéressant à suivre côté français.

L’édition 2014 du marathon de Paris avait été polarisée par les débuts sur 42,195 km de Kenenisa Bekele, vainqueur, record de l’épreuve à la clé (2h05’04’’). Derrière, la densité du niveau tricolore était particulièrement faible –seul Ahmed Ezzobayry avait couru en 2h15’- entre blessures et impasse en vue des championnats d’Europe de Zurich.

Il en sera tout autre cette année, même si les blessures ont écarté quelques athlètes, à l’instar de Christelle Daunay et Benjamin Malaty (qui devaient tous deux s’aligner à Londres le 26 avril prochain), Laurane Picoche, qui avait pris la 8e place l’an dernier pour son premier marathon et qui s’accroche en ce momentAlexandra Louison, dont les débuts sur la distance étaient attendus tout comme ceux de Denis Mayaud, qui a dû renoncer, handicapé dans la dernière ligne droite par plusieurs pépins physiques dans la foulée d’un très bon semi-marathon de Paris (1h03’05’’, record personnel). Yannick Dupouy, 3e Français à Paris en 2013, tout juste remis d’une fracture de fatigue, a également déclaré forfait.

Cependant, le plateau tricolore est, sur le papier, prometteur. Avec de nombreux néophytes au départ. Effet de mode ? Conséquence du projet marathon ? Impact du titre européen de Christelle Daunay ? Attrait de la route par rapport à la piste ? Besoin de nouveaux challenges ? Sans doute un peu tout ça à la fois dans le parcours de ces marathoniens, confirmés ou récemment convertis. Espérons que ce phénomène sera durable…

Les débuts de Sophie Duarte

Côté féminin, les yeux seront tournés Sophie Duarte, qui escompte, sage et prudente, un chrono autour des 2h30’ pour ses débuts (lire ici). Au regard de ses résultats passés et de ses références sur la piste, de son professionnalisme, l’athlète du Ca Balma incarne la relève côté féminin, dans la foulée d’une Christelle Daunay jusqu’alors esseulée. Cela ferait en tout cas un joli duo dans un peu plus d’un an aux Jeux Olympiques de Rio. Mais nous n’y sommes pas encore.

L'aventure marathon débute ce dimanche 12 avril pour Sophie Duarte (Photo Yves-Marie Quemener)

L’aventure marathon débute ce dimanche 12 avril pour Sophie Duarte (Photo Yves-Marie Quemener)

Si l’écart au bilan national entre Christelle Daunay et les autres marathoniennes est significatif (lire ici), c’est aussi parce que la plupart d’entre elles ne sont pas professionnelles, et conjuguent leur préparation avec leur métier et leur vie de famille, à l’instar de Karine Pasquier (lire ici) ou Séverine Hamel (lire ici), qui seront au départ avenue des champs Elysées ce dimanche à 8h45’.

De même que Martha Komu, première Française l’an passé à Paris (2h36’33’’) et victorieuse en 2008 (2h25’33’’, sous les couleurs kényanes), Corinne Herbreteau-Cante, championne de France 2013 sous le cagnard toulousain (2h37’50’’, record personnel) qui renoue avec le marathon après son calvaire zurichois (elle avait tenu à finir en dépit d’une grosse contracture au mollet), et Aline Camboulives, deuxième Française en 2013 (2h36’44’’, record personnel).

Devant, l’Ethiopienne Atsede Bayisa, double lauréate en 2009 et 2010 (en 2h22’04’’, elle a fait une seconde de mieux à Chicago en 2012) pourrait faire la passe de trois.

Abdellatif Meftah est « très bien »

Côté masculin, une dizaine de Français seront à suivre, avec deux lièvres à leur disposition, comme à l’accoutumée. Les allures et l’attribution des lièvres seront déterminés samedi lors de la réunion technique.

Abdellatif Meftah et Jean-Damascène Habarurema devraient être emmenés sur des bases de 1h04’30’’. « Abdel est vraiment  bien » relève son entraîneur (et ambassadeur du marathon) Philippe Remond. « Il voulait partir sur des bases de 1h03’45’’ mais je l’en ai dissuadé. Je préfère qu’il assure moins de 2h10’ et qu’il parte sur 1h04’30’’. Ça paraît plus cohérent. Je suis allé le voir au Maroc et il a fait de grosses séances ».

Hormis un retour sur le sol français à l’occasion des France de cross (2e après un départ manqué) puis la semaine suivante à l’occasion du semi-marathon de Paris (1h02’56’’), l’athlète de l’Endurance 72 s’est entraîné à Ifrane, puis à Rabat pour la préparation terminale (il est rentré mercredi). « J’aimerais bien qu’il fasse moins de 2h09’. Refaire moins de 2h10’ serait déjà bien, et moins de 2h09’, ça serait la cerise sur le gâteau » pointe Philippe Remond –le record de Meftah est de 2h09’46’’ à Francfort en 2011. « Si Abdel est capable de tout, il ne faut pas qu’il se disperse. C’est là tout le problème ».

Abdellatif Meftah à Zurich (Photo Q.G)

Abdellatif Meftah à Zurich (Photo Q.G)

Ainsi, à Zurich l’été dernier aux championnats d’Europe, alors en position idéale, il avait placé une banderille trop précoce, peu avant le 30e, avant de le payer et de faiblir –légèrement- en fin de parcours alors que le podium était jouable (finalement 6e en 2h13’16’’).

De même à Paris il y a deux ans, un lièvre lui avait été attribué pour réaliser un chrono aux alentours des 2h10’. Mais Meftah ne l’avait pas suivi, partant trop vite avant de craquer sur la fin (2h12’25’’), alors que le lièvre aura in fine pu profiter à d’autres Français…La patience sera l’un des clés de sa réussite.

De son côté, Jean-Damascène Habarurema escompte lui aussi partir sur des bases de 2h10’. Le 13e des Europe de Zurich paraît pourtant en retrait ces derniers mois, avec une seule course en 2015, 1h05’36’’ au semi-marathon de Paris. « ça ne reflète pas tout le boulot qu’il a fait à Iten au Kenya. Il est passé un peu au travers. Il était un peu malade. Là, il a pris froid la semaine dernière mais ça va apparemment beaucoup mieux » glisse Philippe Remond, qui l’a régulièrement au téléphone.

Nombreux néophytes

De leur côté, Yohan Durand, qui a réalisé une préparation idéale pour ses débuts sur 42,195 km (nous l’avions suivi sur une de ces dernières grosses séances, à lire ici et ) et Ruben Iindongo (lire ici) devraient partir sur les bases des minima pour les Mondiaux de Pékin (22-30 août), fixés à 2h12’ (soit un premier semi aux alentours d’1h05’30’’ ; la première partie étant plus favorable, l’objectif est de prendre un peu d’avance).

Yohan Durand lors de sa préparation

Yohan Durand lors de sa préparation

Ensuite, un troisième groupe escompte partir sur des bases proches de 2h15’. Devrait y figurer les Clermontois Badredine Zioini (lire ici) et Timothée Bommier (lire ici), Larbi Es Raidi, Anouar Assila, qui a abandonné lors de ses deux premiers marathons, Simon Munyutu (2h18’46’’ l’an passé), ainsi que Freddy Guimard, en progression et qui retrouve les 42,195 km après son podium aux France à Nice en 2012 (2h20’28’’, on vous en parlait ici à l’occasion du semi-marathon de La Rochelle).

Deux autres néophytes seront aussi au départ : Damien Gras (son frère Michaël a renoncé après une tendinite aux adducteurs), pas au top de sa forme depuis le retour du stage au Japon, ainsi que le sociétaire de l’As Chenove Paul Lalire (15e aux France de cross).

Qui pour succéder à Bekele ?

Le Kényan Moses Mosop était initialement annoncé, avec l’intention de battre le record de Kenenisa Bekele. Mais blessé, celui qui avait couru en 2h03’06’’ en 2011 à Boston (parcours non homologué) est finalement forfait. Vainqueur de l’édition 2009, Vincent Kipruto, vice-champion du Monde 2011 et qui possède un record de 2h05’13’’ sur la distance (2010), présente les meilleures références. Mais semble ces dernières années un brin en deçà de ses meilleurs chronos – il a couru en 2h09’54’’ en 2014 (Otsu).

Photo ASO

Photo ASO

Dans ce contexte, le vainqueur pourrait émerger parmi les neuf coureurs présentant un record inférieur à 2h07’. Paris renouerait alors avec sa réputation d’accélérateur de carrière pour des marathoniens appelés ensuite à monnayer –par le biais de leur manager- leur victoire dans la capitale sur les « Major ».

Ben Lkhainouch et Choquert, à Vienne et Rotterdam

El Hassane Ben Lkhainouch, 16e à Zurich et qui à la différence de nombreux coureurs n’a pas fait de semi en mars (sa dernière course : 3e aux France de cross aux Mureaux dans la foulée d’un très bon stage au Kenya, d’après Philippe Remon, avec une partie du collectif marathon), sera de son côté en lice à Vienne avec l’objectif de réaliser « 2h10’ » dixit Philippe Remond, qui le conseille. C’est sur le parcours autrichien que le triple champion de France 2014, 16e à Zurich, avait battu son record, en 2011 (2h11’06’’ en 2012).

El Hassane Ben Lkhainouch à Zurich (Photo Q.G)

El Hassane Ben Lkhainouch à Zurich (Photo Q.G)

Le champion de France de cross court Benjamin Choquert fera ses débuts sur marathon dimanche à Rotterdam « pour être plus discret » mais aussi car le « parcours est plus rapide qu’à Paris ». L’athlète de l’Asptt Nancy, qui a battu son record personnel au semi de Paris le 8 mars (1h05’36’’) escompte réaliser 2h15’.

Enfin, le marathon de Paris présente un joli plateau handisports, avec notamment le vainqueur 2013 Denis Lemeunier, Julien Casoli ainsi que le vétéran suisse Heinz Frei (57 ans).