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Marathon de Dubaï : Bommier a innové à « tous les niveaux »

Timothée Bommier sera en lice ce vendredi au marathon de Dubaï –il s’envole pour la capitale des Emirats Arabes Unis mercredi. Le troisième de la carrière du Clermontois, qui à trente ans commence à mieux appréhender la distance. Il escompte réaliser un chrono aux alentours des 2h13’ – 2h14’.

Les fêtes au Kenya

Dans la foulée de championnats d’Europe de cross qui ne l’ont pas satisfait –s’il ne veut pas « se donner d’excuse », l’athlète coaché par Jean-François Pontier avait alors entamé sa prépa marathon et a sûrement « manqué de fraîcheur pour suivre le rythme soutenu dès les premiers mètres ; j’ai fait une course typiquement de marathonien, sur un parcours très rapide, en finissant mieux que les autres (parti environ 30e, il a terminé 21e) »-, Timothée Bommier s’est envolé le mardi suivant au Kenya pour un stage de trois semaines. Au menu, pas de foie gras ou de bûche glacée, mais des bornes, des bornes, et encore des bornes. Entre 180 et 200, pour ce que constituait le gros de la prépa.

Cette stratégie peut s’avérer risquée. En effet, avec l’altitude (2 400 m) et des parcours plutôt vallonnés, les séances spé s’effectuent toujours à distance de la vraie allure marathon, plus ou moins dix-quinze secondes au kilomètre.

A l'arrivée du marathon de Paris l'an passé

A l’arrivée du marathon de Paris l’an passé

« Altitude ou pas, c’est toujours le débat. Je suis persuadé que l’on peut être performant sans y aller. Malgré tout, depuis que je suis revenu du Kenya, je me sens quand même plutôt bien. Je pense que l’on a été intelligents dans la planification du stage. Mes sensations sont plutôt meilleures après le stage qu’avant, donc je suis plutôt optimiste. J’aurais pu aller directement à Dubaï trois jours avant la course. J’ai préféré rentrer quinze jours avant (le 6 janvier), car théoriquement, il peut y avoir une petite fatigue entre 7 et 10 jours (au retour d’un stage en altitude) pour me rassurer en faisant une dernière séance à l’allure marathon (1) au niveau de la mer, enfin à Clermont » expose le 10e des Europe de cross 2014 (et 12e l’an passé)

« Avec l’expérience, je pense que c’est quelque chose qui est bénéfique quand tu arrives en forme là-bas. L’année dernière, j’étais revenu du Kenya un peu fatigué (un mois avant le marathon). Heureusement, j’avais fait beaucoup de jus les deux dernières semaines donc j’avais limité un peu la casse (2h15’38’’). C’est une prise de risque mais j’avais plutôt de l’avance sur ma préparation que j’avais entamée sur Clermont. J’ai fait beaucoup de volume au Kenya, mais sur l’intensité, on respectait l’espacement entre les séances ».

Des changements dans la préparation

Après des débuts prometteurs en 2015 (2h16’36’’), deux semaines seulement après les Mondiaux de cross en Chine, Timothée Bommier avait donc amélioré son record de près d’une minute  l’an dernier. L’expérience s’accumule et le Clermontois a apporté quelques modifications dans sa préparation. Avec en premier lieu un travail de renforcement musculaire accru « pour essayer de repousser le mur au 35e sur le plan musculaire. Avec pas mal de bondissements, de musculation en salle, ou certaines séances où l’on faisait d’abord un travail de sollicitation musculaire sur un terrain vallonné (footing de 45’- 50’ autour de 15 à l’heure sur du vallonné avec un peu de travail excentrique en descente) pour ensuite faire avec cette pré-fatigue musculaire une séance spé marathon, légèrement écourtée car j’avais déjà fait plus d’une dizaine de bornes avant. J’espère que ça va payer vendredi ».

Deuxièmement, il a utilisé chaque jour le test de variabilité cardiaque pour optimiser l’entraînement et « pour objectiver le niveau de fatigue, ce qui m’a permis de décaler une fois une séance dans le stage car il y avait une petite fatigue » (en lire plus ici et ).

« Même s’il ne faut pas trop s’avancer. Je pense que j’ai fait une préparation de meilleure qualité que les deux dernières années » résume t-il.

Dubaï, une nouvelle expérience

Pourquoi Dubaï ? « Ce choix peut étonner » reconnaît-il. « Les années précédentes je faisais une prépa cross assez longue (en automne), je récupérais puis je repartais sur une prépa de trois mois pour le marathon (en avril). Ça faisait une saison un peu longue. Sur la fraîcheur de la coupure estivale, je voulais expérimenter une prépa unique, assez longue, à partir du mois d’août, pour avoir vraiment un pic de forme optimale au mois de janvier sur le marathon. Cela me permet ensuite de refaire un marathon à l’automne, soit les Mondiaux (en août), même si ça sera compliqué car les minima devraient se situer aux alentours de 2h12’ (2), ou en septembre-octobre. Je commence à avoir un peu l’expérience du marathon, j’étais les années précédentes sur un marathon tous les 12 mois, là je peux commencer éventuellement à en faire un tous les huit mois. Ça me laisse deux chances, même dans l’optique des championnats d’Europe à Berlin (2018). Et un marathon roulant, à cette période là, avec un décalage horaire assez faible, il n’y avait pas 36 000 solutions ».

Appel au crowdfounding

Mais courir à Dubaï, ce ne sont pas les mêmes frais engendrés que courir dans la capitale…C’est pourquoi Timothée Bommier a utilisé la plateforme de crowdfounding Sponsorise.me, parvenant à récolter la somme escomptée, 5 000 euros.

 « C’est un peu un pari sur tous les plans : sur le calendrier, sur la prépa, le plateau élite est tellement relevé que je ne suis pas prioritaire – l’organisateur ne m’invite pas. J’ai réussi à avoir un dossard mais je paye tout. Je suis même allé chercher un lièvre (Mattew Kiprono) au Kenya, que je rémunère, et avec qui je me suis entraîné pendant trois semaines. C’était une belle expérience humaine. J’amène aussi mon kiné avec moi pour gérer l’aspect logistique. Je ne suis même pas logé avec les athlètes. Il faut aller déposer les ravitaillements, aller chercher le dossard, le lièvre à l’aéroport ».

127 contributeurs ont permis de réunir 5 000 euros, « des particuliers en général, mais aussi Michelin, la ville dans laquelle j’ai grandi (Royat) et l’école de commerce de Clermont, ainsi qu’Adidas pour les contreparties (t-shirts, casquettes à dédicacer). Ce que je tiens à préciser –car j’ai eu des retours comme quoi c’était triste qu’un athlète en vienne à demander de l’argent-, c’est que la Fédé m’aide mais je que préférais garder cette aide pour le reste de la saison, payer d’éventuels autres stages notamment si je fais un autre marathon à l’automne. Là il fallait engager des frais rapidement pour payer mon stage au Kenya, le voyage à Dubaï, celui du kiné, celui du lièvre etc… Je suis d’ailleurs à plus de 5 000 euros. J’ai été plutôt surpris que des gens que je ne connaissais pas forcément m’aident. Ce n’était pas ds grosses sommes mais ça a monté progressivement. Ça m’est aussi une petite pression car je me dois de donner le meilleur aussi un peu pour eux ».

Aux alentours de 2h13′ 

Un lièvre qui, si tout se passe très bien, l’accompagnera jusqu’au 37e km. « Je vais partir sur 1h05’45’’ – 1h06’ au semi, sur les bases de 2h12’. Après, je ne me prends pas trop la tête. Je pense que je vais craquer un peu dans le deuxième semi. L’idée est de battre mon record, de faire en gros moins de 2h15’. Je pense avoir fait des séances qui valent aux alentours de 2h13’ ».

(1) Il a effectué sa dernière séance spé samedi 7 janvier, le lendemain de son retour du Kenya : 28 km en fractionné : «  8 bornes échauff puis 10 km sur 31’30’’ avec prise de lactate pour voir si j’étais capable de tenir cette allure. Le lactate n’est pas monté donc c’était plutôt bien. Ensuite, 4’ de récup, 5km en 15’20’’, un peu plus vite, et une récup active derrière. J’ai très bien récupéré de cette séance »

(2) Comme d’habitude, et bien que l’on soit à quelques mois des championnats du Monde de Londres, les minima n’ont toujours pas été publiés.

Texte : Quentin Guillon.

Photos : Yves-Marie Quemener.