->
VO2
VO2 RUN - Le magazine de toutes les courses à pied !

Liv Westphal, la globe-trotteuse

Boston, Limoges, Tallinn, Espagne, Londres, Milan, Liv Westphal enchaîne les voyages…et les réussites : championne d’Europe espoir sur 5 000 m, elle a ensuite amélioré son propre record de France espoir à Londres, pour son premier meeting estampillé Ligue de Diamant. Entretien avec la demi-fondeuse de 21 ans, l’une des leaders de la nouvelle génération du demi-fond féminin.

Le titre aux championnats d’Europe espoirs (12 juillet à Tallinn en Estonie) :

Meilleur temps des engagées sur le 5 000 m, Liv Westphal a pleinement assumé son statut, menant de bout en bout la course, et s’imposant au final en 15’30’’61, alors record personnel. « Le lundi avant la course, je pensais doubler 10 000 et 5 000 m. Je n’ai fait qu’un 10 000 m en avril (33’42’’03) qui ne reflète pas vraiment mes possibilités car la course était très tactique ; on était passées en 17’20’’ et on avait fini en 16’20’’. Je pense que je peux descendre sous les 33’. J’aurais pu faire un bon chrono mais en grands championnats, c’est évidemment la place qui compte. Je me suis concentrée uniquement sur le 5 000 m. J’ai décidé de prendre les devants car je n’ai pas trop fait de séance de vitesse, et je voulais éviter d’attendre les 200 derniers mètres pour partir. C’était un gros soulagement. C’était la première fois que j’arrivais avec le statut de favorite, et il y a évidemment un peu plus de pression que d’habitude ».

La vidéo de la course à Tallinn :

La Diamond League à Londres :

Le soir même de son succès continental, décision est prise de s’aligner à Londres deux semaines plus tard. Première étape : garder le fil mentalement. « Ça n’a pas été simple de me remobiliser. J’étais en vacances en Espagne entre les deux. Il faisait très très chaud, et c’était dur de ne pas être tenté d’aller à la plage. Je me demandais pourquoi je faisais ça, mais c’était une opportunité tellement incroyable que deux semaines de plus, deux semaines de moins de grandes vacances…»

A Londres, accompagnée par son père, elle a fait ses premiers pas en Ligue de Diamant. « Je n’avais pas du tout de stress. J’étais même stressée car je ne stressais pas ! Je l’ai vraiment pris comme du pur bonus, comme un cadeau. Ça été une expérience absolument incroyable. Je voulais juste me faire vraiment plaisir et descendre le chrono. Rentrer sur le stade olympique qui était presque plein, ça donnait des frissons » glisse Liv Westphal, qui dépareillait sur la ligne de départ avec son maillot de l’As Saint-Junien, aux côtés d’athlètes affichant les couleurs de leur équipementier (1).

« Je me suis dit que c’est la moindre des choses. Je ne suis pas là aux Interclubs et ça été un peu la façon de montrer mon attachement au club » poursuit celle qui assure n’avoir pas songé aux minima pour les Mondiaux de Pékin (15’15’’).

« Oh là là, j’ai encore deux mois à tenir ! »

« Je pense que j’avais 15’20’’ dans les jambes. Mais 15’15’’, c’est encore autre chose. Et avec la saison que j’avais eue, ce n’était pas raisonnable de s’entraîner jusqu’à fin août, si j’avais fait les minima. Je suis quand même un peu déçue car je m’attendais à faire un peu mieux, mais les conditions de course n’étaient pas exceptionnelles, il y avait pas mal de vent, et j’étais un peu coincée entre les deux pelotons ». L’athlète étudiante à Boston College et coachée par Randy Thomas termine toutefois 9e en 15’28’’71, améliorant donc son propre record de France espoir.

Une très longue saison…

La saison de Liv Westphal s’est longuement étirée, à l’image d’un interminable 10 000 m. De son premier 5 000 en avril, jusqu’à Londres ce 25 juillet, sans oublier la saison de cross et l’indoor… « En fait, j’avais les Europe dans la tête depuis très longtemps, donc ça n’a pas été trop dur mentalement. Juste un peu quand mes coéquipières ont terminé fin mai. Quand je m’entraînais toute seule sur la piste à Boston, je me disais : “Oh là là, j’ai encore deux mois à tenir !“ Mais ça été l’histoire de quelques jours » explique t-elle.

Trois jours de repos après la fin de saison NCAA et la voilà « totalement remobilisée. Après je ne m’entraîne pas non plus énormément (six fois par semaine).  Ça permet d’éviter les blessures et d’être fraiche mentalement ».

Priorité au long…sans négliger la vitesse

Crosswoman patentée, Liv Westphal, qui excelle sur les longues distances, s’est donc essayée avec brio sur le 10 000 m, et a effectué chaque week-end cet hiver de longues sorties seule (1h30 contre 1h20 l’an passé). « Je préfère faire 6×1 000 m sur piste que 3×500. C’est vraiment le type d’effort qui me plaît. Et je suis un peu sadique mentalement, donc les 25 tours, ça ne me dérange pas » se marre t-elle. « Après, le 10 000 m’a paru long mais ça me tente. J’aimerais aussi beaucoup essayé un semi-marathon. Mais il ne faut pas non plus trop s’éparpiller et je suis encore un peu jeune. J’ai surtout peur de me blesser ».

Westphal_Liv_Beantown_2013_Small_Lotsbom-413x421

Sans oublier, à 21 ans, de bosser le court, comme elle le souligne « Il faudrait la saison prochaine que je travaille ma vitesse de base sur 1 500, et sur 3 000. Ça me manque ».

L’émulation du demi-fond féminin :

Liv Westphal incarne cette jeune génération de demi-fondeuses féminines qui tapent (très fort) à la porte du haut niveau. « Le fait de mettre des minima aussi élevés est sur le coup frustrant, mais l’équipe constituée est du coup en béton. (A Tallinn), j’ai couru la dernière, le dimanche. Samedi, elles ont toutes ramené une médaille (l’or pour Rénelle Lamote sur 800 ; l’argent et le bronze pour Maéva Danois et Emma Oudiou sur le 3 000 m steeple). Je me suis dit : “il va falloir que je m’y mette aussi !“ Sur le coup, ça met un peu la pression, mais elles m’ont aussi montré que c’était possible ».

Les Jeux de Rio ?

« C’est évidemment dans un coin de ma tête. Mais c’est à court terme et ça va être chaud. L’objectif raisonnable, sera les Europe seniors (à Amsterdam, début juillet 2016). Après, si j’arrive à faire baisser le chrono, ça serait la récompense de mon travail. Je serais aussi en NCAA cette année (indoor et outdoor). Il va falloir que je parle avec mon entraîneur pour qu’on mette au point le calendrier. L’essentiel est de continuer à progresser sans me blesser. Et si je ne me blesse pas, je ne vois pas pourquoi je ne serai pas en dessous des 15’20’’ l’année prochaine ».

Place aux vacances !

Boston, les compétitions sur le sol américain (Stanford, Philadelphie, Eugene pour les championnats NCAA), une semaine à Limoges en juin où son coach du début, Hadj Kahlal (qui entraîne aussi Denis Mayaud) a supervisé son entraînement, Tallinn, l’Espagne, Londres… Liv Westphal a beaucoup bougé… « Je fais du globe trotting. Je ne passe pas plus de deux semaines d’affilée au même endroit depuis avril » sourit-elle au bout du fil, où elle se trouve une semaine à Milan, chez sa famille (elle y est native). Viendra ensuite l’Espagne pour poursuivre des vacances bien méritées. « La saison est longue et je vais faire une bonne coupure physique et mentale. Je reprendrais tout doucement mi-août jusqu’à mon retour à Boston fin août ».

Les Europe de cross à Toulon :

Pour sa dernière année à Boston College, Liv Westphal ne disputera pas la saison universitaire de cross (lire ici), ce qui lui laisse toute latitude pour préparer sereinement les championnats d’Europe de cross, qui se dérouleront à Toulon-Hyères, et où la course espoir femmes promet déjà beaucoup.

« Le niveau va être infernal, avec l’Hollandaise qui a gagné le 10 000 (Jip Vastenburg), la Belge qui vient de courir 15’23’’ sur 5 000 (Louise Carton, qu’elle a devancée à Tallinn), la Britannique qui m’a battu à Londres (Rhona Auckland), la Serbe qui a gagné le 1 500 m (à Tallinn, Amela Terzic). J’ai en fait plutôt hâte d’aller en senior, où la course fait 8 km, car je pense que c’est à mon avantage. Je viserai une médaille, même si ça ne sera pas évident ».

(1) Tant qu’elle figure dans le circuit universitaire américain (NCAA), Liv Westphal ne peut pas avoir d’équipementier ni de manager.