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L’évidence David Munuytu et la surprise Fatiha Serbouti

Régionaux des Pays-de-Loire à Saint-Jean-de-Monts. Julien Moreau a couru avec panache, le Burundais Abraham Niyonkuru a été le plus fort, mais c’est David Munuytu, le champion régional. Chez les dames, Fatiha Serbouti a été la bonne surprise.

Le cross-country est une affaire de spécialiste, mais lorsque les dunes et l’herbe remplacent les sous-bois et la boue, c’est aussi une histoire de pistard. D’autant lorsqu’être crossmen est de courir au plus court. Dans cette pratique, la vitesse du demi-fondeur et comme une droite de boxeur. Un coup de poing dans le lactique alors que les jambes sont en hypoxie. Bref, c’est dans ce registre que Maïté Gouin a terminé ses 3083 mètres. En court de spécialisation sur le 1500 m, la Nantaise a su saisir sa chance. « Je me suis accrochée jusque dans la dernière butte, soufflait-elle à son arrivée. Maintenant, mon objectif est de participer aux France par équipe et de continuer à me perfectionner sur le 1500 m en salle ».

Le cross court au masculin fut d’une intensité rare. Alors que cinq crossmen se battaient encore dans le dernier 400 m, Adrien Piticco et Anthony Guillard sortaient comme un seul homme de la cote du petit-bois. Et dans d’un sprint de miler, le Nantais était le premier dans l’œil électronique. « J’étais venu pour être sur le podium et je suis devant deux athlètes qui ont un palmarès. Ce n’est pas rien. » En effet, puisque Hamid Essaïd a pris la 3e place. « Je n’ai pas encore fait de spécifique 1500/3000, pour ne pas être en forme trop tôt », expliquait l’Angevin. Ce qui n’était pas le cas d’Adrien. « J’ai couru un 3000 en salle en 8’33, il y a huit jours. J’avais un peu de vitesse… » Une célérité qui a lui suffi pour résister à Anthony. « Cela s’est joué à rien et j’ai sans doute payé ma générosité du début de course. Maintenant, c’est bien d’avoir aux Régionaux une course d’un tel niveau dans l’objectif des France, » analysait l’Herbretais.

Si le cross court a sa raison d’être, le cross long reste la discipline phare dans les champs. Chez les dames, c’est un trio de vétérane qui a mené la danse et c’est peut-être celle que l’on attendait le moins qui s’est imposée. À commencer par Fatiha Serbouti. « Jamais je n’aurai penser gagner cette course… » C’est avec cette première phrase que la Nantaise a commenté sa course. « Il manquait du monde, c’est sûr, mais je n’avais même pas imaginé un podium… » La Nantaise a quand même remporté son titre régional avec une certaine science de la course. « Je me suis bien placée au départ. J’étais dans le tempo, mais je ne voulais pas mener. Personne, d’ailleurs, ne voulait prendre cette responsabilité. Je ne sais pas si cela qui m’a mis en confiance, mais j’ai décidé de faire ma course… »

Une course qui a d’abord vu Catherine Thomas-Pesqueux lâcher prise et dans le dernier 100 m, il ne restait plus que Malika Coutant. « C’est là que j’y ai cru, revéle Fatiha. Je me suis dit, si tu tombes, tu rampes mais tu finis en donnant tout… » Et c’est debout qu’elle a terminé.  « C’est mon troisième titre régional, confie-t-elle. C’est une grande satisfaction pour moi et pour le club (Serbouti Run) que j’ai créé en septembre dernier ». Un club de 47 adhérents qui a trouvé dans sa présidente, une championne régionale.
Malika Coutant, sa première dauphine, n’a pas pu se détacher dans le final : « J’avais décidé de m’accrocher pour travailler le rythme, expliquait-elle. Maintenant l’objectif de l’équipe (Endurance 72) sera de faire douter le SCO Marguerite pour le titre national. » Ce rythme, Noémie Clayssens (4e et première seniors) n’a pas pu le suivre. « J’ai hésité, révélait l’Angevine, en zone mixte. Je pensais pouvoir revenir, mais devant, elles n’ont pas ralenti. Je ne sais pas si c’est une erreur tactique, mais si la course était à refaire, je prendrai plus de risque… »

Pour quelques centièmes…

Chez les messieurs, Julien Moreau (Endurance 72) a pris tous les risques pour être, enfin, champion régional. En vain, pour quelques centièmes de seconde… « On peut penser que ma façon de courir a manqué de stratégie, mais c’est oublier que je cours avec mes moyens. Je préfère mener que subir et reste convaincu que la générosité est une qualité ». Une qualité que son camarade de club, Abraham Niyonkuru, a apprécié. « Il était le capitaine de l’équipe, souligne le Burundais. J’ai couru pour lui, pour le club, c’est pour cela que je ne voulais pas partir trop tôt… » Mais lorsqu’il est parti, ce fut pour gagner. David Munuytu s’est accroché pour devenir champion régional.

Même si c’est le Burundais Abraham Niyonkuru qui a remporté la course, le titre seniors s’est donc joué au centième de seconde. Et malgré un sprint de fin du monde, Julien Moreau n’a pas pu passer son épaule devant celle de David Munyutu. « Pourtant, je n’avais pas de bonnes jambes. J’avais laissé trop d’énergie au Ouest-France, expliquait le Franco-kenyan. Aujourd’hui, je n’ai jamais pu mener la course et je croyais vraiment que j’allais juste faire un podium… » Le Sablais est monté sur la seconde marche. Suffisant pour être champion régional, Abraham étant considéré comme étranger. Même fatigué, David a confirmé ses prestations aux Départementaux (1er) et au Mans (23e, 9e Français). Cependant, il a revu ses ambitions à la baisse. « Je vais aller jusqu’aux France, mais je ne sais pas si je vais pouvoir tenter de me qualifier pour les Mondiaux… »

Derrière ce trio, le Roumain Cristinel Irimia a pu s’intercaler, devant Valentin Richard, (5e et 3e sur le podium régional.). « Je suis satisfait de ma course, car il ne manque pas grand-chose, analysait le Yonnais, sereinement. Pour les Interrégionaux, j’envisage un Top 10 ! ». Ils auront lieu le 8 février à La Chapelle-sur-Erdre.

Texte : Bruno POIRIER.

Photo : Abraham Niyonkuru s’envole vers la victoire devant Julien Moreau (à gauche) et Simon Munuytu… Mais quelques centièmes, c’est Munuytu qui sera sacré champion (Photo : Fabrice Delène)