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Les foulées Charentonnaises, les foulées « plaisirs »

LA COURSE DU WEEK-END. La 32e édition des foulées de Charenton (15 km) a lieu ce dimanche 21 février. Plongée au cœur d’une course qui respire la course à pied.

On le sait bien, les courses hors stade prolifèrent par milliers dans l’Hexagone. Derrière les mastodontes se tapissent celles qui gardent un esprit totalement désintéressé. C’est le cas des foulées Charentonnaises, dans le Val-de-Marne (94), aux portes de Paris et du bois de Vincennes, dont la 32e édition a lieu ce dimanche 21 février, sur la distance un brin désuète, mais qui le mérite de changer les habitudes, de 15 km, distance qui fut ancrée en 2000 (il s’agissait auparavant d’un 10 miles, qui pouvait également se muer en un 13,5 km selon les éditions).

« C’est idéal pour ceux qui préparent le semi-marathon de Paris deux semaines plus tard (6 mars) » note Christophe Perrot, aux manettes de l’organisation depuis le décès du créateur de l’épreuve, Marc Anfreville, il y a trois ans.

Charenton 4

Enfin, aux manettes. Lorsqu’il invoque le « je », Christophe Perrot se corrige presque aussitôt, pour accoler le « nous » à son propos. Ce « nous », qui englobe les 150 bénévoles œuvrant à l’organisation d’une épreuve attrayante, ne serait-ce que l’ergonomie de son site internet.

« Certains sont au secrétariat, d’autres en train de se geler dehors avec les panneaux en tant que signaleurs »

Cas particulier : l’ensemble des bénévoles est licencié à l’Azur Olympique Charenton.

Cas particulier (bis) : aucun des coureurs licenciés au club (licenciés compétition, loisirs ou marcheurs) ne participent à la course. « On court, mais c’est bien aussi d’organiser pour les autres. J’aime bien passer de l’autre côté. On file un coup de main, on essaie de donner, de partager un moment » explique Christophe Perrot. « Certains sont au secrétariat, d’autres en train de se geler dehors avec les panneaux en tant que signaleurs, d’autres apportent des tonnes d’eau aux ravitaillements, font le marquage sur le parcours. C’est un peu l’esprit de Marc. C’est quelqu’un qui se donnait vraiment pour les autres. On veut continuer et être au service des autres. Que ça soit un plaisir ».

Charenton 2

Seuls deux coureurs de l’Azur Olympique prendront part aux foulées. Et pour cause. « Ils se sont inscrits à la course mais se sont licenciés après, en décembre. On les a gentiment taquinés mais je leur demande de ne pas mettre le maillot du club » se marre l’affable et disert organisateur.

Qui espère franchir la barre des 2 000 arrivants dimanche, sur un parcours remixé en deux boucles (au lieu de trois précédemment), car les premiers venaient « tamponner » la fin de course. Les inscriptions ont été limitées à 2 250, comme l’an passé (mais il y a toujours environ 10% de « pertes » le jour J).

Un test sur ce nouveau parcours, qui, s’il se révèle probant (le groupe de tête croisera à un moment les derniers), permettra d’augmenter la jauge des inscrits. L’ambition des foulées Charentonnaises, dont le budget tourne autour de 30 000 euros, n’est toutefois pas de battre un record pour battre un record.

« Faut pas déconner… »

L’hédonisme est avant tout le marqueur de la manifestation : faire plaisir à tout le monde, ceux qui viennent faire un chrono comme les coureurs loisirs, incluant ceux qui bouclent les 15 km en 1h45’ – 2h, et qui de fait sont susceptibles de marcher durant l’épreuve. « On n’a pas voulu faire un 10 km pour éviter de concurrencer les 10 km de Vincennes (organisé le week-end précédent). On a un 5 km, on arrive à avoir 350 concurrents. On pourrait en avoir plus mais c’est très bien comme çà. On reste sur le 15, on s’amuse à appeler çà les foulées plaisirs. Il faut vraiment que çà reste fun, que l’esprit reste convivial » reprend celui qui bosse dans l’informatique, dans un domaine plutôt ésotérique – il y fait « des tests sur la capacité des réseaux, des bases de données Oracle ».

L'édition 2015 des foulées Charantonnaises

L’édition 2015 des foulées Charantonnaises

L’objectif n’est pas non plus de faire du bénéfice à tous crins – l’argent glané est reversé pour les activités d’un club (payer la dizaine d’entraîneurs etc…) qui compte 350 licenciés. Sinon, pourquoi Christophe Perrot et ses acolytes s’escrimeraient à répondre aux demandes de quelques coureurs, qui, au dernier moment, ne peuvent pas venir ?

« On les rembourse car le dossard, on peut le revendre. Il y en a un qui voulait m’envoyer son certificat médical car il ne peut plus courir. Je lui ai dit : “Mais non…“. Ce n’est pas comme s’ils étaient 120 à demander… Je suis sûr que Marc aurait fait la même chose. Je viens de faire deux remplacements (des coureurs qui veulent échanger un dossard avec une connaissance car ils ne peuvent plus courir) : je me mets sur topchrono, ça me prend deux minutes. Faut pas déconner… » glisse Christophe Perrot, 50 ans et qui « court tout » : du 5 000 m marche aux Interclubs, en passant par les inters de cross la semaine dernière dans le bourbier de Chamarande («Je ne me sors pas d’un truc pareil. Je me suis pris une fessée dimanche » se marre t-il) au marathon d’Annecy fin avril qu’il prépare (il y a couru en 2h42’54’’ en 2011, son record).

« Un bout de rillette et un bout de pain »

La course est à l’image de l’esprit du club. « On a envie d’avoir des compétiteurs (à l’instar d’Emmanuelle Jaeger, internationale sur 100 km : 21e des Mondiaux de la discipline en septembre dernier, en 8h14’17’’, record personnel, ndlr), avec des athlètes qui se qualifient pour les championnats de France –c’est bien également pour les partenaires, et la mairie de Charenton-le-Pont qui s’investit énormément, nous fait des affiches, des flyers etc…Ils sont à 200% avec nous, et c’est motivant. Des compétiteurs donc, mais aussi du monde derrière : de plus en plus de personnes viennent par exemple faire de la marche nordique. Ce sont des gens de Charenton, on fait bouger du monde. On a également ouvert une section sport adapté au club. On veut que ça soit du plaisir. Et la compétition dans le plaisir. Ça ne nous empêche pas d’aller boire un coup ensuite, de manger une pizza quatre fromages ».

Ou de faire un gros buffet (« on casse la croûte, tout le monde est invité. On est 150 à manger un bout de rillette et un bout de pain. C’est fun ») dimanche avec ceux qui ont courur les quinze bornes. Ou qui ont donné quinze coups de main (ou sûrement plus)…

A lire également : l’histoire des foulées Charantonnaises sur le site de la commission et de la documentation de l’histoire de la FFA, ou ici : Histoire des foulées Charentonnaises

Site des foulées Charantonnaises : cliquez-ici.

Texte : Quentin Guillon.

Photos : foulées Charantonnaises (les photos sont disponibles gratuitement sur le site de la manifestation).