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Le retour de Karine Pasquier, jeune maman et vice-championne France de semi-marathon

Maman depuis sept mois, Karine Pasquier revient progressivement au premier plan. Après s’être elle-même « bluffée » lors des 10 km de La Torche à Pont-Labbé (Finistère) le 5 octobre dernier (34’21’’), le sociétaire de l’Endurance 72 vient de glaner son cinquième podium national (bronze en 2009 et 2009 sur 5 000 m, victorieuse sur la distance en 2010 à Valence, 3e aux France de 10 km en 2012 à Roanne) aux championnats de France de semi-marathon, deuxième derrière Patricia Laubertie (en 1h15’46’’). Prochain gros objectif pour l’athlète coachée par Pascal Chirat (manager de la marche auprès de la FFA) : un marathon au printemps, avec l’ambition d’aller titiller les 2h35’ pour celle qui possède un record à 2h37’22’’ (Paris 2013)

Comment se sont déroulés ces championnats de France à Saint-Denis ?

A la base, on n’était pas non plus beaucoup de prétendantes au titre (voir la présentation ici). Je ne partais pas vaincue mais je n’ai pas pu m’entraîner correctement depuis la Torche (5 octobre), car je me suis fait une inflammation d’un muscle pyramidal au fessier, qui a généré de fortes douleurs au niveau du nerf sciatique. Du coup, j’ai dû lever le pied depuis trois semaines et je suis arrivée avec un manque, d’autant que la grossesse fait que je n’ai pas non plus beaucoup d’entraînement derrière moi. Je m’étais dit que la fille à suivre était Patricia (Laubertie). Elle est partie très vite, sur les bases de 3’30’’ au kilo, voire moins par moments. Je savais qu’à cette allure là je n’étais pas capable d’aller au bout avec elle, donc j’ai laissé partir au 10e. De fil en aiguille, on sait qu’on n’est plus dans une démarche pour gagner, jouer le titre. On rétrograde progressivement (rires). J’ai essayé de “tamponner“ mais j’ai lâché prise à partir du 16e. Elle m’a rapidement collé 55’’ (1h15’46’’ contre 1h14’50’’ au final).

Ça reste malgré tout une bonne perf, non ?

Oui. Avec le recul et au regard de ce que j’ai fait à l’entrainement, après avoir couru en 1h19’25’’ à Auray-Vannes (le 14 septembre, sa première course depuis juillet 2013), si on m’avait dit que j’aurais fait moins d’1h16’ aux France, je ne l’aurais pas cru. Je suis quand même satisfaite du résultat, car je ne pouvais pas faire mieux que 2e, et le chrono est correct.

A quel moment avez-vous coupé durant votre grossesse ?

J’ai arrêté de courir fin octobre (2013) et j’ai accouché en mars. Mais j’ai continué à faire du sport porté jusqu’à la fin, comme du vélo elliptique et de la natation, ainsi qu’un peu de rando.

« S’entraîner seule est difficile mais c’est aussi une force pour le marathon »

Comment s’est déroulée la reprise ?

Avec le recul, j’ai été gourmande. Environ deux mois après, comme j’ai récupéré très vite mon poids, je me suis dit que je pouvais repartir. J’avais fait mes séances de rééducation comme il faut. Mais je pense que j’ai voulu remettre un peu trop vite de l’intensité. Je me suis blessée en juillet et j’ai dû m’arrêter trois semaines. L’envie était là, mais le corps ne répond pas comme on veut et il faut lui laisser le temps de reprendre un peu ses habitudes.

A partir du mois d’août, j’ai repris un entraînement plus solide, en intégrant du vélo, deux à trois sorties par semaine. Avec l’âge, il vaut mieux se prémunir des blessures. Le vélo est un bon compromis. Pour preuve, je fais 34’21’’ sur 10 km, je ne sais pas comment, car je n’ai pas fait de séances d’intensité. Ça doit être le vélo, l’endurance, et peut-être les hormones de la grossesse (rires).

A quel moment avez-vous senti que les sensations revenaient ?

Je ne l’ai pas forcément vu à l’entraînement. Je ne faisais pas de séances difficiles, mais que de l’endurance, de l’endurance active, un peu de seuil et du fractionné très court, où je “ramasse“. Sur l’aérobie, c’est revenu progressivement. A Auray-Vannes, j’avais pris du plaisir et je n’étais pas non plus dans la douleur.

A la Roche, je partais pour faire 36’, j’ai été bluffée de me sentir aussi bien dans l’effort. A partir de ce moment là, je me suis dit que c’était bon.

 « Tout reste possible. Il faut y croire et il faut se donner les moyens pour atteindre ses objectifs »

Du coup, quels vont être les prochains objectifs ?

Je vais déjà me reposer pleinement pendant une semaine afin que l’inflammation redescende au plus bas. Il y avait encore quelques petites séquelles après la course dimanche, mais c’est en voie de guérison. Je vais ensuite enchaîner avec les cross. La sélection pour les Europe de cross (à Gujan-Mestras), j’irai peut-être jouer le truc si je me sens bien et que j’arrive à passer des séances d’intensité. Mais ça sera plus pour le fun, voir où je me situe au niveau français par rapport à des filles qui sont vraiment très très fortes, car on a maintenant la championne d’Europe chez nous (Sophie Duarte).

Après, il y a aura la saison de cross, dans l’optique de refaire un marathon au printemps prochain.

Je garde une belle expérience de Paris en 2013 (où elle avait couru son deuxième marathon en 2h37’22’’ ; son premier date de 2011, à Berlin, où elle avait réalisé 2h39’10’’). J’ai 36 ans, il faut y aller maintenant. Oui, j’ai fait 2h37’, donc il faut faire mieux (rires).

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Lors du marathon de Paris en 2013 (Photo Christophe Rochotte)

Quelles sont vos conditions d’entraînement ?

J’ai un travail (elle est responsable qualité-sécurité-environnement dans une industrie), j’ai maintenant un enfant, il faut donc jongler avec toutes ces activités. Je m’organise avec le boulot et je m’entraîne essentiellement le midi. Je m’entraîne tout le temps seule. C’est difficile mais c’est aussi une force, car on est seule quand on fait un marathon. Le mental, on le travaille tous les jours. Mais ça serait sympa des fois d’avoir un groupe (sourire).

Vous comptez deux sélections internationales chez les seniors (32e des Mondiaux de semi en 2010 et 38e des Europe de cross cette année-là à Albufeira au Portugal). Est-ce un objectif de retrouver le maillot tricolore ?

Je suis dans une optique où je me dis que je cours pour moi. J’ai envie de faire des résultats. Après, j’ai 36 ans, je ne me leurre pas. Il y a aussi pas mal de petites jeunes qui arrivent, et tant mieux. Il faut du renouveau au niveau de l’athlé français. S’il y a des places à prendre, j’irai. Il faut honorer une sélection si on peut en avoir une. Maintenant, je ne vais pas non plus courir après. Je ferai ce qu’il faut pour être performante, et tant mieux s’il y a la cerise sur le gâteau.

« Faire moins de 2h35’ sur marathon serait un beau défi »

Justement, le titre de championne d’Europe de Christelle Daunay sur le marathon à presque 40 ans est-il une source de motivation, ou pas ?

Christelle, c’est forcément un bel exemple pour tout le monde. Elle s’est vraiment donnée les moyens et elle a obtenu cet été l’aboutissement de toutes ses années d’entraînement et de sacrifices. Elle a montré qu’on peut être performante, même à un âge plus avancé en course à pied. Ça veut dire que tout reste possible. Je ne pense pas que je serais non plus championne d’Europe (rires) ! Mais ça veut dire que tout reste possible, qu’il faut y croire, et qu’il faut se donner les moyens pour atteindre ses objectifs.

Avez-vous depuis que vous faites de la course à pied une ambition ou un rêve particuliers ?

Je n’étais pas talentueuse quand j’ai démarré l’athlé. Je n’étais pas comme les petites jeunes qu’on voit aujourd’hui et qui font de super chronos. Je n’ai jamais connu ça. J’ai plutôt progressé en senior. Aller déjà aux championnats de France, y faire des médailles, ça été un bel accomplissement pour moi. Avoir une sélection aux championnats du Monde de semi, rentrer en équipe de France et porter le maillot, on a tous envie de ça. Si je peux le porter demain, j’en serais honorée. Les Jeux Olympiques, c’est un rêve, mais c’est irréaliste (rires). Battre mon record sur marathon, faire moins de 2h35’, ça serait un beau défi.