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L’argent pour Lamote, Carvalho cinquième

Favorite, Rénelle Lamote a empoché la médaille d’argent aux championnats d’Europe à Amsterdam, devancée dans les cinquante derniers mètres par l’Ukrainienne Natalia Pryshchepa (1’59’’70 contre 2’00’’19). Il n’a pas manqué grand chose à Florian Carvalho pour empocher une deuxième médaille internationale chez les seniors sur 1 500 m (5e), alors que Dimitri Bascou a décroché le titre sur 110 m haies (le très talentueux Wilhem Belocian a pris le bronze), et Antoinette Nana Djimou l’argent à l’heptathlon. 

Au couteau, cette finale du 800 mètres féminin ! A l’entame de la dernière ligne droite, bien malin qui aurait pu donner le podium dans l’ordre. Rénelle Lamote était en très belle posture, après avoir maîtrisé avec maturité et autorité les 700 premiers mètres : en troisième position, calé dans la foulée de la Suissesse Selina Büchel, légèrement sur l’extérieur pour parer à toute attaque.

Au forceps, elle sembla se détacher de la meute. Mais l’Ukrainienne Natalia Pryshchepa frappait à la porte. Une petite tape pour prévenir, puis les mains pour se frayer un chemin, avant finalement d’entrebâiller la porte en trouvant l’intervalle entre deux concurrentes. Et ainsi mettre le « poing » final à ce double tour de piste, avec quarante derniers mètres très solides. Championne d’Europe junior du 1 500 mètres en 2013, l’Ukrainienne de 21 ans avait abaissé son record personnel sur 800 à 1’59’’06 début juin.

Florian Carvalho : « J’ai fait le course que je voulais faire. Je me suis fait plaisir. Simplement, il y avait plus fort que moi. Respect à eux »

Quant à elle Rénelle Lamote, elle parut émoussée dans la dernière ligne droite, s’arc-que-boutant à sa volonté pour aller chercher l’argent, soit sa première médaille chez les seniors, à 22 ans.

« Bien sûr que ça se prend, c’est un moment de bonheur et je vais fêter ça avec mes proches, mais je suis comme ça, j’aime gagner, c’est dans ma nature (elle nous l’avait confié longuement dans ce numéro de VO2 Run, au sortir de sa place de finaliste aux Mondiaux de Pékin. Et quand je ne gagne pas, c’est un petit peu difficile » glissait-elle, les yeux rougis et par la déception…et par la satisfaction.

« Je pense qu’il m’a manqué un peu de fraîcheur. J’ai senti à l’échauffement que j’avais les jambes lourdes. Pendant toute la course, j’ai senti que je n’étais pas aussi fluide et légère que d’habitude. Après, je me suis vraiment battue avec le mental. C’est aussi grâce à ça que je fais deuxième. Oui, je pense que c’est (en raison de) l’enchaînement des trois courses. Car au-delà de ça, je n’étais pas trop stressée, j’étais heureuse de courir, la tête était là. Si je ne n’ai pas fini aussi fort que je pouvais, c’est que j’étais un peu fatiguée, les trois tours m’ont un peu entamé » analyse celle qui avait connu un hiver très difficile, entre une entorse de la cheville suivie d’une inflammation du tendon –elle avait repris l’entraînement par le truchement de la marche nordique (lire ici)

« Je voulais faire une médaille pour aider un peu le comité de sélection à me choisir (sourire) »

Le 1 500 mètres a lui aussi tenu le public en haleine. Une course (très) très tactique, avec un passage en 2’10’’53 aux 800 mètres. Avant un emballage final enivrant (dernier 300 en 38’’ environ). Amsterdam est bien connue pour être la capitale des coffee shop, non ?

Les émanations d’un final endiablé sont vite montées au sein du stade olympique dans un dernier 400 haletant, porté par un public chauffé à blanc par la présence de son protégé Richard Douma (4e). Les effluves de lactique, sans doute. Car le changement de rythme fut brutal et intense. Florian Carvalho, tactiquement parfait, s’était placé devant pour contrôler, comme il l’avait escompté.

Florian Carvalho mène la finale du 1 500 m (Photo Q.G)

Florian Carvalho mène la finale du 1 500 m (Photo Q.G)

Il accéléra progressivement à la cloche puis la course s’emballa aux 300 mètres. Le Britannique Jake Wightman fit l’extérieur pour le déborder. Les deux hommes se livrèrent à un sacré mano-a-mano pour garder la corde. Mais Wightman eut finalement le dernier mot, pour « cinq centimètres. Je me suis bagarré pour ne pas qu’il passe. Il a réussi, après je n’ai pas eu d’autre choix que de le laisser se rabattre, sinon j’aurais fait une faute. Je pense que loupe la médaille aux 200 ».

Derrière, le vice-champion d’Europe 2012 s’accroche, mais doit s’incliner devant le finish du Norvégien Filip Ingebrigtsen, qui coupe la ligne en 3’46’’65, devant l’Espagnol David Bustos (3’46’’90) et le frère de Filip, son aîné Henrik (dont on n’espère qu’il ne singera pas la moustache),  champion d’Europe en 2012 (3’47’’18). Cinquième, le Français se situe à seulement seize petits centièmes du podium (3’47’’32, même chrono que Douma, 4e).

Morhad Amdouni sur 5 000 mètres demain

« Je suis forcément déçu car je voulais une médaille, mais j’ai fait la course que je voulais faire et je n’ai pas de regret. Je me suis fait plaisir. Simplement, il y avait plus fort que moi. Respect à eux » souligne placidement Florian Carvalho. Preuve que le plaisir ne se trouve pas que et uniquement dans la victoire.

Tout proche des minima pour les Jeux Olympiques (3’35’’39 pour des minima à 3’35’’00), il pourrait rallier Rio (on vous en parlait ici). « Je me prépare pour. Je voulais faire une médaille pour aider un peu le comité de sélection à me choisir (sourire). Je suis dans le top 16 à trois par pays au bilan mondial (il est pile 16e, ndlr), et dans ce cas, on va normalement aux Jeux. Si cette règle est respectée, je devrais y aller. Je croise les doigts ».

De son côté, Morhad Amdouni n’est pas parvenu à se mêler à la lutte pour le podium. Dans le premier tiers du peloton, il collait aux basques de Carvalho avant la cloche mais, enfermé, il n’a jamais réussi à se dégager, terminant finalement dernier en 3’51’’61.

Quelques minutes après l’arrivée, son coach Philippe Dupont l’enjoignait à vite se couvrir pour rentrer promptement à l’hôtel, en vue du 5 000 m demain, pour lequel il était inscrit et dont sa participation dépendait du résultat d’aujourd’hui.

« S’il y avait besoin de quelque chose pour qu’il se mette sur 5 000 mètres, c’est bien une course comme celle-là. Il est tout le temps enfermé, alors qu’il est de l’espace pour mettre sa foulée. Il peut s’en tirer sur certains profils de course (sur 1 500 m), mais (dans ce profil) là, c’est quand même très compliqué ».

Place donc pour Morhad Amdouni au 5 000 m demain ! Où Amsterdam ne connaîtra pas les fumerolles de souffre, Mo Farah, qui avait fait fureur à Pékin l’an passé, ayant fait l’impasse sur le rendez-vous continental…

Texte : Quentin Guillon.

Photo de une : Rénelle Lamote à Pékin en 2015.