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La Russie, un dopage endémique

Après les doubles révélations de L’Equipe et de la chaîne allemande ARD, les cas de dopage se sont multipliés en Russie. Etat des lieux.

Le cas Lashmanova 

 

Elena Lashmanova, plus jeune championne olympique du 20 km marche (à 22 ans) à Londres en 2012, est actuellement suspendue deux ans, jusqu’au 25 février 2016 (positive au GW1516). Elle aurait pourtant disputé une compétition en décembre dernier, un championnat régional indoor en Russie a t-on appris mi-janvier. Des photos feraient état de sa participation. L’IAAF s’est penché sur l’affaire et Lashmanova pourrait voir sa suspension alourdie de deux années supplémentaires.

Cinq marcheurs suspendus 

 

Coup de tonnerre supplémentaire le 20 janvier, avec l’annonce de la suspension rétroactive de cinq marcheurs russes –et non des moindres- par la RUSADA (l’agence antidopage russe).

  • Olga Kaniskina (champion olympique du 20 km marche à Pékin en 2008, médaillée d’argent à Londres en 2012) : suspendue trois ans et deux mois à partir du 15 octobre 2012, avec annulation de ses résultats entre les 15 juillet et 16 septembre 2009 ; les 30 juin et 8 novembre 2011.
  • Sergey Kirdyapkin (champion du Monde 2009 du 50 km marche, champion olympique du 50 km marche à Londres en 2012) : suspendu trois ans et deux mois à partir du 15 octobre 2012, avec annulation de ses résultats entre les 20 juillet et 20 septembre 2009 ; les 29 juin et 29 août 2010 ; les 17 décembre 2011 et 11 juin 2012.
  • Serguey Bakulin (champion du Monde 2011 du 50 km marche) : suspendu trois ans et deux mois à partir du 24 décembre  2012, avec annulation de ses résultats entre les 25 janvier et 25 mars 2011 ; les 16 juin et 16 août 2011, les 11 avril et 11 juin 2012.
  • Valery Borchin (champion olympique du 20 km marche à Pékin  en 2008) : suspendu huit ans à partir du 15 octobre 2012, avec annulation de ses résultats entre les 14 juillet et 15 septembre 2009, les 16 juin et 27 septembre 2011, les 11 avril et 3 septembre 2012.

Borchin avait déjà été suspendu un an, avant son sacre chinois, après un contrôle positif à l’ephedrine (stimulant).

  • Vdlamir Kanaykin, 2e meilleur mondial de tous les temps sur le 20 km marche (1h17’16’’ en 2007 derrière…le Russe Sergey Morozov, 1h16’46’’ en 2008) : suspendu à vie à partir du 17 décembre 2012, avec annulation de ses résultats entre les 25 janvier et 25 mars 2011, les 16 juin et 27 septembre 2011.

Celui-ci avait été privé des JO 2008 après avoir été contrôlé positif à l’EPO. Il était ensuite revenu à la compétition, glanant l’argent mondial en 2011.

Le communiqué de la RUSADA est ici.

« Comment pouvez-vous dire qu’il (Kirdyapkin) était dopé en mai 2012, et qu’il  était propre trois mois plus tard ? »

 

L’annulation de certains résultats  durant certaines périodes données (et selon quels critères ? –les effets du dopage ne se limitent en effet pas à deux ou trois mois…) a fait beaucoup réagir. Et notamment l’Australien Jared Tallent, 2e du 50 km marche à Londres en 2012.

Car si Sergey Kirdyapkin devrait perdre son titre mondial acquis sur la distance glané le 21 août 2009 du fait de l’annulation de ses résultats durant la période, il devrait conserver son titre olympique remporté le 11 août 2012, après avoir vu ses résultats annulés entre le 11 décembre 2011 et le 17 juin 2012 alors que sa suspension de trois ans et demi a débuté de manière rétroactive le 15 octobre 2012 (il en est de même pour la médaille d’argent d’Olga Kaniskina) ! « C’est fou et complètement ridicule » s’est insurgé Jared Tallent à l’Associated Press. « Vous ne pouvez pas choisir quels résultats doivent être annulés. Comment pouvez-vous dire qu’il (Kirdyapkin) était dopé en mai 2012, et qu’il  était propre trois mois plus tard ? Ça n’a aucun sens ».

Sergey Kirdyapkin lors de son titre olympique à Londres en 2012 (Photo Gilles Bertrand)

Sergey Kirdyapkin lors de son titre olympique à Londres en 2012 (Photo Gilles Bertrand)

Tout cela pourrait finir devant le tribunal arbitral du sport (TAS) en cas d’appel de l’IAAF (la Fédération Internationale d’Athlétisme) ou de l’AMA (Agence Mondiale Antidopage) concernant les sanctions décidées par la RUSADA.

L’IAAF a réagi par le biais d’un communiqué de presse (lire ici). « Tous les athlètes sanctionnés l’ont été dans le cadre du programme de passeport biologique de l’IAAF. Conformément aux règles en vigueur, les dossiers ont été envoyés à la Fédération russe d’athlétisme (ARAF) pour statuer. L’IAAF se réjouit de voir que des circonstances aggravantes ont été retenues tel que préconisé lors de la transmission des dossiers aux autorités russes. En conséquence, les titres obtenus lors des compétitions internationales seront réattribués MAIS par avant que l’IAAF ait reçu et attentivement examiné les décisions motivées de l’ARAF afin de s’assurer qu’elles sont en stricte conformité avec les règles de l’IAAF ».

Le communiqué précise qu’à partir du lancement en 2009 du passeport biologique, 37 athlètes ont au total été sanctionnés…dont 23 Russes ! Il faudrait en rajouter (au moins) une (on laisse un peu de suspense, lire ci-dessous…)

Démissions 

 

Ses multiples sanctions et révélations ont eu des répercussions : l’entraîneur en chef russe Valentin Maslakov a ainsi annoncé qu’il démissionnait de ses fonctions, alors qu’un poste au sein du  ministère des sports russe a été crée dans le but unique de « lutter contre le dopage » comme l’a indiqué à l’agence de presse ITAR-TASS le ministre des sports Vitaly Mutko.

Tout cela s’ajoute aux premières révélations de la chaîne allemande ARD concernant les affaires de dopage en Russie (lire notre résumé ici). Le président de la Fédération russe (ARAF) Valentin Balakhnichev, par ailleurs trésorier de l’IAAF (et membre du conseil de l’institution depuis 2007) et qui a provisoirement cessé ses fonctions le temps que la commission d’éthique de l’IAAF enquête sur les accusations de corruption, a indiqué vendredi 30 janvier que la Fédération russe envisageait de poursuivre devant les tribunaux allemands ARD.

Puis, après plusieurs volte-face, Valentin Balakhnichev a fini par céder, annonçant ensuite début février sa démission (qui sera effective le 17 février au cours d’une réunion de l’ARAF) d’un poste qu’il occupait depuis 1991 (ancien membre de l’équipe national del’URSS sur 110 m haies, il fut également entraîneur national de l’Union Soviétique entre 1978 et 1984, vice-président la Fédération Européenne entre 1995 et 2007).

Deux nouvelles athlètes de premier plan suspendues

 

Le 30 janvier, nouveau coup de semonce avec l’annonce de la RUSADA de la suspension de nouvelles têtes d’affiche :

  • Yulia Zaripova (championne d’Europe du 3 000 m steeple en 2010, du Monde en 2011 et championne olympique en 2012) : suspendue deux et six mois à compter du 25 juillet 2013, avec annulation de ses résultats entre les 20 juin et 20 juillet 2011, les 3 juillet et 3 septembre 2012.

L’athlète Russe a été suspendue en raison d’anormalités constatées sur son passeport biologique. Le titre olympique sur le 3 000 m steeple pourrait ainsi revenir à la Tunisienne Habiba Ghribi, 2e à Londres.

  • Tatyana Chernova (championne du Monde 2009 de l’heptathlon, médaillée de bronze aux JO en 2012) : suspendue deux ans à partir du 22 juillet 2013, avec annulation de ses résultats entre les 15 août 2009 et 14 août 2011.

A la demande de l’IAAF, un échantillon datant de 2009 et prélevée lors de la coupe d’Europe de Berlin a été réanalysé par le laboratoire de Cologne. Des traces d’un stéroïde anabolisant ont été décelées.

 

Yulia Zaripova à Londres en 2012 - Photo Gilles Bertrand

Yulia Zaripova à Londres en 2012 – Photo Gilles Bertrand

Le communiqué de la RUSADA : ici.

L’IAAF a réagi en publiant un communiqué sur son site internet, se félicitant de « l’efficacité du programme antidopage de l’IAAF » (le communiqué est ici).

Dopage… à l’école 

 

Et ce n’est pas fini ! Le ministre des sports en personne, a remis le couteau dans une plaie déjà bien profonde. Début février, Vitaly Mutko a ainsi indiqué que les enfants ingurgitaient des substances interdites… à l’école !

Il souhaite mettre fin à un système au sein duquel les jeunes entraîneurs touchent de substantielles primes quand leurs jeunes athlètes remportent des compétitions. Survivance de l’URSS, il existe en Russie des centaines d’académies spécialisés dans de nombreux sports olympiques à destination des jeunes, explique l’Associated Press (repris par le Guardian, lire ici).

« Nous irons dans (ces) académies afin de taper sur les doigts des entraîneurs qui veulent gagner à tout prix n’importe quel championnat pour obtenir un bonus » a déclaré le ministre des sports.

En début de semaine, mardi 10 février, le patron de l’agence antidopage russe Nikita Kamaev a mis en évidence les preuves, d’après les données des passeports biologiques, d’un dopage systématique et similaire parmi les marcheurs russes champions olympiques, comparant ces cas-là à celui de Lance Armstrong. Kamaev a indiqué que d’autres suspensions pourraient suivre.

67 athlètes russes actuellement suspendus 

 

Le centre national de marche à Saransk est particulièrement scruté. Où au moins vingt marcheurs, qui se sont entraînés sous la houlette du coach national Viktor Chegin, ont été suspendus ces dernières années ! Le directeur de ce centre, Viktor Kolesnikov, a été suspendu quatre ans en 2014. Il a été brièvement remplacé par…Olga Kaniskina, maintenant retraitée et qui faisait partie des vingt marcheurs suspendus rétroactivement en janvier dernier !

Au 28 janvier 2015, 67 (!) athlètes russes purgent actuellement une suspension (le liste est ici : 2015-01-28 List of athletes currently serving a period of ineligibility as a result of an Anti-Doping Rule Violation under IAAF Rules) A noter que les sept cas cités ci-dessus n’y sont pas inclus.

Bref, la plaie est tellement béante que la cicatrisation promet d’être longue…