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La Bretagne, une terre mythique de cross-country

En attendant le 25 janvier 2015 et les Bretagne de cross qui se dérouleront à Merdrignac, Clément Bajon en charge de la communication à la ligue de Bretagne et Clément Tuby reviennent sur ce glorieux passé avec les éditions du télégramme (La grande histoire de l’Athlétisme en Bretagne) dans la dernière newsletter publiée par la ligue.

 

Le premier championnat de Bretagne de cross fut organisé à Rennes, en 1907. Il s’agissait uniquement de la Haute-Bretagne, car la Bretagne était donc séparée en Haute et Basse Bretagne. Le premier champion fut Alfred Delarue, un athlète de l’US Rennaise, qui s’impose à Rennes, en 1907. Les premiers championnats furent dominés par les Rennais qui étaient, il est vrai, pratiquement les seuls à y participer. La Bretagne a vu naître de grands noms du cross breton à commencer par Pierre Prat, Lucien Rault, Jean-Luc Paugam, François Person… Et chez les féminines, Jacqueline Lefeuvre et Marie Pierre Duros ont marqué de leurs empreintes le cross national. Son histoire et ses grands cross (Carhaix et Pontivy…) ont fait de cette région une terre de cross pour tout l’hexagone.

Lors du Championnat de Bretagne de Cross Country à Rennes de 1927, le vainqueur René Hilliou (AS Rosporden) remporte l’épreuve avec 500 mètres d’avance sur le peloton. Et pourtant, il a dû s’arrêter en pleine course pour rafistoler son short qui avait rendu l’âme sur les barbelés que les organisateurs prenaient alors un malin plaisir à mettre sur les parcours de cross ! De ce fait, Hilliou répara tant bien que mal sa tenue avec les épingles de son dossard avant de repartir vers le succès …

En 1948, à Bannalec, un jeune crossman de l’AG Rostrenen, éclatant de force et de santé, survolait le Championnat de Bretagne catégorie juniors. Il allait marquer la décennie ! Son nom : Pierre Prat. Trois fois consécutivement champion de France du 3000 steeple, champion de France junior, international, sélectionné olympique sur le steeple en 1952 à Helsinki. Le rostrenois brillait sur toutes les pistes en Europe, mais c’est peut-être en cross que le solide breton exprima le mieux ses qualités. En fait, Pierre Prat fut le meilleur crossman français métropolitain du début des années 50 ! Le plus connu était bien sûr Alain Mimoun, champion de France à plusieurs reprises. Un premier titre en 1950, à Lanester, pour sa première année chez les seniors, avec deux titres de champion juniors en 1948 et en 1949 auparavant. De plus, il est à ce jour le seul crossman breton à s’être imposé chez les séniors immédiatement l’année suivante pour sa première participation dans cette catégorie. Seule Marie-Pierre Duros a réussi le même exploit chez les dames. De 1952 à 1956, Prat renouvellera régulièrement son bail aux championnats de Bretagne avec 5 titres consécutifs Bretagne et dans ce contexte très relevé, Pierre Prat terminait ainsi second au National de cross seniors à deux reprises, en 1953 et 1954 sur les talons de Mimoun !

A Guingamp, en 1959, le lorientais Jean Vaillant, plus à son avantage sur piste (sélection aux JO de Tokyo sur 5 000 et 10000m) qu’en cross, s’était imposé au Bretagne de cross, d’ailleurs son seul titre breton de cross séniors, devant quelqu’un dont on allait reparler et pour longtemps … Lucien Rault !

Durant les années 60/70, une belle école du cross breton fit son apparition, celle de la Garde Saint-Ivy de Pontivy. Les Pontivyens étaient surtout redoutables lors des challenges par équipes, du fait de leur solidité et de leur cohésion. Ils montrèrent ainsi plusieurs fois sur les marches du podium lors des championnats de France à une époque particulièrement relevée. La GSI organisait aussi à Pontivy un cross international qui accueillait les plus grands champions. En 1968, point d’orgue pour cette ville sportive du Centre Bretagne : Les championnats de France de cross eurent lieu à Pontivy. Autre site connu et reconnu pour son organisation : Carhaix. Site connu principalement par l’organisation depuis 1995 des Vieilles Charrues mais également pour son cross. Par deux reprises, l’Amicale Laïque de Carhaix Plouguer a accueilli les Championnats de France de Cross-Country : en 1996 et en 2000. Chacun se rappelle de ses championnats et de son organisation devant des dizaines de milliers de spectateurs orchestré par des mains de maître par les Carhaisiens.

Longtemps, le cross ignora les féminines, cependant, dans les années 60, elles allaient se mettre au cross, des courses qui approchaient les 2km pour les seniors. C’est à partir des années 70 que le cross féminin breton va prendre son essor avec l’arrivée de Jacqueline Lefeuvre, la première demoiselle de l’US Quessoy car il y aura ensuite la seconde, Marie-Pierre Duros, qui fera atteindre les sommets nationaux et internationaux au cross breton. Jacqueline Lefeuvre, sans interruption, de 1978 à 1984, puis Marie-Pierre en 1987, 1988, 1989 et 1991. Mais cette domination n’est pas totale car Odile Ohier, la demoiselle de Plestin-Trigavou, licenciée au Stade Rennais, va tirer son épingle du jeu : avec trois titres de cross en 1985, 1986 et 1990

 

Rencontre avec Marie-Pierre Duros : « C’est par le cross country que j’ai débuté avec le club de Quessoy. A l’époque il y avait presque autant de cross d’organisé que de clubs. Le cross c’est une bonne école, c’est dur, il faut du courage, c’est très formateur pour la suite. C’est une compétition à part, il n’y a pas de notion de chrono, on se bat contre des adversaires : on livre en cross une lutte d’homme à homme. La Bretagne étant une région où le cross est reconnu, je pense que mes différents titres en cross m’ont apporté une certaine notoriété. La saison est souvent divisée en deux parties (hivernale et estivale) Pour ma part le cross était l’objectif principal de la saison hivernale (France + Mondial). Cette première partie de saison est très importante car c’est tout le travail réalisé en hiver (foncier, préparation physique etc…) plus les compétitions qui préparent la saison estivale. En ce qui me concerne, lorsque je réalisais une bonne saison hivernale, la saison sur piste l’était également. La société a évolué, de nouvelles pratiques, concepts sont nés (trails, marche nordique, sport santé…). Le cross a toujours sa place, mais fini les petits cross de clubs, il faut proposer des sites agréables, avec des structures. Il faut donner l’envie de venir aux jeunes et aux parents. Malgré la difficulté de l’épreuve, on doit y prendre du plaisir.

La Bretagne doit avoir son « grand cross » sur un site permanent, diversifier l’offre (cross classique, trail, marche nordique etc…) et dans l’idéal avoir la même chose au niveau départemental pour redynamiser l’ensemble.

 

Communiqué de presse: Clément Bajon, Clément Tuby, Ligue de Bretagne d’athlétisme

Voir La vidéo du cross de la Ligue 2014: