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Justine Fédronic, l’interview de la semaine

Justine Fédronic a réalisé une tonitruante rentrée le week-end dernier au meeting Payton Invitational de Stanford à Palo Alto, sur la côte ouest des USA : 2’00’’64, minima pour les Europe d’Amsterdam en poche, tout près de son record personnel (2’00’’42 en 2014) et des minima pour les Jeux (2’00’’). Elle devrait être en lice le 22 mai au deuxième tour des Interclubs à Villeneuve d’Ascq.

Elle était arrivée au plus haut niveau en 2013 en toute discrétion (lire ici), puis avait disparue des écrans radars en 2015. Justine Fedronic a connu de longs mois de galère aujourd’hui derrière elle. « Il y a des moments, parfois pendant des mois consécutifs, où l’athlétisme n’était qu’angoisse et torture. Mais les très bons moments que l’athlé m’a permis de vivre sont tels que mon corps s’est accroché à ces souvenirs et a refusé de lâcher prise » a-t-elle écrit en février dernier dans un long article (en anglais, à lire ici). Interview avec l’athlète de 25 ans, qui a recouvré ses moyens et son (grand) sourire.

Quels furent vos sentiments après cette belle rentrée dimanche dernier ?

C’était un très belle surprise, car 2015 a été très difficile. Une des mes copines était lièvre. On est passées en 58’’ et quelques aux 400 mètres. J’étais un peu derrière car je ne savais pas trop comment ça allait se passer puisque c’était ma première course (elle s’était alignée sur deux 800 m cet hiver, près de chez elle à Seattle : 2’05 »18 et 2’04 »87, ndlr). Je me sentais très forte sur le dernier 150 m.  La fille avait dix mètres d’avance, je l’ai presque rattrapée (Chrishuna Williams, victorieuse en 2’00’’58, ndlr). Je me sentais beaucoup plus forte que je ne le pensais. Oui, il y avait du soulagement et de la joie, mais j’étais presque en dessous des 2’. On imagine la course avec un peu plus « d’agressivité » et soixante centièmes en moins (rires) !

Vous avez fait une saison 2015 blanche, dans la foulée des championnats d’Europe de Zurich. Que s’est-il passé ?

Je me suis déchirée l’ischio gauche en septembre 2014 et ensuite je n’ai pas pu courir pendant onze mois. J’avais plein de petits trucs partout, des problèmes biomécaniques pour marcher. A l’université, je me suis beaucoup blessée. Aux Etats-Unis, si tu peux courir un petit peu, tu vas faire une compète. 2014, c’était la fin de ma carrière à l’université et à la fin de la saison, mon corps était “fini“.

Chaque fois que j’essayais de recourir, ça se redéchirait. J’ai vu plein de médecins, de kinés etc…On a aussi fait une injection de PRP (Plasma enrichi en plaquettes). Ça a aidé un petit peu.

J’ai finalement trouvé un kiné à San Diego, j’ai travaillé avec lui pendant six mois et c’est lui qui m’a réappris à marcher et à courir. Au début, je n’ai fait que des gammes pendant deux mois, avant de pouvoir courir. Et j’ai recommencé à courir à la fin juillet (2015). Je n’étais vraiment pas en forme. Le premier jour où j’ai repris la course, j’ai couru pendant huit minutes et il fallait que je m’arrête toutes les deux minutes. C’était vraiment horrible ! (rires).

« Ça fait longtemps que je n’ai pas vu Rénelle ! » 

Vous vous entraînez désormais à Seattle, dans l’État de Washington au Nord-Ouest des États-Unis (jusqu’à fin 2014, elle était à l’université à Stanford, à Palo Alto, au sud de San Francisco).

Je suis venue à Seattle pour rejoindre le groupe d’entraînement Brooks Beast avec le coach Danny Mackey, qui a fait des études en physiologie et en biomécanique (il possède un “Master’s Degree“ sur le sujet). J’ai toujours aimé ce groupe et je suis chanceuse de m’y entraîner. Le kiné que j’avais à San Diego est aussi là. J’ai vraiment tout ce qu’il faut pour rester en bonne santé et le groupe de demi-fondeuse est très fort (notamment Phoebe Wright sur 800 mètres : record à 1’58’’22 en 2010 ; 2’00’’61 l’an passé). Aujourd’hui, j’ai un contrat avec Nike et je ne fais que m’entraîner. Je pense que je vais chercher un travail l’année prochaine.

L’équipe de France doit vous manquer.

Oui. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu Rénelle (Lamote) ! (Rires) Et les autres aussi. J’aimerais faire les championnats d’Europe à Amsterdam.

Je recommence à sentir les sensations que j’avais avant. On vient de rentrer d’un stage en altitude (à Albuquerque). C’était vraiment dur, mais depuis qu’on est rentrés, tout le monde se sent beaucoup mieux. Tout le monde a bien couru ce week-end, je pense que ça a vraiment aidé. J’espère que je vais pouvoir faire 1’58’’ – 1’57’’ d’ici la fin de l’année. Bah oui, il faut penser “gros“ ! (rires).

Interview : Quentin Guillon.

Photo : Justine Fédronic sous le maillot de l’université de Stanford, qu’elle a quittée pour Seattle il y a un an et demi.