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Jeff Lastennet : « Je veux en profiter »

International sur 800 mètres (six sélections seniors), Jeff Lastennet a dû stopper sa carrière en raison des blessures. Qu’est-il devenu ? A 28 ans, il vient d’arriver à Bordeaux et raconte son plaisir retrouvé. 

Qu’est ce qui vous a motivé à venir à Bordeaux ?

Si j’ai toujours été sur Paris, ma fiancée a grandi à Bruges et Saint-Médard (près de Bordeaux, ndlr). Avec ma copine –nous sommes tous les deux kinés- on ne se plaisait plus à Paris et on a décidé de venir ici. Je suis vraiment tombé amoureux de Bordeaux la première fois que j’y suis venu, en 2011.

Vous avez ouvert un cabinet ?

On fait pour l’instant des remplacements, le temps de trouver nos marques. Et il y a le projet de monter un cabinet de kiné du sport l’année prochaine. Quand j’ai été blessé pendant trois ans, je n’ai que très rarement trouvé des structures à la hauteur de ce que j’attendais.  J’ai quelques petites idées pour essayer de me mettre au service des athlètes.

Vous avez été demi-finaliste aux Mondiaux sur 800 m (à Berlin en 2009). En 2011, vous battez votre record, 1’45’56’’, à quelques centièmes des minima pour les JO de Londres. Puis vous n’avez couru que deux courses en 2012, et rien ensuite pendant trois ans. Racontez-nous ce qu’il s’est passé.

J’ai connu la blessure au point culminant de ma forme. En 2011 – on pouvait à l’époque faire les minima un an avant les JO, je me fais une fracture du bassin avant le dernier meeting de l’année. J’avais galéré à reprendre, mais j’étais revenu en très bonne forme, notamment après un super stage en Afrique du Sud avec Vincent Zouaoui (Dandrieux ; 8’14 »74 sur steeple en 2008, ndlr). J’avais refait des temps meilleurs que l’année où je fais 1’45’’5 : pour moi, les minima étaient largement jouables. Et puis à Doha (le 11 mai 2012), impossible de mettre le pied par terre. Je m’étais fissuré le tendon d’Achille.

Quand j’ai repris, j’ai rapidement eu le syndrome l’essuie-glace au genou. J’ai été mal suivi sur le plan médical et on n’a trouvé la solution que l’an passé. Le docteur Fechtenbaum, dans la région parisienne, a trouvé ça évident. Au bout de trois semaines, je me suis fait opérer. C’était deux ans de perdu. J’ai fait un mois de footings, ça allait plutôt bien, et après je me suis refait mal un peu partout. Pendant une dizaine de mois, j’ai fait un peu de vélo, de muscu. Et j’ai décidé en juillet dernier de me réentraîner un peu plus sérieusement, 4-5 fois par semaine, sans mettre les pointes. Je fais des footings, du fractionné, du seuil.

« J’écouterai plus mon corps »

Vous vous dirigez vers le long (deux 10 kilomètres, 32’33’’ fin septembre à Parampuyre en Gironde, et 32’09’’ à Paris-Centre le week-end dernier) ?

Pour l’instant, je voudrais juste refaire un peu de foncier et d’aérobie pour voir si mon corps tient. Je m’inscris cette semaine aux Girondins de Bordeaux Triathlon pour ne pas faire que de la course à pied, car je pense que le fait que tout se détraque vient de là. Et j’aimerais bien me diversifier un peu avec le triathlon.

J’ai signé à Bordeaux Athlé pour rejoindre Paul (Renaudie), son frère Jean-Baptiste et Ismaël Koné pour faire une bonne équipe sur le cross court, si on a tous le même projet. Comme je suis très ami avec Paul et son frère, c’était aussi l’occasion de faire un truc en commun. Si çà va très bien, pourquoi ne pas faire ensuite quelques compétitions sur piste, mais sans objectif de très haut niveau. Une chose est sûre, j’écouterai plus mon corps qu’avant. L’objectif numéro 1, c’est de ne jamais me reblesser, car ce sont des années de galère.

Jeff Lastennet sous le maillot tricolore (Photo Gilles Bertrand)

Jeff Lastennet sous le maillot tricolore (Photo Gilles Bertrand)

Vous avez déjà fait du triathlon ?

J’ai fait le triathlon de Paris en juillet, 62e en 2h06’. J’ai quasiment pris dix minutes dans la vue en natation. J’ai fait de la brasse. C’était l’horreur. Je m’étais pas du tout entraîné à la natation. Si je vais nager un peu, il y a moyen de faire des compétitions sympas parce qu’au niveau vélo et course à pied, je n’étais pas à la rue. Je sens qu’il me reste encore pas mal d’énergie. Même en course à pied, j’ai encore de beaux restes. Je veux en profiter car j’ai eu trois ans hyper difficiles.

« Je me suis dit que les blessures venaient simplement du fait que je courais trop»

Mentalement, comment avez-vous fait justement pour rebondir après tous vos pépins ?

J’ai utilisé toute l’énergie que je mettais dans le sport pour finir mes études de kiné, avant de commencer un peu à travailler. J’ai aussi découvert un peu la vie étudiante, ce que je n’avais pas pu faire car on était hyper sérieux.

Mon ancien coach Bruno Gajer (de 2005 à 2010, celui-ci entraîne aujourd’hui Pierre-Ambroise Bosse, ndlr) m’a toujours passé un petit coup de fil, de même que mon entraîneur (depuis 2010), Monsieur (Jacques) Darras.

Paul Renaudie est devenu un ami et je suis hyper proche de Yoann Kowal. Ça m’a permis de faire le tri entre connaissances de l’athlé et ceux qui deviennent des amis. Quelques athlètes ont continué à me soutenir, comme Fadil Bellaabouss avec qui je me suis entraîné à l’INSEP. J’ai aussi bien compris que si on ne fait pas les Jeux, on n’intéresse pas grand monde. J’avais des sponsors et pas mal de soutien. Je n’ai pas repris de licence en 2012 et personne ne s’est fait inquiété de savoir que j’en reprenais pas. Si on ne fait pas les Jeux, on n’existe pas vraiment.

Au bout d’un moment, j’ai arrêté de chercher d’où venaient les blessures. Je me suis dit que ça venait simplement du fait que je courais trop. Donc j’ai arrêté de courir et je n’ai plus été blessé. Au bout de deux ans, quand on a trouvé ce que j’avais, les deux ans de satisfaction de ne plus courir ont disparues. En deux minutes, je me suis dit que çà me manquait quand même un peu.

Des regrets que ça été diagnostiqué si tard ? Je me demande comment on a pu loupé ça, car j’avais quasiment une clémentine sous le genou. Je n’ai pas non plus de regrets car j’ai trouvé la femme de ma vie, la maison dont je rêvais, un boulot, des potes hyper cool. Mais j’aurais pu continuer un peu (à haut niveau).

« Je me lève le matin, je peux faire dix pas sans avoir mal »

Il y a eu une certaine lassitude ?

J’étais lassé d’avoir toujours mal quelque part. Là, je me lève le matin, je peux faire dix pas sans avoir mal. Je peux courir, faire du vélo, nager sans douleurs. C’est vraiment bien.

Aux 10 kilomètres de Parampuyre début septembre (Photo Bordeaux Athlé)

Aux 10 kilomètres de Parampuyre début septembre (Photo Bordeaux Athlé)

 

Quel est votre meilleur souvenir ? Votre demi-finale mondiale à Berlin en 2009 ?

Les Mondiaux de Berlin, c’était top. Je me suis qualifié avec 1’46’’4 (1’46’’48) : c’était l’année où Ghani Yalouz est arrivé, et où il avait un peu ouvert la sélection. Je bats mon record (1’46’’30) et je me qualifie pour les demi-finales, donc c‘est un super souvenir. Mais on ne réalise pas trop, on n’a rien à perdre, je ne savais pas trop ce que je faisais là. A la limite, j’étais peut-être un peu trop jeune pour en profiter car c’était ma toute première année.

Mon meilleur souvenir, c’est plus la coupe d’Europe à Stockholm. J’étais vraiment à ma place en équipe de France, je fais deuxième (en juin 2011 : 1’46’’70) alors que la course était un peu chaotique. J’étais en chambre avec Yoann Kowal. C’était un super souvenir, j’étais content d’être avec tout le monde, alors que je sortais d’une année pas facile en 2010 où j’avais décidé de quitter l’INSEP.

« Je me lève le matin, je peux faire dix pas sans avoir mal »

En tant que kiné, vous pouvez mettre à profit votre expérience d’athlète qui a côtoyé le haut niveau, comme avec Yoann Kowal en avril dernier (lire ici) ?

Même si je ne voulais pas me tenir trop près de l’athlétisme car le côte affectif peut être difficile à gérer –je connais beaucoup d’athlètes -, je me suis dit que c’était quand même dommage de ne pas mettre mon expérience personnelle aussi au service des autres.

Car quand on me parle d’une sensation, d’une certaine fatigue, ce sont des choses qui me parlent vraiment. C’est ce qui était bien avec Yoann aux Etats-Unis : on n’avait pas besoin de beaucoup discuter pour que je comprenne ce dont il me parlait.

Sinon, je m’investis depuis deux ans la FFA : je touche un peu à toutes les disciplines, j’ai encadré des compétitions au niveau régional et j’ai commencé l’an dernier à encadrer un stage avec les lanceurs ou les relayeurs de l’équipe de France, avant les Mondiaux.