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Jean-François Pontier explique le projet marathon lancé par la FFA

La FFA a profité du marathon de Paris pour officiellement lancer son projet marathon. Explications avec Jean-François Pontier, manager du hors stade auprès de la Fédération. 

Ce projet marathon a été lancé dans quel but ?

« Ce qu’il faut d’abord souligner, c’est que c’est une vraie chance pour le marathon. On a des moyens mis en place par la fédération qui sont importants, par rapport à ce que peut avoir une discipline en temps normal. Il faut que l’on puisse profiter de cette chance. Avec Philippe (Remond), on a fait un large tour des athlètes potentiels –c’est pour cela que l’on a tardé à publier la liste-, entre ceux qui ont déjà fait du marathon, ceux intéressés par le marathon, et “les candidatures spontanées“ attirées par l’odeur de l’argent. On a essayé de voir un peu tout le monde. On a un certain nombre d’apports de la fédération pour les athlètes : la possibilité d’avoir une dizaine à 12 semaines de stage dans l’année ; la possibilité d’avoir des aides matérielles, financières, un suivi médical. Les athlètes s’engagent à participer à un minimum de stages proposés, au moins deux stages dans l’année. On comprend bien que certains puissent avoir des impératifs, comme ceux qui travaillent ou qui ont des préparations un peu différentes. Ce n’est pas un projet sur l’année 2014, mais un projet à plus long terme : certains ne vont pas forcément faire le marathon à Zurich et peuvent avoir des logiques de préparation différentes. »

Combien y aura-t-il au total de stages dans l’année ?

« Quatre ou cinq ».

N’y a-t-il pas un risque que sur les 7 athlètes masculins ou féminins, il n’y en ait par exemple que deux sur un stage ?

« C’est possible oui. Mais on organise le stage suffisamment en amont pour que cela soit intéressant. Le prochain stage, c’est le stage de préparation aux championnats d’Europe. C’est un stage obligatoire, les athlètes qui font le marathon à Zurich seront donc présents. »

Quel est le budget global ?

« Il n’y a pas de budget fixe. Il y a des aides personnalisées, des aides pour les stages (qui existaient déjà avant le projet), des aides pour libérer les athlètes qui travaillent. C’est une somme de différents budgets. Il y a des moyens beaucoup plus importants par rapport à ce que l’on a habituellement. »

Il y a quand même une enveloppe globale, en additionnant toutes ces aides. Le chiffre de 200 000 euros avait été avancé dans L’Equipe ?

« Ça tourne autour de cette somme là. »

L’un des écueils est que certains athlètes courent « après le cachet » comme le soulignait le DTN Ghani Yalouz, au détriment des grands championnats. Les athlètes figurant dans ce projet seront-ils rémunérés ?

« Ils ne seront pas rémunérés dans le sens d’un salaire, mais l’un des objectifs est que les athlètes se préparent spécifiquement pour les grands championnats, et non pas pour des compétitions intermédiaires. On discute donc des moyens mis en place pour chacun, en fonction de la notoriété de chacun. C’est très individuel : la préparation de Christelle Daunay ne va pas être la même que la préparation d’Abdellatif Meftah. Les besoins de chacun ne seront pas les mêmes. Ce sont des discussions individuelles que l’on a avec les athlètes. On leur propose soit des stages supplémentaires, soit des prestations à faire avec la Fédération : participation à des colloques, participation à des compétitions type Ekiden de Paris. »

« Il y a 14 statuts différents »

Ces « prestations » se feront donc contre rémunération ?

« Ils amènent leur notoriété sur des compétitions, et en contrepartie, des aides financières leur seront attribuées. »

Tout est donc individualisé.

« Il y a 14 statuts différents. Une autre chose est très importante : les 14 noms aujourd’hui, ce ne seront pas les 14 mêmes noms du début à la fin du projet. Il y a des “montées et des descentes“ qui seront faites au moins une fois par an, voire plus en fonction de problématiques comme les blessures, le non respect d’un certain nombre de règles que l’on s’est fixées. On peut avoir des athlètes qui sortent soit d’eux mêmes, soit d’un commun accord, soit de la part de la fédération. D’autres athlètes peuvent intégrer le projet. Côté féminin, nos athlètes sont plutôt âgées. On essaie de faire évoluer ce fait à travers ce projet, pour que l’on ait des athlètes un petit peu plus jeunes. Progressivement, on va intégrer d’autres athlètes un peu plus jeunes pour la continuité du projet. »

Justement, a-t-il été difficile de convaincre de jeunes athlètes de monter, notamment au niveau féminin lorsqu’on regarde la moyenne d’âge (Carmen Oliveras : 43 ans ; Fatiha Klilech-Fauvel et Christelle Daunay, 39 ans ; Corinne Herbreteau-Cante : 38 ans ; Laurane Picoche : 28 ans et Patricia Laubertie : 25ans) ?

« Au contraire, la mise en place de ce projet a attiré beaucoup d’intérêt de la part des athlètes. Certains ont pris conscience qu’il ne fallait pas forcément attendre 35 ans pour monter sur marathon, et d’avoir fini sa carrière sur la piste. Sophie Duarte a l’intention de monter, Laurane Picoche a couru à Paris même si l’expérience n’est pas aussi concluante qu’espérée. Ce sont des filles qui ont des performances sur piste assez intéressantes et on doit continuer dans cette voie. Une des grosses différences avec le Japon, c’est aussi l’âge de nos athlètes. Lors du stage, le plus vieux des Japonais était plus jeune que notre plus jeune athlète (Benjamin Malaty, 27 ans). Ils montent très très rapidement sur semi-marathon et marathon. Les deux athlètes japonais présents au stage et qui ont fait les Mondiaux de semi avaient 20 et 21 ans. On peut se dire que ce n’est pas une bonne chose, mais on pense que nos athlètes tardent à monter sur marathon et ne sont plus ensuite dans des dispositions physiques suffisantes, n’ont pas suffisamment préparé leur montée. Si on prend l’expérience de Laurane –je n’ai cependant pas tous les éléments pour déterminer ça-, elle a sûrement fait une très bonne préparation, mais cette préparation doit se voir d’une manière plus globale, sur 6 mois, 1 an, deux ans. »

« On a intégré à l’intérieur des athlètes qui n’iront peut-être pas jusqu’en 2016 »

L’écueil n’est-il pas de « vider » la piste, où il y a déjà des difficultés sur 5 000 et 10 000 m, ou bien s’agit-il d’un choix délibéré de privilégier le marathon par rapport à la piste ?

« Il ne faut pas le voir comme ça. La question qu’il faut se poser, c’est : “est-ce que la meilleure performance de l’athlète, il peut la réussir sur 5 000, sur 10 000 ou sur marathon ?“ Si on pense que l’athlète a le plus de chances de réussir sur marathon, il ne faut pas qu’il attende 35 ans pour monter. Si on pense qu’il sera plus performant à l’échelle internationale sur 5 000, il ne faut pas lui dire de monter à tout prix. L’objectif est de voir à moyen terme la distance sur laquelle l’athlète a le plus de chances de réussir. Force est de constater que sur 5 000 et 10 000, on n’a pas plus de résultats que sur marathon. Peut-être que certains sont mal orientés. On souhaite intégrer dans le projet les athlètes qui ont un profil marathonien et qui doivent préparer ce passage le plus rapidement. »

Philippe Remond évoquait notamment Clémence Calvin, Morhad Amdouni ou Hassan Chahdi afin que ces derniers montent sur marathon.

« Ce sont trois exemples d’athlètes que l’on suit, qui ont un profil intéressant, et qui, semble t-il, peuvent s’orienter sur ce projet à moyen terme. »

Il va être plus compliqué d’attirer les athlètes vers une épreuve comme le 10 000 mètres, où les résultats sont plutôt faméliques…

« Il y a plein de raisons à la baisse des performances sur 10 000 mètres : il y a la multiplication des courses sur route. C’est plus facile d’aller faire un 10 km route qu’un 10 000 sur piste, une distance très difficile à préparer, avec peu d’espoirs d’échéances internationales. Pour les championnats d’Europe, les minima sont accessibles (28’30’’ pour les hommes, 32’45’’ pour les femmes). Je pense et j’espère qu’il y aura un petit peu plus de monde aux championnats de France (30 avril à Saint-Maur-des-Fossés). »

Il y aura des critères de résultats ?«

Forcément. Le critère principal de maintien ou d’accession au projet marathon, c’est quand même les performances. Ce critère est primordial. L’objectif est de faire des perfs. »

« Changer les mentalités sur marathon »

Pour les 14 athlètes qui figurent actuellement au sein du projet, l’objectif est-il bien in fine le marathon aux JO de Rio en 2016 ?

« A priori oui. On a intégré à l’intérieur des athlètes qui n’iront peut-être pas jusqu’en 2016. L’objectif premier était de constituer un groupe. A partir du moment où on fait un projet, il y a forcément des critiques qui naissent, car untel y est, l’autre pas. On était obligés de former un groupe avec l’existant. Je pense en particulier aux filles où l’on a une moyenne d’âge qui est élevée. Peut-être que certaines athlètes qui sont dans ce groupe n’ont pas les moyens physiques d’aller jusqu’en 2016. Mais elles servent aussi au fonctionnement du groupe, pour leur intérêt à eux et pour l’intérêt de la fédération. L’objectif principal étant tout de même les JO et au-delà : c’est-à-dire changer les mentalités sur l’entraînement marathon, sur l’accessibilité au marathon, c’est-à-dire de le faire suffisamment jeune pour être performant. »

Dans les athlètes présents et ceux qui seront ensuite susceptibles d’y entrer, il y a bien une motivation particulière pour le marathon ?

« Cela a été le critère principal –la participation au projet- pour la première année, car il faut que l’on réussisse ce projet là. »

N’y a-t-il pas un risque que certains en profitent ?

« Il y a forcément des risques. A partir du moment où tu fais des choix, tu prends forcément des risques. On assume ces choix. »

Abbellatif Meftah a fait les Mondiaux de semi, puis les 10 km à Dublin le 6 avril avant les France de 10 km ce week-end : on a l’impression qu’il court toujours autant que d’habitude.

« Il a fait toute une période où il a peu couru : il n’a fait que deux compètes entre fin janvier et les Monde de semi (inters et France de cross). Il va enchaîner deux ou trois compétitions car ce type d’athlète a besoin, soit financièrement, soit au niveau motivationnel, de participer à des compétitions. Il y a des périodes où c’est facile de lâcher la bride, et il y a des périodes où on lui demande d’être dans sa préparation. Au moment où il préparera les championnats d’Europe cet été, il ne fera pas de compétitions. »

Les athlètes dans le projet ne peuvent pas participer automatiquement aux championnats ?

« Forcément. Il n’y a pas de passe droit. Ce n’est pas parce qu’un athlète est sur le projet qu’il a un passe droit pour une sélection. Les modalités de sélection sont fixées indépendamment au projet. »

Les 14 athlètes :

Femmes. Christelle Daunay, Sophie Duarte, Corinne Herbreteau-Cante, Fatiha Klilech-Fauvel, Patricia Laubertie, Carmen Oliveras et Laurane Picoche.

Hommes. El Hassane Ben Lkhainouch, Jean-Damascène Habarurema, Ruben Iindongo, Benjamin Malaty, Abdellatif Meftah, Bouabdellah Tahri, James Kibocha Theuri.