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Jacqueline Gandar, athlète du week-end

ATHLETE DU WEEK-END. Jacqueline Gandar a pulvérisé le record de France espoir du semi-marathon en réalisant 1h11’21’’ dimanche 13 mars. 

Une Jacqueline Gandar peut en cacher une autre. La Jacqueline Gandar crosswomen s’était montrée épatante dans le cloaque manceau il y a une semaine, en devenant vice-championne de France sur le long, sur un parcours qui seyait à son profil, caressant la boue là où d’autres la rudoyaient. Quoique. « J’aime bien la boue mais là, pfff Je me disais vivement que ça soit fini (sur la petite boucle, particulièrement boueuse) ! » souriait la fondeuse coachée par Jean-Jacques Nouet.

Souvent, l’effort d’un France de cross peut s’apparenter à un semi-marathon (surtout chez les hommes, avec près de 12 km). Sauf que les vitesses moyennes au Mans furent impactées par des conditions de courses abruptes. Et repasser sur le macadam une semaine plus tard ne fut pas chose aisée pour pléthore de coureurs, comme l’ont prouvé les résultats hors stade du week-end (lire ici).

Exception faîte de la Jacqueline Gandar « routarde », qui avait déjà prouvé ses talents sur le macadam en s’emparant en octobre dernier du record de France espoir sur 10 km (33’13’’). Car la Havraise a signé hier une sacrée performance au semi-marathon de St Pierre les Elboeuf (Seine-Maritime), en pulvérisant de quatre minutes le record de France espoir (1h15’25’’ par Valérie Duvialiard en 1995) tout en réalisant les minima pour les championnats du Monde de Cardiff (samedi 26 mars, dans moins de deux semaines).

 « Je ne réalise pas encore »

Chrono final : 1h11’21’’, soit la 7e performance français tous temps (à égalité avec Annette Sergent). Le tout à 21 ans, pour le deuxième semi de sa carrière (1h17’21’’ à Udine en septembre 2014).

« Je ne m’y attendais pas du tout. Je me suis vraiment plaisir.  Les sensations étaient de mieux en mieux au fil de la course, sauf à partir du 16e où j’ai commencé à lutter. Je n’avais pas vraiment de chronos en tête. Je me doutais que j’avais progressé, on l’avait bien préparé, avec pas mal de bornes. Le stage au Portugal (en janvier) s’était très bien passé et ça s’est ensuite bien enchaîné. Mon coach m’avait dit de partir sur des bases de 3’35’’ (bases 1h15), tout en adaptant en fonction de me sensations. Je suis tout de suite allée plus vite que prévu. Et il y avait aussi un groupe devant, et comme les sensations étaient là, c’était super » glisse Jacqueline Gandar, actuellement stage à l’INRA au Magneraud (Charente-Maritime), dans la partie dévolue à la colonisation des abeilles.

Jean-Jacques Nouet : « Elle a vraiment franchi un palier dans l’intelligence de course »

« Je craignais surtout la récupération après les France. Mais j’avais eu de bons conseils, pour me freiner à l’entraînement cette semaine-là et ne pas profiter de mes bonnes sensations » poursuit celle qui a toujours souligné son appétence pour les longues distances, et particulièrement le semi-marathon. « J’adore les footings longs, 1h10’ – 1h15’ (voire 1h30’ cet hiver), partir aux sensations, et les fartleks longs pour préparer les cross » nous disait-elle il y a tout juste un an.

Cross et route, Jacqueline Gandar enjambe les différents terrains

Cross et route, Jacqueline Gandar enjambe les différents terrains

Son chrono semble en outre perfectible, puisque le vent « soufflait fort sur les bords de Seine, rendant difficile une épreuve par ailleurs très roulante » relève le journaliste de Paris-Normandie. Toujours cité par Paris-Normandie, Jean-Jacques Nouet développe : « Cela nous montre qu’elle peut faire encore mieux. Là, c’était compliqué pour elle de partir sur un temps de référence, même si on savait qu’elle pouvait battre le record. Elle a vraiment franchi un palier dans l’intelligence de course, elle ne se pose pas de questions quand elle est lancée, ne se préoccupe pas de savoir quel chrono elle est en train de faire, qui est l’athlète qu’elle double. C’est sa force. Elle a parfois l’impression de planer, mais laissez-la tranquille et ça viendra tout seul. S’ils comprennent ça au niveau fédéral, elle offrira beaucoup de satisfactions à l’équipe de France ».

Jacqueline Gandar reprend : « Je ne réalise pas vraiment le chrono. Je sens que l’on a franchi un cap cette saison. On sentait que ça se passait bien à l’entraînement. Mais j’arrive aussi à mieux aborder les compétitions suite aux Europe. J’ai compris ce qui n’allait pas. Je me sens très relâchée ».

Pas de Mondiaux de semi

Il n’y aura toutefois pas de Mondiaux de semi-marathon. « J’ai expliqué à la fédération qu’il valait mieux la ménager pour qu’elle soit efficace des années durant. Il vaut mieux préparer les championnats d’Europe de cet été » soulignait à Paris-Normandie Jean-Jacques Nouet.

(Très) sage décision après un enchaînement 10 km cet automne – Europe de cross – France de cross (plus régionaux et inters) – semi-marathon, d’autant que la championne de France 2015 du 10 km a déjà contracté une fracture de fatigue il y a un peu plus de deux ans… dans la foulée de ses débuts sur semi-marathon (elle avait enchaîné durant les semaines suivantes avec deux courses sur piste et un dix bornes).

Photo France Cross 2016-91

Dommage, elle aurait pu d’ores et déjà emmagasiner de l’expérience (1) mais Jacqueline Gandar a cependant tout l’avenir devant elle.

« Ça n’a pas été facile. Je suis persuadée que ça aurait été une super expérience. Si j’avais décidée toute seule, je n’aurais peut-être pas pris le temps de réfléchir et j’aurais tout de suite dit oui. J’en ai beaucoup parlé avec mon entraîneur et mes proches. Enchaîner deux semis en quinze jours –et pas à moitié- ça fait beaucoup et ça risque de nuire à la suite de la saison estivale. Le choix n’a pas été facile, surtout qu’il a fallu le faire en quelques heures, mais je ne le regrette pas » expose t-elle.

Sa première sélection en équipe de France senior l’attend selon toute vraisemblance début juillet à l’occasion des championnats d’Europe à Amsterdam (où le semi remplace le marathon, année olympique oblige).

Son programme estival devrait donc être bouleversé, mais « je vais faire dans tous les cas de la piste (5 000 m, et peut-être un 10 000), c’est très important pour progresser ». Mais avant, Jacqueline Gandar va pouvoir savourer une coupure bien méritée !

(1) A ce titre, il n’aurait pas été inutile que les minima pour les championnats du Monde de Cardiff aient été dévoilés au printemps 2015, ce qui aurait par exemple pu permettre à Jacqueline Gandar (et d’autres !) de préparer un semi-marathon à l’automne 2015, et, le cas échéant, réaliser les minima et adapter la programmation pour se préparer sereinement pour les championnats du Monde le 26 mars…

Texte : Quentin Guillon.

Photos : Yves-Marie Quemener.