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Grégory Beugnet athlète du week-end

Le chrono est peut-être passé inaperçu, mais Grégory Beugnet a réalisé 30’53’’ lors des 10 kilomètres de Valenciennes dimanche 24 avril (14e). A deux minutes de son record personnel (28’57’’ en 2012 à Nice), direz-vous ? Oui, sauf que l’international tricolore ne peut (toujours) pas courir en pleine possession de ses moyens.

On dit souvent que le chemin qui mène à la performance est plus important que la performance elle-même (l’acteur Jacques Gamblin en parle d’ailleurs dans la longue interview qu’il nous a accordée dans la nouvelle formule de VO2 Run).

Pour certains, le chemin est particulièrement tortueux et semé de multiples chausse-trappes. A l’image de Grégory Beugnet, fauché en pleine progression après les Mondiaux indoor 2012 à Istanbul suivi d’une sélection aux championnats d’Europe à Helsinki sur 1 500 m –il figurait cette année-là au troisième rang national sur la distance, en 3’36’’46 (record personnel), derrière la comète Jamale Aaarass et Yoann Kowal.

En 2013, premier coup d’arrêt, avec une désinsertion partielle du tendon d’Achille gauche (lire ici) contractée en stage en Afrique du Sud, blessure aussi liée au syndrome d’Haglund. « Quand il y a une inflammation du tendon, il s’épaissit. Et c’est venu frotter sur l’excroissance osseuse » expliquait alors l’athlète coaché par Jean-Pierre Watelle.

Il reprend fin juillet 2013, mais se fissure le tendon d’Achille droit en fin d’année alors que la forme était revenue. Il alterna alors constamment entre probantes reprises de l’entraînement et douleurs récurrentes, entravant in fine sa progression.

« J’ai dû faire trois-quatre séances mais à chaque fois, j’avais du mal à poser le pied le lendemain »

C’est ainsi qu’il réalisa 1h06’12’’ au semi-marathon de Dunkerque à la mi-mars 2014, « pas sur une jambe, mais ça sifflait encore et ça m’empêchait de vraiment pouvoir courir normalement » sourit-il.

Le tendon ne supporte finalement pas les charges de travail et Grégory Beugnet tente le PRP (plasma enrichi en plaquette) à l’été 2014 – c’est ainsi que Yohan Durand avait résolu ce même problème. Sans réussite. Plutôt réticent au départ, certains spécialistes consultés mettant un voile sur un retour au plus haut niveau, il se résout en dernier recours à se faire opérer de ce fameux syndrome d’Haglund en avril 2015, année où il n’épingle aucun dossard.

Ça fonctionne. « Je ne regrette pas, car je n’ai plus aucune douleur au tendon gauche. Et malgré une opération comme ça, il y a possibilité de revenir ». Sauf que le droit s’est mis à hurler…

« Comme c’est bilatéral, j’ai le syndrome d’Haglund à droite. Là, j’ai par exemple une bursite qui est liée à ce conflit entre l’os et le tendon. Ce qui fait que je suis toujours plus ou moins embêté » signale celui qui bosse chez Décathlon 25 heures par semaine depuis mars 2015 –il est également ambassadeur Kalenji depuis le mois dernier.

Aux Mondiaux indoor à Istanbul en 2012 (Photo Gilles Bertrand)

Aux Mondiaux indoor à Istanbul en 2012 (Photo Gilles Bertrand)

« J’ai un entraînement structuré depuis janvier. Pour moi, ça veut dire 80% de vélo et 20% de course à pied ». Il met ainsi son VTT sur home trainer pour des séances (fartlecks, etc…) qui durent une heure maxi.

« Je ne suis pas trop fan du VTT sur des chemins techniques, et un vélo de route coute un peu cher. Mais je vais m’en acheter un prochainement. Si tu fais une sortie route, tu vois quand même les paysages, comme sur un footing, c’est quand même plus plaisant. Même si ici, il ne fait pas beau » se marre celui qui tente, subrepticement, de remettre les pieds sur la piste. « J’ai dû faire trois-quatre séances depuis janvier mais à chaque fois, j’avais du mal à poser le pied le lendemain ».

C’est pourquoi Grégory Beugnet songe à se faire opérer du tendon droit, cette fois-ci. En attendant, il se concentre sur le 10 km, moins traumatisant que le 1 500 m, avec l’ambition de descendre sous les 30’, en jonglant avec ses soucis physiques.

« J’aimerais bien faire un retour sur 1 500 »

Il a remis pour la première fois un dossard le 27 mars dernier, pour le 10 bornes de sa ville, où il s’est imposé en 32’34’’. « Même si je partais sur moins de 33’, je ne savais vraiment pas où je me situais ».

Le 17 avril, à la route du Louvre, le chrono se bloqua à 32’13’’. « Mon entraîneur m’avait dit que j’allais faire une minute de moins sur un parcours roulant. C’est pour ça que je suis allé à Valenciennes, pour essayer de passer sous les 31’ ».

Contrat rempli dimanche dernier. «  Au niveau des sensations, ça revient bien. Mais comme je fais toutes mes séances de fractionné sur le vélo, je n’ai aucun repère chronométrique sur ma valeur pédestre. Je suis  quand même content car je ne m’entraîne qu’une à deux fois par semaine en course à pied (pour des footings actifs, à 15, 16, 17 voire 18 à l’heure) » glisse Grégory Beugnet, 28 ans et dont les espoirs de briller sur le tartan ne sont cependant pas dissipés, s’il décidait de se faire opérer. « Actuellement, ce n’est pas envisageable de mettre le pointes avec l’état de mon tendon. En cas d’opération, j’aimerais bien faire un retour sur 1 500, si je suis tranquille au niveau des tendons. C’est ma distance favorite ».

D’ici là, il est prêt à se mouvoir sur le home trainer, comme le lendemain de Valenciennes pour une heure de récup, même si la « lassitude s’installe. Ce qui me fruste le plus, c’est de ne pas pouvoir m’entraîner comme je veux en course à pied, 7 à 10 fois par semaine. Le home trainer pour garder la forme, je m’en passerais. Mais bon, comme c’est le seul moyen… Six entraînements par semaine pour m’entretenir, c’est le minimum pour moi » déplore Grégory Beugnet, que l’on ne sent pas pour autant las.

L’étroit chemin est poinçonné d’obstacles –et de cicatrices, surtout. Mais la satisfaction n’en sera que plus grande lorsqu’il sera arrivé sur la voie rapide…

Texte : Quentin Guillon.

Photo de une : Facebook Grégory Beugnet.