->
VO2
VO2 RUN - Le magazine de toutes les courses à pied !

Ghebreslassie, prénom Ghirmay

Un Ghebreslassie peut en cacher un autre. Le (presque) homonyme d’Haile Gebrselassie, quadruple champion du monde, double champion olympique du 10 000 m et ex recordman du Monde du marathon, a remporté un marathon surprenant à bien des égards.

Ce samedi matin, ce n’était pas un temps à mettre un demi-fondeur dehors. Enfin, ça dépend pour qui. « Les conditions me convenaient parfaitement » a expliqué le vainqueur érythréen. A 7h35’ au départ à Yongdingmen Gate, il faisait pourtant déjà une chaleur étouffante à l’occasion de l’épreuve d’ouverture de ces Mondiaux – le marathon masculin arrive à l’accoutumée en fin de programme.

Chose rare– les meilleurs préféraient ces dernières années les marathons automnaux plus lucratifs- ce 42,195 km ne manquait pas de sel, avec l’actuel recordman du Monde Dennis Kimetto et ses stratosphériques 2h02’57’’, son prédécesseur, Wilson Kipsang, sans oublier le champion olympique et du Monde sortant Stephen Kiprotich, ainsi que des Ethiopiens de renom, à l’instar de Lelisa Delisa (2h04’45’’) ou Berhanu Lemi (2h05’28’’), qui avait impressionné le coach italien Renato Canova à Dubaï.

Ce dernier, à quelques instants du départ, distillait ses conseils à Wilson Kipsang, médaillé d’argent aux Jeux Olympiques à Londres en 2012. En somme, lui a-t-il dit, ne pas se focaliser sur le chrono mais bien sur la place : seule celle-ci compte.

Wilson Kipsang et Renato Canova (Photo Q.G)

Wilson Kipsang et Renato Canova (Photo Q.G)

Il en profitait pour livrer son pronostic : 1) Wilson Kipsang 2) Dennis Kimetto 3) un match entre Desisa, Leli et Stephen Kiprotich. Canova plaçait Kimetto en deuxième position, expliquant qu’il n’est pas au top de sa forme (mais pas blessé). On a bien fait de ne pas miser d’argent…

Car le scénario de la course a mis en scène des protagonistes complètement inattendus. Parti sur un tempo éloigné des standards habituels, plus humain dirons-nous que ce que nous étions habitués à voir ces derniers temps (31’51’’ aux 10 km ; 1h06’55’’ au semi), personne n’a emballé l’épreuve comme il y a sept ans lors des JO de Pékin, où Samuel Wanjiru, dans des conditions similaires à celles de ce samedi 22 août, s’était imposé en un improbable 2h06’32’’.

La débâcle kényane

Kimetto prit un éclat après le 25e km, passant avec 3’18’’ de retard sur le tard de course au 30e avant d’abandonner. La tête de course était alors emmenée par l’inconnu coureur du Lesotho Tsepo Mathibelle, devant l’Italien Ruggero Pertile, qui avait allumé la première mèche quelques hectomètres plus tôt avec son compatriote et champion d’Europe Daniele Meucci.

A une vingtaine de secondes du duo, une douzaine de coureurs étaient en lice pour la victoire, Wilson Kipsang inclut. Mais l’ex recordman du Monde, si prompt à placer des démarrages foudroyants à partir du 30e (comme à Berlin en 2013, lire ici), sombra et abandonna étrangement avant le 35e. La lutte antidopage fonctionnerait-elle ?

Au final, c’est un trio déconcertant qui est monté sur le premier podium de ces championnats du Monde : Ghirmay Ghebreslassie (2h12’27’’), l’Ethiopien Yemane Tsegay (2h13’07’’) et l’Ougandais Munyo Solomon Mutai (2h13’29’’), alors que l’Italien Ruggero Pertile s’est adjugé, à 41 ans, la 4e place, là aussi un résultat inattendu. Stephen Kiprotich a terminé 6e, devant Lelisa Desisa et Daniel Meucci. Et stupeur, aucun Kényan dans les dix premiers ! Le seul qui a achevé l’épreuve, Mark Korir, s’est en effet classé 22e en 2h21’19’’ !

Pire qu’en 2013 où Peter Some avait pris la 9e place, alors que les meilleurs n’avaient pas été envoyés ! Il faut en fait remonter à 1997 pour trouver trace d’un top 10 où ne figure aucun Kényan.

Image exclusive, les Kényans aux trois premières places...quelques secondes après le départ (Photo Q.G)

Image exclusive, les Kényans aux trois premières places…quelques secondes après le départ (Photo Q.G)

Une épreuve déroutante en tous points, donc, à l’image de ces marathoniens  qui arrivaient au Nid d’Oiseau par l’une des portes de l’écrin chinois, et parcouraient les cent derniers mètres sur le tartan. La plupart ne se sont pas arrêtés sitôt la ligne d’arrivée franchie, (il n’y avait pas d’officiel ni de ruban pour la signifier), croyant qu’il restait un tour, à l’instar de Ghirmay Ghebreslassie, qui a poursuivi une vingtaine de mètres avant d’être stoppé par un membre de l’organisation.

Scènes similaires, au fur et à mesure des arrivées, où  ce sont parfois les heptathloniennes, à l’échauffement à la hauteur et placées dans le virage (cinquante mètres après la ligne) qui ont stoppé quelques concurrents. Jusqu’à ce que deux marathoniens, à 2h25’ passés, aveuglés sans doute par la fatigue, ne poursuivent leur effort jusqu’au virage du 200 mètres, avant de stopper au niveau du tapis de perche ! Ils peuvent porter réclamation : ils ont parcours 42,395 km…Cocasse, ou pathétique, c’est selon.

Si les Chinois sont extrêmement rigides sur certains points (contrôles stricts aux entrées du stade, piste et pelouse passés au peigne fin par une soixantaine de militaires au garde à vous à l’issue de la première session matinale, en vue de la préparation de la cérémonie d’ouverture), ces déficiences de l’organisation s’avèrent surprenants…et pas dignes d’un Mondial.

Yemane Tsegay, 2e (Photo Q.G)

Yemane Tsegay, 2e (Photo Q.G)

C’est donc l’Erythréen Ghirmay Ghebreslassie qui s’est imposé, à 19 ans (officiellement). « J’ai fait ce que j’avais prévu de faire » a commenté dans un anglais correct celui qui disputait son 3e marathon (il fut lièvre jusqu’au 30e km à Chicago en 2014 où il avait tout de même fini en 2h09’08’’, 2h07’47’’à Hambourg en avril dernier).

Ses parents l’avaient incité à se concentrer ses études pour son avenir. « Quand j’ai commencé  à leur montrer ce que j’étais capable de faire  en athlétisme, ils m’ont ensuite soutenu » a indiqué celui qui est « drivé » par Jos Hermens, patron de Global Sports Communication, et qui a managé la carrière d’Haile Gebrselassie et Kenenisa Bekele.

« Ça fait deux ans qu’on travaille avec lui. Il a commencé avec le semi-marathon car il était jeune. Il avait beaucoup de potentiel (1h00’09’’ en 2013, ndlr). On savait qu’il était en bonne forme mais on ne s’attendait honnêtement pas à ce qu’il gagne ».

Les athlètes de Global Sports Communication sont répartis en deux catégories sur le site internet de la société : ceux qui ont le plus de succès et les jeunes talents. Ghebreslassie fait partie de la seconde. Faisait, désormais.

Les résultats du marathon : cliquez-ici.