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Florian Geffrouais : « Je suis repassé dans le jeu »  

Double champion de France du décathlon (2010 et 2014), Florian Geffrouais, 26 ans, raconte le concept du « Déca 1 heure » disputé pour la première fois à Montpellier il y près de 15 jours. Et évoque son approche de sa passion et ses objectifs de la saison, avec en point d’orgue les championnats du Monde de Pékin (22-30 août). 

Comment s’est déroulé ce « Déca 1 heure » (2e avec 7 173 points) ?

C’était un peu chaud car je suis arrivé un peu en retard. J’ai dû faire un échauffement en speed et j’ai vraiment enchaîné. A partir du départ du 100 mètres, le chrono est lancé et il faut être au départ du 1 500 mètres au maximum une heure après. L’épreuve se déroule en duel, et j’étais avec Eelco Sintnicolaas (vice-champion d’Europe 2010 et champion d’Europe indoor 2013 ; il s’est imposé avec 1 376 points, ndlr).

On gère notre temps comme on veut. Je n’ai pas eu trop de réussite sur les sauts qui prennent pas mal de temps : j’ai fait trois sauts en longueur, contre deux à Sintnicolaas ; j’ai aussi fait trois jets au poids, alors qu’il faut gérer les récupérations entre les épreuves comme on peut.

Physiquement, ça doit être intense, non ?

C’est assez éprouvant car ça n’arrête pas du début à la fin. On est bien content de terminer, mais ça reste moins éprouvant qu’un décathlon sur deux jours.

Ah oui !?

Oui, car sur deux jours, il faut à chaque fois se “rééchauffer“. Il y  également l’aspect mental de la discipline : il faut rester concentré pendant 48 heures. Un décathlon en une heure, tu mets un ou deux jours à récupérer ; en deux jours, il faut une semaine.

« On n’a pas le temps de se poser des questions »

 

Il y a des choses qui peuvent être utiles sur un déca normal ?

Parfois, il y a des très bonnes performances qui sortent, sans qu’on y soit préparé. Car justement, et c’est ce qui est pas mal, c’est qu’on n’a pas le temps de se poser des questions. Il faut enchaîner vite, et on se rend compte des fois qu’on est capable de faire de bonnes choses sans qu’on s’y attende. Ça rassure sur un certain nombre d’épreuves.

Aux France Elite à Reims en 2014 où Florian Geffrouais a glané son deuxième titre national en plein air - Photo Yves-Marie Quemener

Aux France Elite à Reims en 2014 où Florian Geffrouais a glané son deuxième titre national en plein air – Photo Yves-Marie Quemener

Le public est venu ?

Oui, on a été surpris. Il devait y avoir des primes, tout ça, mais au dernier moment, un sponsor s’était désisté. Donc Jean-Yves Cochand (également manager national des épreuves combinées) et Bertrand Valcin, qui géraient ça, avaient laissé un peu tomber et n’avaient pas fait la promo. Mais il y avait quand même pas mal de gens qui sont venus voir et soutenir, plus que sur des décathlons en deux jours. Je pense que le fait que ça se passe en une heure fait venir les gens : c’est plus simple à voir et peut-être aussi plus impressionnant. Les gens ont bien apprécié.

Excepté le Décastar à Talence, les épreuves combinées sont davantage dans l’ombre que certaines autres disciplines. Il y a de plus en plus de propositions pour faire évoluer l’athlétisme (lire ici ; Sebastian Coe en fait également un de ses piliers pour développer en vue d’accéder à la présidence de l’IAAF). Ce type d’initiative peut-il être dupliqué pour attirer un public a priori pas averti ?

Oui, c’est sûr, c’est ce que je me suis dit. En période de préparation ou même après les grands championnats, ça peut-être une bonne orientation, d’autant que ça reste un excellent entraînement.

Le week-end dernier, vous avez disputé votre premier décathlon « traditionnel » (7 764 pts). Quel bilan en avez-vous tiré ?

La première journée s’est bien passée mais je manquais d’un peu de fraîcheur sur la deuxième. On sortait de deux trois semaines de stage donc j’étais un peu fatigué. Il y a plein de points positifs pour la suite, notamment sur les épreuves de la première journée. C’était un déca d’entraînement que l’on n’avait pas du tout préparé.

« Je suis revenu sur les motivations intrinsèques de gamin »

 

Vous enchaînez avec le meeting de Götzis (en Autriche) fin mai ?

Oui, il y aura tous les meilleurs mondiaux, comme Ashton Eaton (recordman du Monde ; champion du Monde et olympique, ndlr) etc… C’est un peu les championnats du Monde avant l’heure.

Avec l’objectif de réaliser les minima pour les championnats du Monde (8 120 points) ?

Voilà. Et essayer de bien me classer dans ce meeting. Derrière, l’objectif sera de faire la coupe d’Europe (des épreuves combinées, à Aubagne les 4 et 5 juillet). C’est une compétition par équipes, tu portes le maillot de l’équipe de France et c’est toujours sympa de concourir contre les autres nations.

Vous aviez dit l’an passé que vous étiez capable de passer les 8 300 points mais que « mentalement ça bloquait ». Qu’est ce qui vous freine ou freinait ?

Ça a justement commencé à se débloquer l’an passé où j’ai réussi à battre mon record perso avec une contre-performance à la perche (champion de France à Reims avec 8 164 points ; 4,60 m à la perche ; record à 5,05 m).

Je me suis entraîné à Montpellier jusqu’en 2010 et ça me réussissait très bien. Et je suis ensuite parti m’entraîner en Nouvelle-Calédonie –j’y suis encore les deux tiers de l’année-, avec un entraîneur avec qui ça ne marchait pas (jusqu’en 2013).

Florian Geffrouais, au caractère toujours enjoué - Photo Yves-Marie Quemener

Florian Geffrouais, au caractère toujours enjoué – Photo Yves-Marie Quemener

Et le déclic de changer d’entraîneur et de revenir avec Jean-Yves Cochand (qui l’avait coaché de 2007 à 2010, ndlr) m’a remis dans une bonne dynamique et ça marche très bien.

Je mettais mis un peu la pression en commençant à faire du haut niveau. J’avais un entraîneur qui m’avait poussé dans une orientation qui n’était pas la mienne, trop professionnelle, là où j’avais besoin de jouer.

J’ai beaucoup réfléchi là-dessus et je suis revenu à mes premières motivations, à savoir faire de l’athlé, me faire plaisir comme un gamin.

J’ai eu une rupture totale du tendon du pectoral gauche en octobre dernier. J’ai eu la plus grosse blessure de ma carrière et je pensais que ça serait compliqué cette année. Mais en fait je n’ai jamais été aussi fort. J’ai totalement revu ma façon de pratiquer mon sport. Je suis revenu sur les motivations intrinsèques de gamin et ça réussit bien pour l’instant en ce début de saison.

« Mon sport était en fait devenu une prise de tête, là où ça avait toujours été un plaisir »

 

Vous étiez trop concentré sur la performance et les résultats ?

Je suis sérieux tout en… (Il hésite) Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Mon sport était en fait devenu une prise de tête, là où ça avait toujours été un plaisir et où ça avait toujours marché. Le fait de surveiller l’alimentation, la récupération etc… alors que j’ai toujours été quelqu’un de très festif, au final, je n’étais plus bien. Et ça ne marchait pas.

Là, je suis repassé dans le jeu : j’adore aller sur les stades, en compétition. Et les résultats sont prometteurs.

Vous faites quoi en Nouvelle-Calédonie ?

Je suis enseignant d’EPS. Je suis détaché de l’éducation nationale là-bas, et j’organise en fait des compétitions sportives, comme des championnats territoriaux de football, de basket, d’athlétisme. Je collabore avec l’ensemble des enseignants de Nouméa pour organiser les compétitions les plus sympas possibles pour les gamins.

J’ai une bonne partie de ma vie là-bas, avec ma chérie et mon chien (rires). J’y suis de septembre à avril et je reviens ensuite Montpellier pour les compétitions, jusqu’en août.

Le 1 500 m aux France Elite à Reims en juillet dernier - Photo Yves-Marie Quemener

Le 1 500 m aux France Elite à Reims en juillet dernier – Photo Yves-Marie Quemener

J’ai deux entraîneurs là-bas, qui m’épaulent sur les lancers et le 400 m. Derrière, je m’entraîne en grande part en autonomie. Mais Jean-Yves et Kévin (Mayer) sont venus en Nouvelle-Calédonie en stage au mois de décembre. On essaie de créer de plus en plus de rapprochements pendant cette période.

« Je n’ai jamais été aussi fort dans tous les aspects, physique, mental et technique »

 

L’athlé en Nouvelle-Calédonie, c’est développé ?

Pas trop. Il y a de supers infrastructures mais ce n’est plus trop le sport à la mode. C’est le plus le kitesurf et le surf qui sont rois. Dans mon club (Club Athlétique Jules Garnier), si on est 50 licenciés, c’est le bout du monde (rires).

Vous êtes deux fois champion de France (2010 et 2014) : que vous manque t-il pour être à votre meilleur niveau sur les grands championnats, comme accéder à une place de finaliste aux Europe (16e à Barcelone en 2010, 13e à Zurich en 2014) et un top 12 par exemple au niveau mondial ?

J’espère bien qu’il ne me manque plus rien (rires). Ça devrait le faire cette saison. J’ai tout mis en place et il n’y aucune raison pour que ça ne le fasse pas. Je n’ai jamais été aussi fort dans tous les aspects, physique, mental et technique. Je suis confiant.