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« Pas juste de ne se focaliser que sur la Russie » ; la pression sur Coe

Les conséquences des révélations d’un dopage organisé en Russie, avec l’implication des plus hautes sphères de l’IAAF, mis en lumière par le rapport de la commission indépendante (CI) de l’AMA, saisie en décembre 2014 après le reportage du journaliste allemand Hajo Seppelt, continuent de secouer l’athlétisme mondial. 

Une phrase avait particulièrement retenue l’attention. « Ce n’est que la pointe de l’iceberg ; la Russie et l’athlétisme ne sont pas les seuls à avoir un problème avec le dopage » avait indiqué lundi 9 novembre lors de la conférence de presse présentant l’accablant rapport (vidéo ci-dessous) Dick Pound, président de la commission d’enquête de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) –il  fut aussi président de l’AMA de 1999 à 2007 et qui fut l’avocat de Ben Johnson après son contrôle positif aux stéroïdes à Séoul en 1988.

https://youtu.be/306v-aDQ4w8

Andreï Baranov, l’agent russe de la marathonienne Lilya Shobukhova, avait déposé une plainte auprès de la commission d’éthique de l’IAAF en 2014, en expliquant la manière dont des dirigeants de la Fédération russe d’athlétisme (ARAF) avait tenté de blanchir la marathonienne, après des anomalies présentées sur son passeport biologique, en échange de 450 000 euros. Le conseiller juridique de l’IAAF Habib Cissé, celui qui était alors trésorier de l’IAAF et président de l’ARAF Valentin Balakhnichev et Papa Massata –fils de Lamine Diack-, conseiller en marketing de l’IAAF, avaient été mis en cause (lire ici et ).

Baranov a trouvé injuste que seule la Russie se trouve au centre du scandale, selon des propos rapportés par le quotidien britannique The Guardian.

« Ce n’est pas juste de se focaliser uniquement sur la Russie. Il devrait y avoir des enquêtes similaires dans des pays comme le Kenya ou l’Ethiopie. Leurs meilleurs athlètes gagnent beaucoup plus que les Russes, alors que le niveau de contrôles est faible ». Le Kenya a pour la première fois terminé en tête du tableau des médailles lors des Mondiaux de Moscou l’été dernier, alors que le Kénya pourrait être épinglé par un autre rapport d’ici la fin de l’année.

Un médecin Français dans la tourmente

Baranov pense que la Russie doit dans un premier temps avoir la possibilité de prendre seule des mesures. « Je suis 100% d’accord avec l’AMA : les choses doivent changer. Mais la Russie a un nouveau président de fédération et un nouvel entraîneur principal (le champion olympique 2004 du 800 m Yuri Borzakovski). Ils font de leur mieux pour nettoyer le sport. Ce n’est peut-être pas aussi rapide que certains le voudraient mais de nouvelles et ambitieuses personnes sont au pouvoir » a-t-il poursuivi, mettant également l’accent sur le deux poids – deux mesures entre le traitement réservé à la Russie et celui appliqué à l’IAAF.

« Lamine Diack, l’ex président de l’IAAF, est sous le coup d’une enquête de la police (lire ici). Mais pourquoi personne ne réclame la suspension de l’IAAF jusqu’à ce qu’elle prouve qu’elle est clean ? »

Mardi 10 novembre, l’AMA a de son côté annoncé la suspension immédiate de l’accréditation du laboratoire de Moscou (lire ici).

Alors que l’ancien responsable de la lutte antidopage à l’IAAF (de 1994 à l’automne 2014), le Français Gabrielle Dollé est actuellement lui aussi dans la tourmente. Dans la foulée de sa mis en examen pour corruption passive le 5 novembre dernier (de même que l’ancien président de l’IAAF Lamine Diack ainsi que son conseiller juridique Habib Cissé), L’Express a révélé que 87 000 euros en espèces avait été retrouvé à son domicile lors d’une perquisition début novembre.

Question à Sebastian Coe : « Ou vous vous êtes assoupi au volant, ou vous êtes corrompu ? 

Enfin, la pression s’intensifie très fortement sur Sebastian Coe, qui a pris la succession de Lamine Diack à la tête de l’IAAF fin août.

Le double champion olympique du 1 500 m s’est fait sérieusement tancé lors d’une interview sur la chaîne américaine Channel Four, par le journaliste John Snow. « Vous avez été vice-président de l’IAAF depuis 2007 et vous n’aviez aucune idée de ce qui s’est passé. Ou vous vous êtes assoupi au volant, ou vous êtes corrompu ? »

https://youtu.be/oBg6-_wrsOQ

« Ma responsabilité aujourd’hui est de rendre ce sport transparent » a tenté de se défendre Lord Coe, alors que certains médias britanniques lui reprochent ses éloges trop prononcées à l’égard de Lamine Diack (notamment lors de la conférence de presse clôturant les Mondiaux de Pékin -photo ci-dessous- où il avait qualifié Diack de « leader spirituel ») et le pressent de cesser sa collaboration avec Nike (il est conseiller pour la marque à la virgule).

Photo Getty Images for IAAF

Photo Getty Images for IAAF

Le Guardian rapporte les propos du journaliste allemand Hajo Seppelt. Selon lui, Coe s’escrime « davantage à protéger la réputation de l’IAAF que de s’attaquer aux problèmes très sérieux en athlétisme ».

Le Britannique, acculé, a l’opportunité de prouver le contraire. D’ores et déjà, les 27 membres du Conseil de l’IAAF de réuniront vendredi par téléconférence pour décider de la suspension ou non de la Russie de toutes les compétitions internationales – comme souhaitée par la commission indépendante de l’AMA (l’AMA, en déclarant la Russie en non conformité avec le code mondial antidopage, peut aussi interdire les athlètes russes de concourir).

Suspension de la Russie ou pas, ce ne sera pas assez pour restaurer la crédibilité de l’athlétisme mondial.

Photo de une : Photo Getty Images for IAAF.