->
VO2
VO2 RUN - Le magazine de toutes les courses à pied !

Europe de cross : présentation chez les jeunes

Les juniors masculins ont les moyens de défendre leur titre acquis l’an dernier, alors que les espoirs (3e en 2012 et 4e l’an passé) sont en capacité de monter sur le podium. Les juniors féminines, emmenées par Cassandre Beaugrand, seront aussi à suivre avec attention. Le point avec Laurence Vivier, chargé du suivi jeune à la FFA depuis 2008.

Ces championnats d’Europe s’annoncent passionnants du côté des jeunes. Trois équipes seront en lice côté français dans ces catégories (voir la sélection complète ici) : les juniors et espoirs masculins ainsi que les juniors filles. Pour les espoirs, l’équipe promettait sur le papier. Mais Liv Westphal, qui vient de claquer une très grosse performance aux Etats-Unis, est justement restée outre-Atlantique (elle en revanche prévu de disputer la compétition en 2015), alors que Cécile Jarousseau et Jacqueline Gandar ont toutes les deux contracté une fracture de fatigue (tibia pour la première, sacrum pour la seconde) *. Anaïs Bourgeix, 72e chez les juniors en 2011, et Cécile Chevillard, de retour en équipe de France (elle compte cinq sélections) seront engagées en individuel

Juniors filles : Cassandre Beaugrand et une majorité de triathlètes

Avant toute chose, il convient de noter que l’adaptation aux conditions de course constituera un paramètre substantiel dans les résultats finaux, à l’instar des épreuves seniors (lire ici).

Chez les juniors filles (4,1 km), tous les yeux seront tournés vers Cassandre Beaugrand, impressionnante à Allonnes (6e). Encore cadette au niveau international, la sociétaire de l’As Monaco avait pris une 26e place très encourageante l’année dernière à Belgrade. Dans son sillage, l’équipe aura un jolie coup à jouer avec les triathlètes Cécile Lejeune (encore cadette), elle aussi brillante à Allonnes (8e) et Célia Brémond, alors que Charlotte Mouchet a fait montre de qualités qu’on ne lui connaissait pas. « Elle a fait 2’04’’ sur 800 mètres (2’04’’66, sélectionnée aux derniers Mondiaux juniors, ndlr) et il y a un potentiel aérobie que l’on découvre un peu maintenant » souligne Laurence Vivier, cadre technique sportif (CTS) en Provence, et chargée du suivi jeunes hors stade (10 km, semi-marathon, montagne, cross) à la FFA (avec Pascal Machat pour les cross).

Charlotte Mouchet et Anaïs Bourgeix à Allonnes - Photo Yves-Marie Quemener

Charlotte Mouchet et Anaïs Bourgeix à Allonnes – Photo Yves-Marie Quemener

La Britannique Jessica Judd, victorieuse des Commonwealth sur 800 mètres (et 7e à Zurich ; record : 1’59’’77) fait parti des favorites. Elle vient récemment de remporter les sélections britanniques et a glané l’or par équipes il y a deux ans (et 13e individuel alors qu’elle n’était que cadette), alors que des surprises dans ces catégories sont toujours possibles.

Par équipes, les Tricolores ont un joli coup à négocier, la meilleure performance bleue remontant à Dublin en 2009 (4e). Une équipe composée aux deux tiers de triathlètes.

« Les entraîneurs de triathlon considèrent peut-être le cross comme une préparation intéressante et incitent les athlètes à le faire, d’autant que ça tombe pour eux dans une période favorable. Les triathlètes sont peut-être plus aguerries que nos athlètes, qui n’utilisent pas l’entraînement croisé. Elles ont un foncier que nos juniors qui ne font que de l’athlé n’ont pas forcément. Ça les avantage sur ces catégories là » relève Laurence Vivier. « Pour certains, ça peut être le déclencheur pour s’investir un peu plus en athlé, car en triathlon il faut être performant dans trois sports ».

L’entraînement croisé pour la course à pied ?

On observe aussi le même phénomène, avec un peu moins d’acuité, chez les masculins (Maxime Hueber Moosbrugger cette année alors que Raphaël Montoya est double vice-champion de France de cross junior 2013 et 2014 ).

De quoi en tirer des leçons dans l’approche de l’entraînement, alors que certains seniors utilisent justement l’entraînement croisé (Florian Carvalho ces dernières semaines, Alexandra Louison, les duathlètes Pierre Joncheray ou Benjamin Choquert, Karine Pasquier, Séverine Hamel ou encore les triathlètes performants en course à pied à l’instar d’Etienne Diemunsch ou Pierre Le Corre, pour ne citer qu’eux) ? « J’en suis persuadé. Après, c’est souvent dans les mentalités que le message est dur à faire passer. Les athlètes y viennent quand ils sont blessés, mais n’utilisent pas forcément le vélo et ne travaillent pas en piscine quand ils ne le sont plus. Ça serait un plus. On est un sport de choc. La quantité d’entraînement des nageurs ou des cyclistes est bien moins limitée par les impacts. C’est un travail préventif très intéressant pour les blessures » observe Laurence Vivier, qui met aussi en exergue une raison plus psychologique : « En termes de motivation, c’est très varié, ils peuvent avoir plusieurs cordes à leur arc. C’est ce que je valorise un peu dans le hors stade : quand on peut s’éclater sur plusieurs épreuves, ça évite la saturation et sans les prendre toutes à fond, on peut arriver à se faire plaisir, découvrir des choses. La montagne, c’est une expérience qui est super enrichissante et qui donnent d’autres atouts quand les athlètes partent sur la piste ».

Junior masculin : de fortes individualités et un collectif très dense

Fin de la parenthèse triathlon. Côté junior masculin (6,2 km), la course s’annonce particulièrement ouverte. Sur le top 10 2013, neuf coureurs sont passés espoirs. Seul le 7e, l’Italien Crippa Yemaneberhan sera en lice à Samokov –son compatriote Yohanes Chiappinelli, 6e des Mondiaux juniors sur steeple l’été dernier (8’43’’18) sera aussi un sérieux candidat à la victoire.

Dans ce contexte, les Bleus, titrés par équipes l’an passé, auront de très belles cartes à jouer, et s’adossent déjà pour la plupart à une solide expérience en équipe de France. Le collectif en lice dimanche a d’ailleurs l’ossature de celui de 2013.

Ainsi, Alexis Miellet, 14e à Belgrade, vainqueur du cross d’Edimbourg en janvier 2014, finaliste l’été dernier aux Mondiaux juniors sur 1 500 m et solide vainqueur du cross de sélection, fera figure de leader. Aux côtés de Mehdi Belhadj, 12e en 2013, champion de France junior en titre, finaliste aux Mondiaux juniors sur steeple l’été dernier, et qui, s’il a raté le cross sélectif (9e) entraînant à son insu des réactions sur la sélection, aura sûrement les pointes acérées ce dimanche (lire son interview d’avant course ici), tout comme Maxime Hueber-Moosbruger, 7e du cross sélectif, 16e des Europe en 2013 alors qu’il n’était que cadet.

Alexis Miellet à Pacé en 2013 - Photo Yves-Marie Quemener

Alexis Miellet à Pacé en 2013 – Photo Yves-Marie Quemener

Par équipes, chaque point comptera, à l’image de l’an dernier où les jeunes Bleus l’avaient emporté de justesse (ils étaient à égalité avec les Russes). Les places de 3e et 4e seront donc déterminantes (Fabien Palcau et Anthony Pontier, tous les deux cadets au niveau international ainsi qu’Emmanuel Roudolff-Lévisse, déjà sélectionné il y a deux ans en Hongrie alors qu’il n’était que cadet -19e-, forment aussi l’équipe).

Sur les huit dernières éditions, les juniors bleus sont montés à sept reprises sur le podium, ce qui atteste d’un renouvellement manifeste (générations Carvalho/Chadhi, puis Collenot-Spriet/Pepiot). Cette génération présente toutefois une densité qui semble supérieure. « Ça se renouvelle chaque année. Là, il pourrait y avoir 8-10 juniors pour les six places »  remarque Laurence Vivier.

Des ambitions aussi chez les espoirs masculins

Chez les espoirs (7,9 km), Youssef Mekdafou a passé un palier depuis sa première cape à Belgrade en 2013 (25e, lire ici son interview d’avant-course). Fort de ses précédents résultats, le sociétaire de Pierrefitte Multiathlon peut viser un top 5-top 10, voire mieux selon les circonstances de course. Le Bélarusse Mitko Tsenov, 2e l’an dernier, sera parmi les favoris, de même que les juniors qui montent espoirs (le Belge Isaac Kimeli, le Russe Mikhail Strelkov ou encore la Britannique Jonathan Davies, respectivement 2e, 3e et 4e chez les juniors à Belgrade), alors que Callum Hawkins, vainqueur des sélections britanniques (il a devancé les seniors), et crédité d’un record de 29’23’’ sur 10 km devrait figurer aux avant-postes, de même que le Hongrois Lazszlo Gregor.

Youssef Mekdafou en 2013 à Pacé - Photo Yves-Marie Quemener

Youssef Mekdafou en 2013 à Pacé – Photo Yves-Marie Quemener

Sixième de la course junior l’an dernier, Alexandre Saddedine fera ses premiers pas chez les espoirs. Après son abandon au cross de sélection, difficile néanmoins d’évaluer son état de forme. L’équipe de France paraît en mesure de monter sur le podium, dans la foulée de Félix Bour, de retour à un excellent niveau après une longue fracture de fatigue, François Barrer ou Sofiane Boulekouane, alors que l’absence de Romain Collenot-Spriet, sera forcément préjudiciable au regard de son pedigree (11e puis 4e chez les juniors en 2010 et 2011, 5e chez les espoirs en 2012, 14e l’an dernier).

« On part avec un potentiel de trois médailles par équipes. Chez les juniors filles, ça peut donner avec l’émulation l’une des performances collectives que l’on ait jamais eue. Après, si elles font 4 ou 5, ça peut être une super réussite car on sait qu’il y a devant des équipes solides. Pour les juniors et espoirs garçons, c’est sûr qu’il y aura de la déception dans l’air s’ils ne montent pas sur la boite » résume la CTS.

« La médaille, pas le but ultime »

On parle de podiums, de titres, mais si briller dans les jeunes catégories est signe d’un indéniable dynamisme, il n’en demeure pas moins que la finalité est de « performer » en senior. « La médaille, c’est bien sûr l’envie et le but de tout le monde. Mais ça ne doit pas être le but ultime, surtout sur ces générations là. Je trouve qu’on leur met souvent beaucoup de pression. Si les médailles arrivent, ça sera le résultat du travail. Mais si elles ne sont pas là, ça ne voudra pas dire que les athlètes sont à côté de la plaque » relève Laurence Vivier, 47 ans et elle-même ancienne internationale (13 sélections seniors ; notamment 4’13 »15 sur 1 500 m).

Emmagasiner de l’expérience, tout donner dans le but de s’aguerrir pour les années futures, tel pourrait être le but de ces championnats pour les jeunes. « Ce n’est peut-être pas l’avis de mes collègues mais je trouve que l’on met beaucoup de pression sur les jeunes par rapport aux médailles, et je pense que pour certains, on ne les laisse pas assez “murir“. Et on s’aperçoit qu’il y a des athlètes qui passent à côté de carrière. Certains ont été très forts en junior, et derrière ils ne se passent pas grand-chose. Il faudrait peut-être leur laisser un peu le temps. Mais c’est un avis tout à fait personnel. Maintenant, le fait aussi de ne pas connaître son avenir professionnel, de ne pas savoir à quel sauce on sera mangé deux trois ans plus tard, ça peut effectivement parfois valoir le coup de mettre le paquet  dans les jeunes catégories » souligne la CTR, qui coache également quelques athlètes (afin de « garder un pied dans l’entraînement ») et qui court encore régulièrement (« je pense qu’il faut garder le contact avec le terrain pour avoir aussi bien le ressenti des athlètes que le sien, pouvoir en parler et être authentique par rapport à ça. Mais c’est mon point de vue »).

Passionnant débat

« Dans les équipes que l’on emmène en Bulgarie, je pense qu’il y a des athlètes qui peuvent avoir un très bon niveau en senior. Je pense notamment à Cassandre qui choisira peut-être le triathlon. Mais c’est une fille qui a le potentiel pour faire les Jeux Olympiques en senior. Si on appuie un peu trop dessus alors qu’elle n’est cadette (junior au niveau français depuis le 1er novembre, ndlr), il peut y avoir moins d’envie plus tard, ou un plus de pression car on en attend trop ».

Un débat lancinant mais fort intéressant, où chaque cas est singulier, où la « vérité » pour un athlète ne s’appliquera pas à un autre, où trouver le curseur idoine est complexe entre pléthore de facteurs (avenir professionnel, quel volume d’entraînement en prenant en compte la croissance, la progression à long terme sans toutefois trop préserver ou « couver » les athlètes, culture de la gagne à insuffler ou pas dès les jeunes catégories, conserver de la « fraîcheur » mentale en senior, apprendre à gérer l’environnement et les sollicitations extérieures etc etc…).

Mais dimanche, il ne sera question que de courir !

 

* Dans le dernier VO2 Run qui vient de paraître en kiosque, la rubrique « Avenir » est consacrée à Cécile Jarousseau.