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Europe de cross : les seniors hommes retrouvent le podium

Au pied du podium les trois éditions précédentes, les seniors français ont pris une très belle deuxième place par équipes, derrière d’intouchables Espagnols.

Dès potron-minet, un franc soleil enveloppe l’hippodrome de Hyères. Petit déjeuner en terrasse en t-Shirt, bien loin des conditions typiques des cross que l’on retrouve notamment souvent dans les pays de l’Est…Mais comme un symbole, ce temps quasi estival s’était éclipsé pour laisser la place à un temps (un peu) plus nuageux.

Avant l’ultime course des seniors hommes, les Tricolores avaient glané cinq médailles (dont une individuelle, celle du junior Fabien Palcau). A domicile pour la première fois en 22 éditions de championnats d’Europe de cross, il n’en manquait qu’une pour égaler le record de 2008 à Bruxelles.

14h12’, la tension se lit sur les visages. Silence, on prend une grande respiration avant le coup de feu. Il fallait mieux. Car la course s’emballa à une vitesse affolante, dans la foulée des dynamiteurs turcs Polat Kemboi Arikan (qui finira par abandonner) et Ali Kaya, premiers et deuxièmes l’an passé, suivis de près par les Espagnols. Euphoriques à domicile, les Bleus figurent également dans les premières positions. Un peu trop même ? Ils sont quatre dans les dix, avec Florian Carvalho, Morhad Amdouni, Yohan Durand et Timothée Bommier.

« On avait plus prévu de partir dans les vingt que dans les dix » s’inquiète Jean-François Pontier, manager du hors stade et coach de Bommier. « J’ai dit à Tim de se calmer ». Effectivement, le Clermontois temporise.

Devant, ça siffle (toujours) dur. Kaya et l’Espagnol Alemayehu Bezabeh, déjà double champion d’Europe (2009 et 2013) et suspendu deux ans pour dopage (2011-2013) filent à toute allure.

Le Turc finira par placer un foudroyant démarrage, laissant sur place son adversaire –qui n’est pourtant pas n’importe qui-, et avalant les buttes comme à la parade.

Espérons pour le tout nouveau président de la Fédération européenne d’athlétisme (AEA) Svein Arne Hansen que les palmarès ne soient pas réécrits dans quelques temps, lui qui a porté un message contre le dopage dévoilé la veille de la course, en faisant inscrire sur tous les dossards « I run clean » (« Je cours propre »)…

La mainmise des coureurs naturalisés

Les Européens n’ont plus que ces championnats d’Europe pour briller en cross, l’épreuve étant phagocytée par les Africains sur la scène mondiale. Il faudra se pencher sérieusement la question de la naturalisation d’athlètes à tous crins, qui risque de tuer tout suspense et toute inclination pour le rendez-vous continental. Bien qu’il ne soit vraiment pas aisé de dissocier naturalisation à outrance et véritable volonté d’intégration…

Car, si les Turcs Kaya et Arikan, d’origine kényane ainsi que Bezabeh, d’origine Ethiopienne, n’avaient pas été là, la physionomie de la course aurait été tout autre.

Bref, ce départ trop rapide sera préjudiciable à Morhad Amdouni, qui a coincé un peu après la mi-course mais s’est battu jusqu’au bout pour terminer 9e, alors qu’il aurait pu flancher davantage.

« Tu es toujours aussi barbare » glissa avec le sourire et beaucoup d’affection Pascal Machat, référent jeune auprès de la FFA, à l’oreille de Morhad Amdouni. « Tu te bas contre toi-même, il faut se battre contre les autres » lui souffla également Jean-François Pontier.

Peut-être qu’en temporisant un peu au début, Florian Carvalho aurait pu accrocher le podium –il termina 6e à 13 secondes de l’Espagnol Adel Mechaal, 3e -, comme le dit à demi-mot son coach Gérard Sautret.

Poussés par le public

Mais les Tricolores n’ont pas grand-chose à se reprocher. Ils ont tout donné, portés par les encouragements du public français (la Fédération a annoncé le chiffre de 7 000 spectateurs) et ont glané une superbe médaille d’argent par équipes (33 points, derrière les intouchables Espagnols, 14 points et qui ont placé quatre coureurs dans les cinq premiers). Une breloque qui les fuyait depuis trois ans et leur titre en 2013 à Belgrade.

« En cross, tu peux vite lâcher. Quand tu es à la limite de péter comme Morhad, les encouragements qui reviennent souvent sur le parcours aident vraiment » souligne Philippe Dupont.

« Je ne suis pas déçu. J’ai tenté, j’ai fait ma course. J’ai cru à la troisième place. Je me suis accroché toute la course, en essayant d’en garder pour sprinter sur la fin. Si j’avais été troisième comme çà, ça aurait été du vol. C’est mérité pour les Espagnols, ils ont quasiment tout mené. C’est une belle sixième place. J’ai tout donné. Je suis ravi pour l’équipe et que l’on ait fait ça en France » raconte Florian Carvalho, désormais deuxième athlète le plus médaillé aux Europe de cross avec cinq récompenses (individuelles, par équipes et toutes catégories confondues ; à égalité avec Hassan Chahdi et Paulo Guerra ; l’Ukrainien Serhiy Lebid a glané 12 médailles, toutes chez les seniors, dont neuf titres).

Duo

« J’ai eu un coup de mou, j’ai failli lâcher à un moment donné. Mais j’ai continué pour tout donner. On s’est battus. Je reviens quand même de loin, après quatre années de blessure » relève Morhad Amdouni, finalement 9e.

Après son abandon au marathon de Berlin, Yohan Durand avait rebondi grâce à ces Europe de cross (lire l’article de présentation ici). Lui aussi est parti (très) vite avant de réussir un conserver une excellente 8e place. « Très rapidement, j’ai vu que j’avais de bonnes jambes. J’ai senti le public qui était là et qui nous a vraiment encouragés. C’était vraiment agréable. Sur les deux trois premiers kilos, je me suis senti pousser des ailes. Il a ensuite fallu que je freine un peu parce que sinon, j’allais exploser J’ai toujours été entre 7e et 9e. C’est une grosse satisfaction. J’ai seulement un petit regret car j’ai souvent été à 15, 20 m du groupe de Flo, de Morhad et les Espagnols. J’étais du coup un peu tout seul derrière et je n’ai jamais réussi à faire l’effort nécessaire pour recoller à ce peloton. Je ne pouvais pas car ça allait un poil vite. La médaille par équipes, c’était vraiment l’objectif ».

« L’impression d’être toujours à bloc. Aucun groupe ne s’est formé. C’était direct en file indienne »

Joie similaire chez Timothée Bommier, 12e au final. « Je suis vraiment content de ramener une médaille d’argent. Surtout devant notre public. Tout le monde a fait le boulot.  J’ai senti que ça allait très vite. Je n’avais pas l’impression d’être dans un très grand jour et pourtant je fais 12e. Je confirme quelque peu ma place de 10 de l’année dernière. Je me suis peut-être un peu emballé dans le premier tour, car les encouragements donnent des ailes. En même temps, cela t’aide ensuite quand ça devient dur. Yohan qui était devant m’a servi un peu de boussole. J’ai pu m’accrocher à lui de loin. Et le cross, c’est la volonté. Tout le monde est mort, il reste 4-5 bornes mais il faut s’accrocher. A Samokov, je me souviens de sensations de relâchement à certains moments. Là, j’avais l’impression d’être toujours à bloc. Aucun groupe ne s’est formé. C’était direct en file indienne ».

Pour son premier rendez-vous chez les seniors, Romain Collenot-Spriet, appelé mardi soir pour pallier le forfait d’Hassan Chahdi, fut un 18e épatant. Parti prudemment (autour de la 50e place), il réalisa une sacrée remontée. « C’est 10 km, donc j’ai préféré ne pas m’emballer. J’ai coupé l’entraînement un peu tard en étant appelé mardi. Je n’étais pas forcément dans les meilleures conditions mais quand la tête est là, les jambes suivent. Je suis content d’avoir prouvé que j’avais ma place. Rien n’est acquis, il faut faire ses preuves sur le terrain » explique le Blésois, qui ne fut devancé que de deux places par le Britannique Ross Millington, 5e l’an dernier, et qui a réussit avec brio son examen de passage chez les seniors (il fut 5e chez les espoirs en 2012) sur un parcours typé « steeple long », qui lui seyait particulièrement.

« La densité n’a rien à avoir avec les espoirs. Même au cross de sélection. J’ai déjà fait 3e chez les espoirs en étant pas bien. Mais chez les seniors, celui qui n’est pas bien saute. Je ne me rendais pas compte qu’il y avait un tel écart entre les espoirs et les seniors. C’est pour çà que j’avais pris une telle raclée à Allonnes l’année dernière. Je ne me rendais pas compte que la marche était aussi haute » analyse t-il.

Les Français profitent du moment présent. On refait la course. Christelle Daunay félicite et claque la bise à chacun des membres de l’équipe.

« C’était un bel après-midi » résume Jean-François Pontier.  Comme le cross sait en offrir. Et doit continuer à en offrir.

Les résultats des seniors hommes : cliquez-ici.

Photos : Jean-Luc Juvin.