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Ecœurant Ingebrigtsen, Amdouni et Bosse en bronze

Monstrueux d’aisance, Jakob Ingebrigtsen a remporté le 5 000 mètres aux championnats d’Europe à Berlin devant son frère Henrik. Morhad Amdouni a obtenu le bronze, à l’arrachée, tout comme Pierre-Ambroise Bosse sur 800 mètres.

Ce 5 000 mètres aurait dû être LA course de ces championnats d’Europe. Au départ, le champion d’Europe du 1 500 mètres Jakob Ingebrigtsen ; le champion d’Europe du 3 000 m steeple Mahedine Mekhissi et le champion d’Europe du 10 000 mètres Morhad Amdouni. La crème du demi-fond réuni.

Mais, en fin d’après-midi, Mahiedine Mekhissi officialisait son forfait, se disant « ne pas être prêt nerveusement pour aller au combat ».

Mekhissi a-t-il craint Amdouni ?

Etrange, à l’aune de sa démonstration jeudi en finale du steeple. Il s’était alors pleinement rassuré après une saison où il apparut moins en verve que par le passé. A-t-il craint de se faire déborder par son compatriote Morhad Amdouni, dont l’entraîneur Philippe Dupont est l’ancien de Mekhissi – ce dernier l’a froidement quitté à la fin de l’été 2015 ?

Reste qu’un autre Français, Florian Carvalho (très bon 8e du 10 000 mètres) a pris d’emblée les commandes de la course. Il avait proposé, « spontanément » dixit Dupont, à son acolyte Amdouni d’imprimer un solide tempo. Histoire d’entamer les meilleurs finisseurs du peloton. « Je voudrais lui tirer mon chapeau. C’est une forme de sacrifice » saluait Philippe Dupont.

A six tours de l’arrivée, le Suisse Julien Wanders, dont la planification de la saison laisse pantois, plaçait une franche accélération. Puis les frères Ingebrigtsen montraient les dents, à trois tours du but.

Ingebrigtsen, dernier 200 mètres en 26’’60 !

Une position que n’allait plus lâcher le plus jeune, Jakob, 17 ans. Dans un dernier tour hallucinant et une ultime ligne droite stupéfiante d’aisance, il se jouait de son frère Henrik pour glaner son deuxième titre en moins de 24 heures –alors qu’il avait semblé coincé sur les tous derniers mètres vendredi sur le 1 500 mètres. Ecœurant pour un athlète encore junior première année !

Il a bouclé le dernier 1 000 en 2’28’’72. Peut mieux faire (on rigole), à l’aune de ses 2’24’’ claqués aux Mondiaux juniors (2e). A Berlin, la course s’est courue un poil plus vite (13’17’’06 contre 13’20’’78  à Tampera).

Mais, surtout, il a été flashé en 26’’60 sur son dernier 200 mètres. Les Norvégiens semblent sur une autre planète depuis quelques mois…

« La récupération a été difficile »

De son côté, Morhad Amdouni, débordé ligne opposé par le Belge Isaac Kimeli dans la course au bronze, a une nouvelle fois fait montre de sa détermination, s’arrachant pour aller chercher la troisième place.

« Cette médaille est belle parce qu’elle n’était pas évidente après le 10 000 mètres, d’autant qu’avec la chaleur, la récupération a été difficile. Jusqu’à hier (vendredi), il n’était pas complètement retapé. Mo Farah en a fait des doublés comme ça, mais tout le monde ne s’appelle pas Mo Farah (Jakob Ingebrigtsen peut-être ??) » relevait Dupont.

« Je voulais vraiment tenter ce doublé mais j’ai manqué de jus. Il fallait aussi que je savoure mon premier titre » confiait Amdouni dans une interview lunaire et attachante, où il a fini par parler de lui à la troisième personne.

https://twitter.com/francetvsport/status/1028362202783330304

Jabok Ingebrigtsen était-il prenable ? « Le Jakob était imbattable. Le Morhad Amdouni n’a pas été professionnel car il a savouré son premier titre ».

Dupont corrigeait. « Tout a été mis en place pour aller chercher la gagne car c’est quelqu’un qui a faim de victoires ». Le coach soulignait aussi le travail du staff médical, primordial avant les Europe, et entre le 5 000 et le 10 000 mètres. « Il y a un mois, on se posait vraiment la question sur l’état dans lequel il serait à Berlin ».

Après moult galères, ces deux médailles vont-elles changer sa vie ? « Oui, je l’espère » souriait Amdouni, avant de s’esquiver dans les coursives du stade olympique.

On devrait le retrouver sur le tartan d’ici la fin de la saison et sur un semi-marathon en octobre.

Bosse « content d’être troisième »

Cette fois-ci, le coup de bluff n’a pas marché. Pierre-Ambroise Bosse a bien tenté de faire exploser la course à la cloche, en plaçant une franche accélération, comme à Londres l’an dernier. Mais le Polonais Adam Kszczot n’a pas fait deux fois la même erreur. Il a collé aux basques du champion du Monde, avant de le coiffer sans sourciller à 150 mètres du but pour glaner son troisième titre européen (1’44’’59).

Bosse, à l’arrachée, conservait le bronze pour deux petits centièmes (1’45’’30), derrière le solde suédois Andreas Kramer (1’45’’03). Il avait clamé toute la saison se préparer pour être au top à Berlin mais il n’a jamais semblé en mesure de jouer les premiers rôles.

https://twitter.com/francetvsport/status/1028353075285831685

Si on ne sait quel miracle s’était produit l’an passé à Londres, ce ne fut pas le cas à Berlin.

« Je suis arrivé en disant que je serais déçu si je ne finissais pas premier et je suis content d’être troisième. J’aurais pu avoir un visage fermé. Cela ne sera pas le cas, je sais qu’on va faire la fête.  Il m’a peut-être manqué un peu de foncier. Trois courses en trois jours, ce n’était pas évident. Même si je n’ai jamais été aussi fort, j’ai encore des douleurs qui persistent aux ischios ».

Dans la foulée de Floria Gueï, le relais 4×400 mètres français a remporté une jolie médaille d’argent (les hommes ont fini à la quatrième place).

Sinon, cette douce soirée berlinoise s’est étirée avec les trois titres remportés par les Allemands, provoquant l’allégresse générale dans les tribunes. On préfère retenir cela que l’OVNI Ingebrigtsen.