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Dopage : le marathon de Londres veut être remboursé

Le marathon de Londres a lancé une action en justice dans le but de récupérer les gains indûment glanés par la marathonienne russe Liliya Shobukhova, qui fut un temps la deuxième marathonienne la plus rapide de l’histoire, avec un chrono de 2h18’20’’ réalisé en 2011 (1).

La “British High Court“ a ainsi statué en faveur de l’épreuve londonienne en juillet dernier, réclamant 450 023, 48 euros à Liliya Shobukhova (somme incluant sa prime de victoire de 2010, puis d’engagement l’année suivante, plus les frais).

Le marathon de Londres tente maintenant de faire appliquer ce jugement à…Beloretsk, commune où vit l’athlète russe. « Cela prend beaucoup de temps » a souligné Nick Bitel, directeur général du marathon de Londres, au site britannique insidethegames. « Nous avons embauché des avocats russes. Nous tentons d’aller le plus vite possible. Mais, même si nous obtenons un jugement (en Russie), nous ne sommes pas certains de récupérer l’argent ».

Si toutefois le marathon de Londres parvenait à ses fins, les organisateurs envisagent de redistribuer cet argent aux athlètes qui concouraient lors des éditions où Liliya Shobukhova fut présente.

Désormais cinq ans avant de toucher l’intégralité des primes

Celle-ci fut l’une des protagonistes du scandale de dopage qui a touché la Russie –mais qui a à peine effleuré d’autres pays pourtant dans l’œil du cyclone– à la suite des révélations du journaliste allemande Hajo Seppelt et de L’Equipe.

Suspendue deux ans en 2014 par la Fédération russe (ARAF) en raison d’anomalies sur son passeport biologique, la Russe s’est également vue destituée de ses succès à Londres (2010) et Chicago (2009, 2010 et 2011). L’ARAF aurait dû la suspendre bien plus tôt mais avait tenté de blanchir la marathonienne en 2011, en lui demandant 450 000 euros et lui promettant de passer sous silence les anomalies de son passeport, afin de lui permettre de disputer les Jeux de Londres. Cette somme obtenue par l’ARAF avait aussi servi à corrompre la Fédération internationale, l’IAAF faisant partie intégrante du scandale (lire ici).

Au final, sa suspension avait été ensuite portée à trois ans et deux mois par l’IAAF, avant que l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) ne lui accorde une réduction de sept mois (sa suspension avait pris fin le 23 août 2015) pour avoir collaboré avec la commission indépendante de l’AMA, dont l’enquête avait conduit à l’exclusion de la Russie des compétitions internationales d’athlétisme.

Notons que depuis l’an passé le marathon de Londres a également modifié son système de primes : les vainqueurs doivent désormais patienter cinq ans avant de recevoir l’intégralité de leurs primes. Jemima Sumgong devrait être la première athlète à en faire les frais : la Kényane, victorieuse à Londres en avril 2016 puis championne olympique à Rio en suivant, a en effet été contrôlée positive à l’EPO au début du mois, et devrait être suspendue quatre ans si l’analyse de l’échantillon B confirme celle de l’échantillon A…

« Nous sommes déterminés à ne pas renoncer » a conclu le directeur de course Hugh Brasher.

Cette procédure menée par le marathon de Londres fait écho aux propos de Damien Ressiot, directeur des contrôles à l’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage), qui exhortait « un sportif lésé à attaquer en justice le sportif qui l’a lésé » (lire son interview ici).

(1) Avant que son chrono ne soit invalidé ; la Kényane Mary Keitany a de son côté réalisé 2h17’01’’ dimanche dernier…à Londres, devenant la 2e marathonienne la plus rapide de l’histoire, et la première dans une course exclusivement féminine).

Photo : Jiro Mochizuki.