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Deux stupéfiants 1 500 m à Monaco

Le 1 500 m est en ébullition. Record du Monde du 1 500 m pour Genzebe Dibaba chez les femmes, 5e chrono de tous les temps pour Asbel Kiprop chez les hommes (et 3e perfomeur, surtout). Stupéfiant !

Le Rocher de Monaco a failli s’écrouler ce vendredi 17 juillet. C’est un double séisme qui a frappé lors du meeting Herculis. Le premier, magnitude 8, se produisit aux alentours des 20h15’, à l’occasion d’un 1 500 m masculin monstrueux.

Seul Asbel Kiprop, abonné au stade Louis II (au passage, l’As Monaco devrait d’ailleurs en profiter, car ils ne sont pas pléthore à y avoir leur carte de membre) fort de ses chronos précédents dans la Principauté (3’27’’72 en 2013, 3’28’’45 en 2014) se calait dans les pas du lièvre. Bouche (presque) fermée, foulée altière, ça sifflait sévère. 53’’72 au premier 400 ( !), 1’50’’37 aux 800 mètres.

Le lièvre s’écarta lors et le Kényan s’embrasa. 2’17’’ et quelques aux 1 000 mètres et un dernier tour de folie, en solo (54’’76) pour casser la ligne en 3’26’’69. Presque sans forcer. 3e homme de tous les temps, derrière les 3’26’’00 d’Hicham El Guerrouj (1998) et les 3’26’’34 de Bernard Lagat (2001).

Derrière, six athlètes franchirent les 3’30’’, dont Taoufik Makhloufi, presque passé inaperçu nonobstant ses 3’28’’75 (record personnel) et Mo Farah, dans les eaux de son propre record d’Europe (3’28’’93)…

De son côté, Morhad Amdouni s’est accroché à la meute, bouclant son 1 500 en 3’34’’05, nouveau record personnel et billet poinçonné pour les Mondiaux de Pékin.

Mais la perf de Kiprop n’était qu’un amuse-gueule. Car Louis II connut une réplique, magnitude 9,  avec Genzebe Dibaba. Déjà très étonnante à Barcelone il y a une dizaine de jours où elle avait couru en 3’54’’11 (alors 9e chrono tous temps), l’Ethiopienne s’est attaquée au record du Monde de Yunxia Qu (3’50’’46  le 11 septembre 1993), record gorgé de sang de tortue torréfié par Ma Junren.

Et dire qu’in fine, c’est la lièvre Chanelle Price qui faillit faire avorter la tentative. Car après un premier tour canon (60’’31’’, bases 3’45’’), le tempo ralentit, avec 2’04’’52’’ aux 800 m.

Dibaba klaxonne. Une fois. Deux fois. Trois fois. L’Américaine s’effaça alors, et l’Ethiopienne, déjà triple recordwoman du Monde indoor (1 500, 3 000 et 5 000 m), plaça une foudroyante banderille. Sifan Hassan eût beau s’accrocher, elle finit par exploser dans un dernier tour dingue (enfin, elle termina toutefois en 3’56’’05, alors que six filles sont descendues sous les 4′).

Comme à Areva, Genzebe Dibaba effleura à la vitesse grand V le tartan monégasque de sa sublime foulée –avouons-le. 3’50’’07, dernier tour en 59’’79. Sublime, son record du Monde l’est un peu moins…

Car il faudra nous expliquer comment il est possible d’aller plus vite que les Chinoises et les Soviétiques de la grande époque. A fortiori sans lactique et avec une facilité déconcertante. Et sans travailler la vitesse -c’est ce qu’elle a déclaré la veille du meeting- !

Sinon, Justin Gatlin continue d’amasser et de braquer les primes de victoire et les chronos de haut vol (on vous en parlait également ici), vainqueur en 9’’78 (-0,3) sur la ligne droite, devant un autre ex suspendu, Tyson Gay (9’’97), et le nouveau corecordman d’Europe Jimmy Vicaut (10’’03).

Sur le 800 m, l’inattendu bosnien Amel Tuka a signé la meilleure performance mondiale de l’année, en 1’42’’51, établissant un nouveau record personnel (1’43’’84 plus tôt dans la saison, son record l’an passé était de…1’46’’12). Pierre-Ambroise Bosse, un an après son très rapide record de France (1’42’’53), a coincé, comme à Lausanne (1’45’’30). Le double champion de France, après un temps d’hésitation, s’est calé dans les pas du lièvre Bram Som. 49’41’’ à mi-parcours, un peu moins de 50’’ pour le Gujanais qui prit ensuite les devants aux 500. Pour un passage très rapide aux 600 m (1’15’’97) avant de coincer dans l’ultime ligne  droite.

« J’ai fait une dernière ligne droite catastrophique. Ce n’est pas à la hauteur de ce que j’espérais » a-t-il réagi, très essoufflé par l’effort.

Dans un contexte très relevé qu’elle recherchait, Floria Gueï est descendue pour la première fois sous les 51’’ (50’’90). De très bon augure avant les championnats du Monde de Pékin, alors que Marie Gayot a flirté avec son record personnel lillois (51’’31 contre 51’’27).

Des performances qui seront passées inaperçues, donc, derrière le double séisme du 1 500 m, où plane, encore une fois, le spectre du dopage. D’aucuns voudront s’enflammer. Mais, objectivement, le poison du doute se distille, de manière sempiternelle, sur les tartans du monde entier lors de ce type de performances.

Tel un autre Rocher, celui de Sisyphe, distinguer le bon grain de l’ivraie de ce maelström de stratosphériques chronos (voire de l’ivresse, car le cerveau, complètement embué, finit par tambouriner sévère), est devenu une véritable gageure. Et l’athlé et le sport plus globalement finiront par vraiment en pâtir, un jour ou l’autre…

A lire aussi : Quand la Ligue de Diamant s’enflamme.

Tous les résultats du meeting de Monaco : cliquez-ici.

Photo de une : Jean-Marc Mouchet.