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Cross Ouest-France : Tigist Gashaw, de l’Éthiopie au Barheïn, un pari gagnant…

As dames. Éthiopienne un jour, Éthiopienne toujours, c’est en courant comme elle est née que Tigist Gashaw s’est imposée au Mans. La Barheïenne de naturalisation a devancé trois Africaines. Claire Perraux s’est offert la place de première Française.

 

Championnats du Monde de cross 2015 en Chine (Guiyang, 28 mars) et Jeux olympiques 2016 au Brésil (Rio de Janeiro, 5 au 21 août), par le prisme de ces deux événements internationaux, la géopolitique sportive s’est invitée dans les travées du Cross Ouest-France. Alors que le Kenya et l’Éthiopie ont fait le choix de retenir sur leur territoire leurs meilleurs crossmen dans l’objectif des Mondiaux chinois ; certains états du Golfe, en l’occurrence le Barheïn, naturalisent des athlètes africains afin d’être plus représentatifs pour les prochains JO. Ainsi, au Mans, l’Éthiopienne Tigist Gashaw courait sous les couleurs barheïennes. Et pour Rio 2016, elle aura de forte de chance de courir le 1500. Un honneur pour elle et son nouveau petit pays qui pourrait « loger » dans le Maine-et-Loire.

 

Si la superficie du Barheïn est petite (765 km2), le talent de Tigist Gashaw est grand. À 18 ans, la championne du Monde cadette du 1500 m (4’14’’25, 2013) court maintenant la distance en 4’08’’62. Une performance cependant insuffisante pour espérer une sélection olympique avec l’Éthiopie. « C’est pour cela qu’elle a choisi de courir pour un autre pays, car sur 1500 m, il y a du monde en Éthiopie, explique Jean-Philippe Manzelle, son agent. Son parcours a intéressé le Barheïn. Elle peut ainsi circuler librement et faire le choix de ses compétitions. » Quant à la question financière de sa naturalisation et sa rénumération mensuelle ? « Je ne connais pas les termes de son contrat, mais elle a son statut d’athlète de haut niveau, un contrat avec Nike et un salaire », répond Jean-Philippe.

 

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Si Rio 2016 est dans l’esprit de Tigist Gashaw, Jean-Philippe Manzelle convient « qu’elle sera un peu jeune. Par contre, pour 2020 (Tokyo), elle sera opérationnelle ». Au Mans, la Barheïenne l’a été. Car derrière la course tactique de Christelle Daunay, elle a fait une course d’attente jusqu’au km 5 (16’58) avant de s’envoler vers le dernier… 1300 m. « C’était sa première sortie de la saison en cross, explique Jean-Philippe. Maintenant, elle va se concentrer sur les Mondiaux de Guiyang. » Et de préciser : « Elle va aussi disputer les disputer les championnats du Monde sur 1500 m à Pékin (22 au 30 août 2015) ».

 

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Derrière l’évidence de la victoire de Tigist Gashaw, s’il y a une athlète qu’il faut honorer, c’est Christelle Daunay. La Mancelle (6e au final) a fait la course qu’il fallait pendant 5 km, dans un tempo qui lui convenait parfaitement : 3’18 au 1000 m et 10’08 au 3000 m. Mais dès que la course s’est emballée, « j’ai manqué de rythme, confiait la championne d’Europe de marathon. Quand elles sont parties, j’ai eu du mal, mais c’est normal… Mais j’avais besoin de taper dedans (sic), c’est pour cela que je me suis mise devant au départ. Après, j’aurai pu me mettre à l’abri derrière pour jouer une place, mais j’avais besoin de rythme, d’aller de l’avant et ce type de course m’a fait du bien… »

 

À l’image de Tigist Gashaw, Claire Perraux a attendu son heure pour imposer son rythme de steeple-chaseuse (9’43’’70), sa foulée de mileuse (4’12’’21) et ses appuis de crosswomen (triple championne de France cross court). Une carte de visite qui lui a permis de terminer première Française (5e au général). De retour d’un stage de trois semaines au Portugal, elle a fait fructifier ses séances en s’offrant cette place très convoitée, dans les Bois de l’Epau. « Faire cinquième, lorsque l’on voit ce qu’il y a devant et derrière, je peux dire que j’ai fait une belle course », résume la triple championne de France de cross court. Pourtant, elle ne s’était pas spécialement préparée pour ce cross. « Lorsque j’ai vu le sol, je savais qu’avec mes appuis, la course allait me convenir, expliquait l’Angevine, licenciée à Marseille. Je savais qu’il fallait que je m’accroche le plus longtemps possible et je finirais pas trop mal… Je suis plutôt une pistarde, je suis à l’aise sur ce type de parcours. Cela m’a permis aussi d’apprendre des choses avec des crosswomen de bon niveau. »

 

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Dans son effort manceau, Claire a notamment devancé Christelle Daunay, la grande animatrice de l’épreuve. « La question n’était pas de battre Christelle, mais de faire une belle course, explique Claire. En ce moment, je suis bien. À l’entraînement, je roule à des bonnes allures, car je prépare la salle. Par rapport à Christelle, l’an passé, on a fait un 3000 m ensemble et elle m’a battu. C’est donc ma première victoire contre elle. »

Après sa démonstration mancelle se pose : est-ce que cette course va orienter sa saison ? « Non, car elle est déjà faite, répond Claire. Il va y a avoir un 1500 m et un 3000 m. Ensuite, les France en salle (21 et 22 à Aubière) et ceux de cross court (1er mars aux Mureaux). Je m’y fais plaisir et on a une bonne équipe. Et pour l’été, j’espère faire les minima sur 3000 steeple pour les Mondiaux de Pékin, donc me rapprocher des 9’30. »

 

Des Françaises qui ont particulièrement brillé, à l’image d’Aurore Guérin (7e). « J’ai adoré cette course, lâchait la Mondevillaise, tout sourire. Comme je ne suis pas rapide, je faisais l’effort dans les difficultés, mais j’ai pu finir comme un boulet. » Une vitesse « canon » qui lui a permis d’avaler Sévérine Hamel et Martha Komu dans les derniers 500 mètres.

 

 Texte Bruno Poirier

Photo Yves-Marie Quemener