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Championnats d’Europe de cross : Sophie Duarte lancée vers le doublé ?

Championne d’Europe 2013 à Belgrade, Sophie Duarte défendra son titre dans moins de deux semaines à Samokov en Bulgarie. Troisième à Allonnes le 23 novembre, l’athlète coachée par David Heath au Ca Balma a terminé au pied du podium au cross de l’Acier dimanche 30 novembre, dans la foulée d’une semaine d’entraînement conséquente. De quoi aborder l’échéance continentale avec confiance, alors que, dans l’histoire, seule l’Irlandaise Fionnnuala Britton a glané deux victoires consécutives côté féminin (2011 et 2012).

Quel bilan tirez-vous du cross de l’Acier ?

Je n’étais pas hyper confiante dans la mesure où j’avais fait dès le lundi matin (24) une sortie de 21 km et le mardi une séance double… C’était une semaine très intense et très dure physiquement. Je sentais la fatigue cumulée  et je ne savais pas quoi espérer avec ce plateau aussi dense.  J’y allais pour me jauger avec un risque certain de terminer loin. Mais c’était aussi utile pour travailler mentalement. Finalement, tout s’est bien passé.

A l’inverse d’Allonnes, c’est parti prudemment. Lors du 3e tour (sur cinq), une Ethiopienne a placé une attaque. J’ai décidé de suivre Britton car mes jambes répondaient, en restant collée à elle pour ne pas exploser au vue de ma semaine. Au 4e tour, une Kényane est revenue sur nous deux. Je suis arrivée à revenir sur la Kényane dans les 500 derniers mètres, sans être éprouvée comme à Allonnes, alors que Britton était derrière.

Allonnes, justement. Vous aviez choisi de dynamiter la course ?

J’ai fait un très mauvais départ car j’ai été gênée. J’ai mis 700 mètres à revenir sur la tête de course. C’était un cauchemar. Quand je suis revenue devant, j’ai vite vu que les Ethiopiennes faisaient une course d’attente. J’ai décidé de ne pas temporiser et de partir. Seules les deux Ethiopiennes sont venues avec moi. Au début, elles ne voulaient pas “pousser“, avant de décider de partir. Elles étaient au dessus, et avec mon départ…Le but était de se tester en profitant des deux avions de chasse pour faire un cross dur. C’était un bon test, sur un cross difficile, entre le plateau, le parcours avec deux parties plates, une montée et une descente qui fait que tu es tout le temps à bloc.

« Je sais que je peux gagner. Je sais aussi que je peux faire 10e »

Les championnats d’Europe vont se dérouler à 1 300 mètres d’altitude. Comment allez-vous gérer cela ?

Il y avait deux stratégies. Soit aller en altitude et redescendre juste avant. Ou bien rester chez moi et arriver trois jours avant en Bulgarie. J’ai décidé de faire cette deuxième option : c’est plus sage au niveau des déplacements, alors que rien ne me garanti qu’un stage en altitude se solde par un succès. Je préfère rester avec mon groupe d’entraînement (elle s’entraîne notamment avec des athlètes masculins du Ca Balma, meilleurs ou de son niveau, ndlr) et être poussée au maximum de mes capacités en séance plutôt qu’aller chercher l’altitude.

Après, je ne suis pas une athlète qui fait de l’altitude depuis quelques semaines. Mes parents vivent à 1 000 mètres et je vais souvent à Font Romeu, donc je vais faire confiance à mes acquis (rires).

Qui allez-vous surveiller en particulier ?

Je n’ai aucune info sur les athlètes qui seront au départ. Il y a toujours une Britannique, et (Gemma) Steel s’est complètement détachée au niveau européen à l’automne (notamment 1h08’13’’ sur semi-marathon début septembre à Newcastle, ndlr). Il y a toujours une Portugaise, entre (Sara) Moreira, (Dulce) Felix, (Jessica) Augusto, sans oublier Britton.

Les conditions climatiques et l’altitude feront que la course sera un peu plus aléatoire et difficile. Je sais que je peux gagner. Et je sais aussi que je peux faire 10e. Ce qui est génial, c’est que je ne peux pas dire que je peux battre une Sifan Hassan aux Europe sur 5 000 mètres, car elle est au-dessus (athlète éthiopienne naturalisée néerlandaise en 2013, championne d’Europe à Zurich sur 1 500 m ; 2e sur 5 000 m, championne d’Europe de cross espoir en 2013, Sifan Hassan est encore espoir mais pourrait courir chez les seniors à Samokov, ndlr). Mais en cross, il y a des paramètres un peu plus malléables et chacun a sa chance. J’ai une chance de réaliser le doublé, donc je veux la prendre.

« Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas moins bonne »

Comment avez-vous rebondi après votre abandon aux championnats d’Europe à Zurich sur 10 000 mètres ?

J’ai envie de dire que l’athlétisme vit surtout pour l’été. J’ai eu un super hiver, avec les championnats d’Europe, j’ai aussi battu mes records perso (31’53 » sur 10 km route et 32’36 »32 sur 10 000 m, ndlr). Je n’ai pas vite rebondi car c’est toujours un échec. J’ai été gourmande, et j’apprends aujourd’hui à être beaucoup plus calme dans le choix de mes objectifs. Et je veux être beaucoup posée, maintenant à 33 ans. Je vois que l’Anglaise (Jo Pavey, championne d’Europe la plus âgée de l’histoire) et (Christelle) Daunay ont 41 ans et elles “perfent“ (Christelle Daunay aura 40 ans le 5 décembre prochain, ndlr). Il faut aussi être plus mesurée. L’athlétisme est un sport très difficile, avec le corps qui est soumis à de fortes charges d’entraînement. Psychologiquement, c’est aussi difficile. Je sais pourquoi je me suis arrêtée. J’ai confiance en moi, et c’est maintenant derrière.

Comment avez-vous accueilli le contrôle positif de Laila Traby (qui l’avait devancée aux France de cross le 2 mars au Pontet puis sur piste à Reims sur 5 000 m) ?

(Elle cherche ses mots). J’ai envie de dire qu’au-delà de ça, ça fait du mal à l’image de l’athlétisme, à l’image du demi-fond. J’essaie d’être un exemple de travail et d’investissement ; Christelle en est un autre. On a réussi à atteindre des objectifs de très haut niveau. Il y a eu triche (la procédure est actuellement en cours, ndlr) ;  c’est maintenant aux mains de la justice et des instances qui sont justement là pour balayer ce fléau. Je suis ravie que tout ait été mis en œuvre par les instances.

Marathon de Paris au printemps prochain

Par rapport à la même époque l’an passé, vous êtes en meilleure forme ?

Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas moins bonne (sourire). J’ai fait des séances sur des secteurs que je ne faisais pas l’an passé. Notamment sur les sorties très longues. Maintenant je mets toujours un peu mon corps en danger. Enfin, je le pousse toujours un peu à la limite car j’ai derrière un projet qui est le marathon. J’ai voulu me tester en octobre sur certains domaines. Après, les séances repères de cross avec mon groupe fonctionnent très bien.

Après les Europe, place donc l’objectif marathon.  

Oui. J’ai 33 ans, ça me trotte dans la tête depuis un an et demi. Je vais faire Paris, même si on me verra pourquoi pas sur du plus court dans l’année (5 000 m et/ou 10 000 m ensuite). On verra comment mon corps se comporte sur le marathon.

Vous le préparez déjà depuis quelques temps…

Oui, ça fait déjà plus d’un an que je fais de grosses sorties longues. Je sais très bien qu’il faut préparer le corps à ces choses, et ce que nous faisons avec David. Oui, comme sur des sorties d’1h45’, mais on travaille aussi sur l’accumulation et l’enchaînement des entraînements.