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Championnats d’Europe de cross 2015 : pourquoi Paray-le-Monial doit renoncer

La mauvaise nouvelle est tombée en fin de semaine dernière : Paray-le-Monial n’organisera finalement pas les championnats d’Europe de cross 2015. « On s’y attendait un peu après les dernières réunions menées avec la FFA » glissait Jean-Louis Thibert, le président de l’UACB (Union Athlétique Charolais Brionnais, le club de Paray-le-Monial) au JT de France 3 Bourgogne samedi 27 septembre. « Outre la déception et la tristesse, je suis très en colère car annuler une telle décision prise à Zurich devant les instances européennes, c’est quand même incompréhensible qu’on se rende compte qu’il manque 250 000 euros pour boucler le budget» se lamentait de son côté le maire Jean-Marc Nesme.Pourquoi ce revirement de situation ? Une question d’argent donc, comme souvent. « On était à 250 000 euros de déficit prévisionnel. Et on ne sait pas combien il aurait manqué au bout du bout » explique Julien Mauriat, directeur général de la FFA depuis début janvier (il était auparavant directeur adjoint exécutif). 250 000 euros, soit près d’un tiers du budget, qui s’élevait à 750 000-800 000 euros. Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce genre d’organisation, l’AEA (la Fédération Européenne) s’implique à hauteur de 300 000 euros pour tout ce qui trait à l’hébergement des athlètes et des officiels. La participation des collectivités territoriales (conseil général et conseil régional, et le premier cercle local –mairie et communauté de communs) était estimée à 180 000 euros. La FFA avait prévu d’injecter 80 000 euros, sans oublier d’autres rentrées d’argent telles que la billetterie.

Subventions de l’Etat, images TV, et Jeux Olympiques

Les 250 000 manquants proviennent de deux postes. D’une part, le comité d’organisation local escomptait une prise en charge des couts de production des images télés (autour de 110 00 euros). « Entre-temps, France TV s’est retrouvée en situation budgétaire très compliquée. Ils ont déjà fait l’effort important d’attribuer un créneau horaire de deux heures sur une chaîne nationale le dimanche après-midi, car habituellement ils ne retransmettent pas le cross (les Europe de cross seront retransmis en direct sur France 3…si une solution de repli est trouvée, ndlr). Mais, à 15 mois de l’évènement, il était impossible d’obtenir dans les temps l’engagement de France TV pour la prise en charge du cout de prodution des images  tv » expose Claude Monnet, président du comité d’organisation (composé de cadres de la FFA et de cadres locaux), à l’initiative de la candidature de Paray-le-Monial (qui avait ensuite été validée par la FFA et présentée à Zurich).

Départ de la course senior aux Europe 2013 

D’autre part, 150 000 euros de subventions de l’Etat étaient budgétisées…et n’auraient jamais vu le jour ou presque. Julien Mauriat : « La difficulté est que depuis deux ans, l’Etat a beaucoup changé les critères d’éligibilité des grands évènements internationaux. C’est très particulier. Ce n’est pas une question de taille d’évènements. C’est une question d’éligibilité par rapport à la discipline. C’est-à-dire que le cross country n’est pas une discipline olympique ni une discipline qualifiée de haut niveau par l’Etat. Et nous avons eu la confirmation définitive la semaine dernière que l’Etat ne financera pas, quoi qu’il arrive ». Le cross pâtît donc de ne pas figurer au programme des sports olympiques nonobstant le sempiternel feuilleton sur sa réintégration (on vous en parlait ici ou là).« On a revu les collectivités etc… mais on n’est pas parvenu à boucler le budget. Les collectivités ont vraiment fait ce qu’il fallait au moment où il le fallait » poursuit Julien Mauriat. Propos corroborés par Claude Monnet ( voir son interview dans le numéro de décembre 2013-janvier 2014). « Elles ont parfaitement joué le jeu et se sont engagées à soutenir l’évènement dans des enveloppes très proches de ce qu’on avait initialement budgété. On touche à la problématique suivante : d’une manière générale, les collectivités sont elles-mêmes touchées par une baisse des dotations de l’Etat, et sont en situation de gérer de manière encore plus stricte leurs fonds. Et le problème se situe à un deuxième niveau. Nous sommes dans une région où il n’y a pas de grosses agglomérations, et qui est avant tout rurale. La limite des possibilités de la région Bourgogne n’est pas du même niveau que la limite de plus grosses régions ».

Un « risque financier au-delà du raisonnable »

Plusieurs questions se posent. La Fédération n’aurait-elle pas pu combler ces 250 000 euros (à mettre en regard avec par exemple le coût, un peu moindre, d’un stage équipe de France en Afrique du Sud) ? « Ce sont 250 000 à 300 000 euros. On ne pouvait se permettre d’investir autant. On a prévu un investissement autour de 10%. On assumait cela, vis-à-vis de nos licenciés, de nos clubs etc…Mais 250 000 à 300 000, on n’a pas les moyens de le faire » reprend Julien Mauriat. « C’est la Fédé qui prend le risque financier, c’est elle l’organisateur. Elle peut prendre un risque raisonnable. Et là, on était au-delà du raisonnable et il fallait se rendre à l’évidence qu’on ne pouvait pas poursuivre avec un tel niveau de déficit » abonde Claude Monnet, qui parle en connaissance de cause, lui l’expert comptable au cabinet KPMG à Chalon-sur-Saône. « Il faut rester réaliste, et on ne pouvait pas continuer dans ces conditions ».

« L’expérience de ce projet montre les difficultés, voire l’impossibilité, qu’auront les régions sans grosses agglomérations à organiser de grosses manifestations »

Deuxièmement, pourquoi avoir budgétisé une participation si importante de l’Etat? « La problématique est que la candidature date de 2010/2011. Le modèle économique d’un évènement est fixé quatre ans avant, et le budget est fixé à ce moment là. Ce que nous ne pouvions pas anticiper, c’est à quel point il y aurait des bouleversements sur la manière dont les évènements internationaux sont gérés, entre le CNDS (Centre National de Développement du Sport, ndlr) et l’Etat. On a longtemps espéré pouvoir boucler ce budget avec d’autres partenariats, comme les privés nationaux. Mais il faut un foyer de consommation et de population qui soient importants, ce qui n’est pas le cas à Paray-le-Monial » décrypte Julien Mauriat.

Le final au couteau entre Morhad Amdouni et Hassan Chahdi en 2011 à Paray-le-Monial est resté dans les mémoires

Quand les partenaires  privés ne se bousculent pas, quand la puissance publique limite ses dépenses, les conséquences sont donc substantielles pour des régions plus rurales, telles que la Bourgogne. « L’expérience de ce projet montre les difficultés, et à mon avis l’impossibilité, qu’auront les régions sans grosses agglomérations, donc avec des puissances financières plus faibles, à organiser de grosses manifestations » s’alarme Claude Monnet, qui souligne. « Ce qui est paradoxal, c’est qu’il y souvent une capacité financière plus faible dans les zones rurales, qui est compensée par un engouement et une volonté supérieures. Et c’est inversement proportionnel pour les grandes agglomérations ».

Un mois pour trouver un autre site et conserver une crédibilité

Toujours est-il qu’il faut chercher un autre lieu dans les plus brefs délais. « On s’est donnés un mois pour la simple et bonne raison qu’en novembre, les budgets des collectivités pour 2015 sont bouclés. Si on n’arrive pas à convaincre tout le monde dans le mois qui vient, on sait que l’on n’arrivera pas à financer. On sait qu’on est capables d’organiser, et la France reste malgré tout une très belle terre de cross. La problématique principale, c’est de convaincre les acteurs locaux de financer. On cherche également des sites avec un aéroport international rapidement accessible, et une capacité d’hébergement ample (afin de diminuer les coûts de transports notamment, ndlr) » explique Julien Mauriat.

Départ des seniors aux France de cross 2011 à Paray-le-Monial

Plusieurs pistes sont explorées. Comme La Roche-sur-Yon, qui a accueilli les France à deux reprises récemment, en 2010 et 2012 ou Saint-Galmier, où se sont déroulés les Mondiaux 2005 ? « Ils font partie des sites possibles, au même titre qu’une dizaine d’autres en France. Oui, quelques cross sont venus vers nous depuis l’annonce. Je n’en dirais pas plus » sourit Julien Mauriat.Il reste donc un mois pour trouver une solution, auquel cas la crédibilité tricolore serait quelque peu entachée… « Je vous confirme. C’est pour ça qu’il faut qu’on trouve des solutions » appuie Julien Mauriat.

« Une grosse déception mais pas de remords car toutes les pistes ont été explorées »

Pour Paray-le-Monial, à peine 10 000 habitants, la belle histoire amorcée par l’organisation des inters en 2007 puis des France en 2011 s’arrête donc là. Une histoire qui s’est aussi écrite au plan départemental, puisque c’est aussi de l’ensemble de la Saône-et-Loire que sont issues les quelques 200 personnes (environ 60% venant de l’athlé), toutes bénévoles, qui ont œuvré au projet, malheureusement pas finalisé. « Ça été une énorme déception car l’aventure ne va pas à son terme. Il y a eu un gros gros travail de fait tous les jours depuis deux ans et demi. Le soir et la nuit, on travaillait sur le projet. Oui, c’était un travail complètement monstre mais passionnant. Mais nous n’avons pas de remords car on a exploré toutes les pistes possibles. Les gens sont dépités et très déçus de voir que le projet n’ira pas à son terme alors que tout l’organisation –logistique, le site, les bénévoles- n’est pas en cause, au contraire » relève Claude Monnet, qui précise. « Un projet comme ça, ça ne s’arrête pas du jour au lendemain.  C’est plus court de le fermer que de l’ouvrir, mais il y a tellement de ramifications et de personnes impliquées qu’il faut du temps pour le fermer. Là, je vais attaquer une réunion (jeudi 2 octobre, ndlr) pour voir comment clôturer tout ça, remercier etc… »Ou quand l’organisation de tels évènements reflète typiquement le sport, qui véhicule autant de fortes émotions que de grandes déceptions…