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Ça bouge à l’IAAF

Dans le sillage des révélations concernant un scandale de dopage et de corruption en Russie et éclaboussant l’IAAF, voici les premières conséquences avec le retrait de deux personnes clés.

Les révélations du journal L’Equipe, puis surtout la diffusion sur la chaîne ARD de trois reportages réalisés par le journaliste allemand Hajo Seppelt (lire ici) ont entraîné leurs premiers effets, passés les déclarations d’intention et les communiqués de presse pour endiguer le scandale. Pour rappel, ces révélations mettent au jour un probable dopage quasi institutionnel en Russie, scandale entaché de corruption, à de nombreux échelons du sport russe (athlètes, dirigeants, autorités antidopage) mais aussi de l’IAAF, la fédération internationale.

Ainsi, celle-ci a publié un communique de presse sur son site internet le 11 décembre, indiquant que le président de la Fédération d’athlétisme russe (ARAF) mais aussi trésorier de l’IAAF Valentin Balakhnichev – personnage clé de l’affaire- cessait « volontairement » ses fonctions de trésorier et membre du conseil jusqu’à ce que l’enquête menée par la commission d’éthique soit terminée. « Volontairement » ou fortement incité par les membres du conseil de l’IAAF (l’organe de gouvernance de l’IAAF, composé de 27 membres)….

Balakhnichev n’a pas été le seul à se retirer, temporairement, du moins pour l’instant. Papa Massata Diack, fils du président de l’IAAF Lamine Diack (qui se retirera en août prochain), a également provisoirement suspendu ses activités de consultant marketing pour l’IAAF. Il est accusé dans deux affaires distinctes.

Tout d’abord, il est impliqué par Andreï Baranov, le manageur de la marathonienne Lilia Shobukhova. Celle-ci aurait déboursé 450 000 euros à la fédération russe (ARAF) afin d’éviter qu’elle ne soit suspendue suite à des valeurs anormales présentées par son passeport biologique. Finalement suspendue deux ans, elle aurait réclamé cet argent et n’aurait obtenu que 300 000 euros (lire ici).

Andreï Baranov fait aussi état d’une réunion ayant eu lieu à Moscou entre Balakhnichev –président de l’ARAF et trésorier de l’IAAF- et Papa Massata Diack au cours de laquelle il aurait été question de cet argent versé.

L’ARD affirme qu’elle détient la preuve du versement de 300 000 euros de l’ARAF à Shobukhova alors que l’argent versé aurait transité par une société basée à Singapour (Black Tidings), détenue par un homme d’affaire chinois associé à Papa Massata Diack.

Egalement mis en cause par Baranov et présent à cette réunion, l’avocat de l’IAAF Habib Cissé a démenti toute implication dans L’Equipe du 12 décembre, indiquant que l’objet de la réunion était la signature d’un contrat de plusieurs millions de dollars avec une banque russe.

Hajo Seppelt : Stepanov, «  le Edward Snowden du monde sportif »

D’autre part, le quotidien britannique The Guardian fait état de courriels suggérant que Papa Massata Diack, 50 ans, aurait réclamé pas moins de cinq millions de dollars de la part du Qatar afin de faire pression sur son père dans l’attribution des championnats du Monde d’athlétisme 2017, en octobre 2011 (ces derniers avaient été attribués à Londres, alors que l’édition 2019 aura lieu au Qatar). Allégations que le consultant marketing de l’IAAF, notamment chargé de trouver des partenaires du côté des marchés émergents, a démenties, se mettant donc toutefois en retrait de ses activités à l’IAAF le temps que la commission d’éthique enquête.

Et tout cela n’est sans doute pas terminé. Le journaliste allemand Hajo Seppelt a indiqué qu’il avait reçu de nouvelles preuves. « Nous n’avions pas prévu de suite (à la diffusion des trois premiers reportages). Mais les gens nous envoie de plus en plus d’éléments venant étayer le fait qu’il y a un dopage systématique dans le sport russe » a-t-il souligné vendredi 12 décembre au site russe championnat.com (ses propos ont été repris par The Guardian). « C’est pourquoi je n’exclus pas de faire une suite. Si c’est nécessaire, nous réaliserons une seconde partie ».

Hajo Seppelt a également comparé le lanceur d’alerte Vitaly Stepanov (l’ex membre de l’agence d’antidopage russe, la Rusada, a parlé à visage découvert des pratiques de corruption) à Edward Snowden*. « C’est absolument une extraordinaire personne. Il est le Edward Snowden du monde sportif. Il veut lutter contre le dopage (…) Il n’a pas d’argent à gagner. Il veut juste dire la vérité et être honnête ».

L’AMA enquête aussi

Enfin, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) a de son côté annoncé la mise en place d’une commission d’enquête indépendante mardi 16 décembre. C’est l’ancien président de l’AMA, le Canadien Dick Pound, qui présidera cette commission composée au total de trois membres, et qui sera chargée à partir de janvier « d’examiner les allégations mises au jour dans les reportages, ainsi que quantité d’informations soumises séparément à l’AMA, et de déterminer si des violations aux règles antidopage ont été commises » selon le communiqué diffusé par l’AMA.

L’IAAF s’est réjoui de cette annonce de l’AMA dans un nouveau communiqué de presse mis en ligne sur son site internet, répétant une nouvelle fois que sa commission d’éthique était totalement indépendante de l’IAAF elle-même.

Dick Pound s’était montré particulièrement virulent après la diffusion des premiers reportages, fustigeant le 6 décembre dernier dans le Daily Mail, l’attitude de l’IAAF qui tardait à réagir.

« Je ne trouve pas ça surprenant qu’ils ne répondent pas. Je trouve ça tristement habituel. Si ces allégations sont prouvées avec suffisamment de certitudes, l’IAAF, l’AMA et le CIO pourront dire que les Russes sont en non-conformité (avec le code mondial antidopage) et qu’ils sont suspendus de toutes les compétitions jusqu’à ce qu’ils changent les choses. Ce que je ne sais pas, c’est s’ils sont suffisamment efficaces à l’intérieur de ces organisations pour le faire ».

L’ancien président de l’AMA a maintenant les moyens d’agir.

* ancien employé de la CIA et de la NSA, l’informaticien américain a révélé au grand public en 2013 plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques.