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Bryan Cantero, le jour et la nuit

Après une saison 2014 où il fut handicapé par une lancinante tendinite au genou, Bryan Cantero est désormais reparti sur de solides bases. Il vient de réaliser une probante rentrée sur 800 mètres à Lyon, et a pour ambition de passer un gros cap cette année sur 1 500 mètres, avec dans le viseur les Mondiaux à Pékin et les JO à Rio.

Il y a presque un an, Bryan Cantero se trouvait au CERS (Centre Européen de Rééducation du Sportif) de Capbreton (Landes) pour soigner un syndrome de l’essuie-glace (tendinite au genou) qui l’empêchait d’avoir de la continuité dans ses entraînements depuis août 2013. En dépit d’une préparation forcément tronquée, il  avait battu début août son record personnel sur 1 500 mètres (3’36’’08) le 19 juillet à Heusden, tout près des minima pour les championnats d’Europe à Zurich (3’35’’80).

En ce mois de janvier, il se trouve dans de tout autres dispositions. « C’est le jour et la nuit. L’année dernière, je passais tout au forceps, en souffrance et dans la crispation. Je sentais que je n’avais pas de caisse. C’était une course constante contre la montre et je partais de trop loin. Cette année, je ne veux pas dire que je suis avance, car on n’y est jamais, mais je suis en tout cas dans les temps. Je pense que je peux faire une très bonne saison, s’il n’y a pas de pépins. Tout se passe bien en ce moment ».

Rentrée sur 1 500 m à Karlsruhe

Vingt jours de coupure en août, une reprise en douceur en compagnie de Simon Denissel à la fin du mois lors de vacances en Italie, l’Aixois s’est ensuite astreint à une solide prépa foncière à l’INSEP, sous la houlette de Jean-Claude Vollmer, avec qui il s’entraîne depuis septembre 2013. « Avec Hassan (Chahdi) et Morhad (Amdouni), j’avais de bon partenaires. Ils ont eu quelques pépins physiques, mais on a pu passer pas mal de séances ensemble. Du coup, c’était assez motivant ».

A Allonnes –« je n’étais à la base pas parti pour faire les sélections mais comme Hassan y allait et que j’étais plutôt bien sur les séances longues sur piste, on a décidé de courir pour renouer un peu avec la compétition », ses progrès se sont matérialisés par une solide et inattendue 12e place. Puis, quelques jours avant les championnats d’Europe de cross de Samokov, il doit pallier le forfait de Yassine Mandour, blessé à un pied. Pas dans les meilleures dispositions, il termine finalement 52e.

« C’était un peu plus délicat. On avait commencé à bifurquer sur la prépa indoor et on avait un peu moins bossé la caisse. Non, c’est vrai que le parcours ne m’a pas avantagé » sourit le champion de France indoor du 1 500 m 2013. Les labours ne représentent toutefois pas l’objectif principal. « Ça fait toujours “chié“ de passer à côté d’une sélection même si ce ne n’est pas non plus mon domaine de prédilection. Mais je suis reparti à l’entraînement, et avec la grosse base foncière que j’ai faite, les séances s’enchaînent mieux ». A partir de la fin décembre, place donc aux grosses séances spécifiques (« il y avait toujours des rappels de vitesse et des séances dynamiques cet automne» précise t-il) et à la salle.

 

A Allonnes (Photo Yves-Marie Quemener)

A Allonnes (Photo Yves-Marie Quemener)

 

Le 18 janvier, lors des régionaux indoor à Lyon, il bat son record personnel sur le double tour de piste (1’48’’67 ; son record perso estival : 1’48’’65 en 2012), à quelques encablures des minima pour les championnats d’Europe indoor à Prague (6-8 mars). Forcément encourageant. «C’était conforme à ce que je faisais récemment à l’entraînement. J’aurais même pu espérer courir plus vite car j’ai passé de très bonnes séances à l’entraînement. Après, il n’y avait pas une très grosse densité » explique Bryan Cantero, emmené par un camarade de son club sur les 400 premiers mètres.

Il courra le 31 janvier à Karlsruhe (Allemagne) sur 1 500 mètres, avec l’ambition de claquer un gros chrono (minima à 3’40’’50). Puis il pourrait s’aligner sur 3 000 m à Mondeville (7 février), avant les France à Aubière (21 et 22 février).

« L’objectif est de claquer un gros chrono cet été »

 

Dans la foulée d’une saison 2013-2014 délicate, et d’un temps d’adaptation inhérent à un nouvel environnement athlétique, les choses se mettent progressivement en place. « ça commence à prendre forme avec le coach, avec le groupe. Tout s’emboite bien, c’est cool » résume t-il. « Oui, je n’ai jamais été aussi bien préparé. Je n’ai jamais fait une prépa foncière aussi bonne et je n’ai jamais eu des sensations aussi bonnes sur le court. C’est bon signe pour la suite ».

Si les Europe indoor* constituent un rendez-vous substantiel, Bryan Cantero, en Bachelor (troisième année) à l’école de commerce sports business AMOS à Paris, voit plus loin. « L’objectif est de claquer un gros chrono cet été, de participer aux Mondiaux de Pékin, de passer un vrai cap pour se placer avant les Jeux. Car l’objectif final, ce sont les Jeux ». Un gros chrono ? « C’est être dans le gotha mondial, c’est au moins 3’33’’ » répond sans forfanterie celui qui, rappelons-le, avait pris la 10e place des Mondiaux juniors sur 1 500 m en 2010 à Moncton.

* Il avait revêtu pour la première fois le maillot tricolore chez les seniors aux championnats d’Europe indoor à Göteborg en 2013 ; éliminé sur 1 500 m en séries.

 

Pour prolonger :

A retrouver sur ce lien une intéressante et originale websérie consacrée à la douleur chez le sportif, et réalisée avec cinq athlètes (de disciplines différentes) s’entraînant à l’INSEP, parmi lesquels Bryan Cantero pour la course à pied.

Sur cet autre lien, à réécouter, l’émission « La tête au carré » diffusée le 14 janvier dernier sur France Inter et qui fut consacrée à la douleur chez les sportifs, avec notamment deux intervenants : Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université Paris Descartes et directeur de l’Irmes, ainsi que Guy Missoum, maître de conférences en psychologie de la réussite à l’Université Paris X Nanterre.