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Benjamin Malaty, entre amertume et satisfaction

Benjamin Malaty disputait son deuxième championnat international sous les couleurs de la France, près d’un an après sa 28e place aux championnats du Monde à Moscou. Dimanche matin, au terme d’une course épique, il s’est classé 15e et 3e Français en 2h17’09’’. Très fatigué musculairement comme pléthore de marathoniens, il est revenu à chaud sur sa course, quelques instants après avoir franchi la ligne d’arrivée. Un peu de déception par rapport à sa 15e place, mais la satisfaction du podium par équipes.

Quels sentiments vous animent?

«C’est le marathon et son lot de surprise. Je me sentais super bien. Les 10 premiers kilos, c’est un régal: je me balade. Le Polonais est devant: dans le peloton, ça fait des à-coups car il y a des mecs qui veulent revenir. Ça fait des kilos en 3’ puis en 3’05-3’10. Je gère. Après le 2e ravitaillement, je sens que j’ai le ventre plein. Dans la deuxième côte, j’ai mal au ventre. Je commence à avoir un point dans l’intestin. Je lâche le groupe en me disant que je vais revenir dans la descente et sur le plat. Et je suis à 30-50 mètres et je ne reviens jamais. Je suis en chasse pendant 3, 4 km en faisant des kilos en 3’05-3’07. Je ne récupère pas le groupe: ça me met un coup sur la tête. J’ai fait plus de 20 bornes tout seul, entre 3’15 et 3’20. Je ne suis pas à la dérive mais j’attends de ne plus avoir mal au ventre.Ce n’est pas une excuse mais ce sont les aléas du marathon.»

Comment expliquez-vous ce mal de ventre?

«Je ne sais pas. Ce sont peut-être les à-coups, peut-être les boissons. Tout allait bien. Le ventre était niquel ce matin. Est-ce que j’ai trop salé mes boissons? Je ne sais pas. L’explication, je ne l’aurais jamais. Il faut passer à autre chose.»

Vous avez semblé mieux sur la fin, remontant quelques places, non?

«Je maintiens car je vais mieux au niveau du ventre mais ce n’est pas pour ça que je vais plus vite. J’arrive à maintenir une allure correcte. Je reviens un peu. Cardiaquement, je ne suis pas haut. Je suis sûr que je perds 15 à 20 pulsations entre le 15e kilo et la fin. Je ne sais même pas combien je finis.»

15e et deuxième par équipes, à quelques secondes de la première place.

«Je savais que ça allait être chaud. On m’a dit premier par équipes tout du long. Mais El Hassane craque sur la fin. Je reste sur la même allure, quand je le passe j’essaie de finir. Et à la fin je sens que c’est un peu juste. Je m’en veux un peu car j’aurais dû faire mieux. On fait quand même un podium: c’est très serré, il y avait une belle lutte par équipes.»

«J’ai 28 ans, ça paraît vieux, mais je suis un gosse»

Avez-vous songé à un podium en début de course, lorsque vous étiez bien?

«Non, j’ai senti que ça allait être très costaud. Je voyais le monde qu’il y avait. Je sentais que j’étais bien mais que ça allait être très très dur. Je me suis dit un top 10. Je savais que ça allait craquer devant, mais je ne pensais pas avoir ces problèmes là. Je suis assezcontent d’avoir fait 15. Honnêtement je pense qu’il y avait une place dans les 8-10. En dessous je n’étais pas prêt. Physiquement j’étais juste.»

Ça a tapé musculairement?

«Le cardiaque, je ne peux pas le pousser, avec le ventre. J’ai deux ampoules sous les pieds, je ne sais pas pourquoi. C’est le marathon. Il n’y a pas à chercher d’excuses. Des fois ça se passe suber bien, des fois ça se passe moyen. Là, c’est moyen. Quand je vois le niveau devant, je n’ai pas de regrets pour le podium ou un top 5. J’ai des regrets pour un top 10 et la victoire par équipes.»

Comment avez-vous trouvé ce parcours?

«Je n’ai pas poussé à fond mon cardio, mais je pense que le parcours était extrêmement dur. Physiquement, avec les manques de l’hiver (il était blessé), et peut-être un manque de prépa physique dû aux petites blessures, aux petites gènes, je l’ai payé. Je ne suis pas encore prêt à supporter 40 km sur ce type de parcours. J’apprends, je suis encore jeune. J’ai 28 ans, ça paraît vieux, mais je suis un gosse.»

«Ambiance monumentale. Monumentale»

Avez-vous souffert de la chaleur?

«Non. Il fait un peu chaud sur la fin, j’ai soif mais parce que je n’ai pas assez ravitaillé aux 20 et 25, je n’arrivais plus à boire. Ça ne m’a pas trop dérangé. J’aurais préféré le temps de hier (samedi, beaucoup plus frais pour le marathon féminin). J’aurais pu faire un peu mieux mais la température est assez agréable pour un été.»

Un dernier mot sur l’ambiance. Comment l’avez-vous trouvée?

«Monumentale. (il répète) Monumentale. A partir du 15e, 20e, on est dans son truc, on ne voit plus rien. On sent qu’il y a du monde. Mais les dix premiers kilomètres, c’est un truc de malade. (il insiste). C’est un truc de ma-la-de. Un truc de barjot. J’ai cru que j’étais dans un col du tour de France, non stop, pendant 40 bornes. Impressionnant. Il y avait vingt fois plus de monde que la course des filles. C’était incroyable. A la fin, on ne sait plus, je n’ai même pas vu les kilos passer. Là, j’ai extrêmement mal au ventre. J’ai l’impression d’avoir des crampes au ventre. J’espérais mieux faire mais c’est le sport.»