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Audrey Merle, record de France junior du 10 km  

Audrey Merle a amélioré à Houilles le 28 décembre dernier le record de France junior du 10 km, en claquant 34’37’’. Elle a ainsi retranché près de trente secondes à la précédente marque (35’04’’) de Cassandre Beaugrand à Saint-Denis le 26 octobre. Une Cassandre Beaugrand qui était encore cadette quand elle a réalisé ce chrono et qui pourrait donc reprendre ce record dans les deux années à venir.

A l’instar de la sociétaire de l’As Monaco, Audrey Merle (19 ans) est triathlète et a accompli une excellente saison 2014, montant sur les podiums européen chez les juniors le 20 juin (2e) puis aux Mondiaux à Edmonton fin août (3e). L’athlète du Montpellier Agglo fut également vice-championne de France de cross junior en mars dernier au Pontet derrière Johanna Geyer Carles.

En pleine semaine d’examens, Audrey Merle, qui vient de passer espoir, a pris le temps de s’arrêter un moment afin d’évoquer placidement ce record, son parcours, ses futures ambitions et son double projet sports/études, essentiel pour son équilibre. « On essaie d’allier sports et études, mais ça n’a pas marché ce matin. Le sport a lâché. Je n’avançais plus. J’ai dû faire un record de lenteur » sourit t-elle, alors qu’elle décidera à l’issue de sa semaine d’examens si elle prend part ou non aux départementaux de cross ce week-end.

Ce record de France juniors était-il votre objectif en vous alignant à Houilles ?

Je comptais au moins descendre sous les 35’, sans vouloir spécialement le battre. Je n’ai pas eu spécialement de très bonnes sensations pendant la course, peut-être parce que ce n’est que mon 2e km (après ses 35’30’’ à Cannes le 23 février dernier). Ce n’est pas forcément un effort que j’apprécie beaucoup. Je préfère courir après le vélo et je n’ai pas le même ressenti. Mais c’est relatif car pour faire ce temps là, je ne devais pas être mal non plus (sourire). Grégory Rouault (également triathlète) m’a emmené sur des bases de 34’30’’.  On est passés en 17’10’’ au 5e km et sur des bases plus rapides avant.

Pourquoi ne pas avoir couru les sélections pour les championnats d’Europe de cross à Allonnes ?

C’est un choix par rapport à la saison de triathlon, que j’ai terminé un peu tard. De plus, j’ai eu une fracture du scaphoïde fin août. J’ai fait beaucoup de courses dessus en triathlon, jusqu’à la dernière où ça a vraiment lâché. Je suis allée à l’autre bout du monde, en Colombie et j’ai abandonné (le 12 octobre à Cartagena)… J’ai ensuite coupé trois semaines. J’en avais besoin. La reprise était du coup proche des sélections. J’ai préféré mettre l’accent sur le travail et ne pas trop m’égarer.

Cette fracture du scaphoïde (os du poignet) devait s’avérer handicapante, non !?

C’était après une chute à vélo la semaine avant les Monde (elle s’était faite renversée par une voiture). Pendant trois semaines, je ne savais pas que c’était une fracture et je me suis entraînée et j’ai disputé les compétitions avec. Ensuite, j’ai essayé de tenir jusqu’à la fin de la saison. Normalement, ce n’est pas très recommandé.

« J’ai découvert où je pouvais aller au fur et à mesure des courses »

 

3e aux championnats d’Europe sur triathlon, 2ème aux Mondiaux : vous avez réalisé une grosse saison.

Oui, ça été positif du début  à la  fin. Je n’avais jamais participé aux championnats d’Europe ni du Monde, je ne connaissais donc pas le niveau. Mais mes entraîneurs (sa référent au pôle espoir de Montpellier Stéphanie Gros, ainsi que Pascal Choisel) m’ont dit que j’avais une bonne carte à jouer. Ensuite, ça été un engrenage. C’est plus au fur et à mesure des courses que j’ai découvert jusqu’où je pouvais aller.

Vous avez beaucoup progressé par rapport à l’an dernier ?

Il y avait pas mal de choses qui avaient commencé à se décanter en 2013. Après, j’avais du mal à l’exprimer en compétition. Ça n’a pas été tout de suite efficace : il m’a par exemple fallu un temps d’adaptation pour passer de la natation au triathlon. Même si ça ne se voyait pas en termes de résultats, je me voyais progresser à l’entraînement. Il n’y avait pas de raison que ça ne marche pas mais j’attendais un peu le moment (sourire).

Priorité au triathlon

 

Vous n’avez pas commencé par le triathlon ?

En fait, je suis à la base nageuse, sur 200 papillon notamment. Même s’il y a la qualité d’endurance, au niveau de la technique, en eau vive et sur un lac, je suis partie de zéro. J’ai eu du mal à ne pas avoir ma petite ligne d’eau tranquille, et à appréhender les adversaires qui tapent dessus à côté. Je commence maintenant à bien le gérer.

Je me suis licenciée au club de Tours en 2010 puis je suis partie m’entraîner là-bas en 2011 (en pôle régional, alors qu’elle est originaire de Clermont). Je ne faisais que de la natation. J’ai gardé la course à pied comme loisir.

Vous avez pourtant terminé sur le podium des France de cross cadettes en 2011 à Paray-le-Monial.

A ce moment là, j’ai dû courir en moyenne une fois par mois. C’était vraiment comme quelqu’un qui avait envie de courir pour la santé et pour le plaisir. J’étais licenciée en athlé car j’adorais les cross. D’autant qu’en Auvergne, il y avait beaucoup de boue et tout ça. J’aimais ça (elle fut licenciée à Clermont jusqu’en 2013). J’ai gardé contact avec le cross sans faire de préparation car ça ne collait pas avec la natation.

Au vue de ce que je faisais en natation (proche des podiums dans ces catégories d’âge ; elle fut notamment demi-finaliste sur 200 m papillon aux France Elite en 2012 à Dunkerque, alors qu’elle était cadette) et de ce que j’ai fait aux France de cross en 2011, une personne de la fédération de triathlon m’avait proposé d’essayer. J’ai toujours eu dans un coin de la tête le triathlon, mais peut-être un peu plus tard. Je suis allée faire un aquathlon en 2011 et je l’ai gagné, à ma grande surprise.

Je suis partie faire un stage juste après pour voir à quoi ressemblait le triathlon. Ça m’a plu. J’ai quand même voulu me laisser une chance en natation. Je suis donc restée un an à Tours avec un entraîneur avec qui je m’entendais super bien, alors que j’ai cette année là disputé deux triathlons. Puis j’ai pris la voie du triathlon (elle s’entraîne depuis septembre 2012 au pôle espoir à Montpellier).

Régularité, avec les JO dans un coin de la tête

 

A quelle discipline comptez-vous donner la priorité ?

Clairement le triathlon. Ma saison ne s’organise pas du tout autour de l’athlétisme. Je fais des compétitions que si ça colle avec ma planification. Là, on arrive à une période assez charnière pour la course aux dossards olympiques. Je ferai tout ce que je peux faire en athlé, mais sans compromettre ma préparation en triathlon.

Les JO sont donc un objectif ?

Oui, sinon je n’en parlerai pas. Mais c’est plus une opportunité. A la base, quand je me suis mise au triathlon, je visais plus les JO de 2020. Après, il y a eu un concours de circonstance : j’ai progressé plus vite que je ne l’imaginais et il y a eu une ouverture au niveau des effectifs en filles. Ce qui fait que j’ai aujourd’hui mes chances.

Vous vous entraînez combien de fois ?

C’est très variable. Ça tourne entre 18 heures et 25 heures pour les semaines les plus intenses. En course à pied, je cours en ce moment quatre fois par semaine, et ça peut aller jusqu’à cinq comme avant Houilles où j’avais fait une dominante course à pied. On est plusieurs triathlètes mais nos emplois du temps sont différents, donc je me retrouve assez souvent seule sur les séances avec mon entraîneur.

Quels vont-êtres vos ambitions pour la saison qui s’annonce ?

J’espère que je pourrais rentrer sur des WTS (World Triathlon Series, les manches qui rassemblent les meilleures triathlètes planétaires ; elle a disputé le 27 septembre 2014 une manche de coupe du Monde en Turquie, niveau juste en deçà des WTS, terminant à une probante 5ème place). Si je peux rentrer sur ces courses (des quotas sont attribués à chaque épreuve), les WTS seront les priorités car il faut commencer à aller chercher les dossards (pour les JO). Si tout se passe bien, c’est une année qui va être difficile à planifier car ça va beaucoup dépendre des résultats. Le but est d’être confrontée le plus possible au niveau Elite. J’ai envie de continuer à faire que ce j’ai fait jusqu’à présent, c’est-à-dire une saison régulière. Je pense aussi que la régularité me mènera à éventuellement une qualification (aux JO).

« J’ai besoin des études pour m’épanouir »

 

Il y a une forte émulation en course à pied chez les jeunes filles, notamment dans le sillage des triathlètes (lire par exemple ici), comme vous ou Cassandre Beaugrand. Ressentez-vous également cette émulation en triathlon ?

Oui oui. La saison de triathlon a été faite pour que les cadettes-juniors soient très souvent confrontées (comme aux championnats de France le 1er juin où la course fut commune aux deux catégories : Cassandre Beaugrand, championne de France cadette l’avait emporté au scratch devant Audrey Merle, 2ème au scratch et championne de France junior) notamment sur les tests de sélection dès le début de saison où il fallait être en forme pour se qualifier.

Au final, on sait très bien qu’il n’y a pas 50 places. S’il y en a une qui est forte et qui se détache un peu du lot, ça oblige à aller chercher un peu plus haut. Comme on commence chacune à bien défendre notre place, on se tire vers le haut.

Avec Cassandre, on fait en sorte que ça se passe bien même si ce n’est pas forcément une personne vers qui j’irai tout le temps. Après, je sais très bien faire la part des choses : je suis par exemple très contente de prendre le départ d’un relais avec elle (elles furent ensemble médaillées d’argent aux Mondiaux en relais par équipes le 13 juillet dernier, au sein d’un quatuor avec Dorian Coninx et Vincent Luis).

Vous étudiez à côté ?

Je suis en L2 STAPS. Les études ont toujours été une priorité et je n’ai pas spécialement envie de perdre d’année. Ça se passe plutôt bien et il n’y a pas de raison que je mette en parenthèses les études pour le triathlon. Ça sera peut-être à revoir s’il y a une qualif à jouer ou autre, mais je ne suis même pas sûre, car j’ai vraiment besoin de ça pour m’épanouir.

Que souhaitez-vous faire professionnellement ?

J’aimerais bien faire un master puis un doctorat en sciences du mouvement, plutôt axé biomécanique pour ensuite être dans la recherche et travailler en parallèle des Fédérations.