Athlétisme

Lavillenie, l’histoire se répète

Partager
Poste Le 24 août 2015 par adminVO2

Comme en 2009 et 2011 (bronze) et Moscou (argent), Renaud Lavillenie a dû se contenter de la médaille de bronze en finale des championnats du Monde ce lundi 25 août. La France décroche sa première médaille de ces Mondiaux.
Mais ce n’était évidemment pas le métal attendu. C’était écrit : Renaud Lavillenie bouclerait la boucle à Pékin, après son titre olympique, son triplé aux championnats d’Europe et bien évidemment son record du Monde recordman du Monde, l’or mondial lui tendait les bras. Le Clermontois avait bien connu un temps faible au cœur du mois de juillet, avant de reprendre son leadership à Londres il a trois semaines, en effaçant 6,03 m.
Après une première barre effacée à 5,80 mètres – sa 2e attaque la plus perchée après ses 5,82, réussis, à Monaco il y a un mois- il était pleinement lancé. « D’habitude, quand çà part comme çà, ça se poursuit bien » analysait après-coup son coach Philippe d’Encausse.
Sauf que la « machine », au propre comme au figuré (c’est ainsi que le DTN Ghani Yalouz l’avait surnommé) manqua son premier essai à 5,90 m, hauteur à laquelle s’attaquaient six sauteurs. Le Canadien Shawnacy Barber l’effaça à sa première tentative.
Lavillenie avait alors l’obligation de franchir six mètres pour espérer l’or. « J’ai pensé à faire l’impasse, mais on était encore six ».
Deuxième essai. Loupé, alors que Kévin Ménaldo, médaillé de bronze à Zurich, échouait d’un rien. Dans les tribunes, la crispation se lit dans le camp français. Au pied du mur, le Charentais de naissance s’élança pour son ultime tentative. Sans réussite, et le long râle du Nid d’Oiseau fut alors lourd de sens.
« J’étais bien dans ma tête »
Lavillenie suivit, presque hébété, la victoire de Barber en marchant le long du sautoir. Ce dernier l’emporta finalement, devant le champion du Monde en titre Holzdeppe, et Lavillenie, à égalité avec les Polonais Wojciechowski et Lisek, alors que Ménaldo termina 6e, battu aux essais pour le podium.
« C’est à ni rien comprendre » souffla t-il en direction de Philippe d’Encausse, en bas de la tribune.
Un peu plus tard, en zone mixte, il développa : « Mon échauffement a été bon, comme mon début de concours. Ça m’a mis en confiance pour la suite. A 5,90 m, j’ai quasiment fait les trois mêmes sauts avec une perche qui n’avance pas comme elle doit. C’est un peu difficile car même Philippe, d’un point de vue extérieur, a du mal à ne pas comprendre pourquoi çà n’a pas avancé, au vu de ce que j’étais capable de faire précédemment ».
D’aucuns invoqueront sa difficulté à renverser une situation lorsqu’il ne mène pas la danse. Mais les JO en 2012 avaient prouvé sa capacité à se transcender à l’instant décisif. La pression de l’évènement ? « Il est habitué à çà » réfutait D’Encausse. « Le fait de n’avoir jamais gagné l’or aux Mondiaux a pu avoir un effet lors d’autres championnats. Mais aujourd’hui, j’étais bien dans ma tête. A aucun moment, je n’ai eu de petit coup de stress » poursuivait Lavillenie.
Le sport, c’est aussi de l’inattendu, de l’irrationnel, a fortiori le saut à la perche, discipline éminemment aléatoire. « Des fois, tu es en super en forme et tu rates. Des fois, tu es en mauvaise forme et tu réussis. On ne peut pas tout expliquer et il faut l’accepter. Et je l’accepte. La seule et maigre satisfaction, c’est qu’en un seul saut, je gagne une médaille ».
« On a déjà vu Sergueï (Bubka), il dominait et est des fois passé à travers. La perche, ce n’est jamais écrit. Tu peux être le plus fort et ne pas gagner. Ça veut dire que tu n’a pas réussi à être le plus fort ce jour là » soulignait Gérald Baudouin.
Le « grand kif » de Ménaldo
De son côté, Kévin Ménaldo, tout proche du podium, affichait un large sourire. « Je ne veux pas faire la mauvaise langue.  C’est ma première finale aux championnats du monde. Je suis à la baston pour la médaille d’argent. J’ai pris du plaisir. C’est ce qu’il faut à la perche. C’est un grand grand kif. Je suis un homme heureux ».
Il y a trois semaines, une chute à l’entraînement avait entaillé sa confiance, et sa dernière séance technique, mercredi dernier, avait été très mauvaise.
« Il a montré que c’était un guerrier » relevait son coach Gérald Baudoin. « Sur les soixante sauts qu’il a du faire depuis trois semaines, il en avait réussis que huit. Je suis très heureux de ce qu’il a fait mais je suis hyper frustré car il peut passer 5,90 m sur le 2e ou 3e essai. Ça s’explique car il y a des petites fautes de marque ».
Ménaldo se projetait déjà sur l’année prochaine, et notamment les Jeux de Rio. Rio, où Lavillenie aura pour objectif de réaliser le doublé après son titre à Londres, lui qui a déjà éprouvé sa capacité à rebondir après ses échecs.
Si l’équipe de France ouvre son compteur au tableau des médailles, c’est davantage la déception qui dominait. Pierre-Ambroise Bosse l’atténuera t-il demain ?
Photo : © Getty Images for IAAF

X