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Arsène Guillorel, l’interview de la semaine

L’espoir Arsène Guillorel, 22 ans, a franchi l’Atlantique et poursuit sa progression depuis 2014 aux Etats-Unis. Ambitieux et posé, le sociétaire du Stade Brestois, 6e du 5 000 m aux France Elite à Angers vendredi dernier puis 12e le lendemain du 1 500 m, raconte son parcours et ses ambitions futures.

Comment vous –êtes vous senti lors ce 1 500 m ?

Aux 500 m, quand ils sortent l’accélérateur (lire le compte rendu ici), ça saute direct, je manque de vitesse. Je n’ai pas leur vitesse, c’est quelque chose que je n’ai pas beaucoup travaillé cette année, je travaille plutôt ma caisse, plutôt des allures 10 km. Mais c’est bien de faire un 1 500 m tactique de haut niveau, ça me montre ce qu’il reste à travailler.

Quel est votre parcours ?

Je suis à la base nageur et triathlète. Je connaissais Félix Duchampt qui était parti aux Etats-Unis, ça m’a un peu donné envie de faire comme lui. En plus de ça, j’ai commencé à faire de très bonnes perfs en athlétisme, notamment ma 2e place en junior sur 5 000 mètres en 2013. En voyant que j’étais un peu limité par mon physique en triathlon – je ne suis pas assez “stock“ pour être un nageur-, je me suis décidé à partir à la rentrée 2014, à Stanford en Alabama (DI). Je suis en économie et j’ai encore deux ans avant de passer le diplôme.

« Aux Etats-Unis, pour faire top 10 sur la course universitaire, il faut faire 13’40’’. Et il y a neuf mecs qui courent 13’32’’ et moins »

Comment s’est déroulée votre adaptation ?

Je m’adapte assez facilement. J’ai juste mis trois quatre mois à comprendre et à bien parler la langue.

Quels étaient vos objectifs cette année ?

J’aurais bien aimé courir en 13’45’’ – 13’40’’ sur 5 000 m (13’53’’85 le 10 juin, ndlr). Après, j’avais plus des objectifs NCAA, comme participer aux championnats nationaux universitaires sur 5 000 m. Ce que j’ai fait. J’aurais bien voulu faire un top 8 mais c’était très relevé cette année, il fallait courir 13’31’’ pour faire top 8 (il a fait 12e avec ses 13’53’’85). C’était une grosse course. Je pense que je vaux 13’45’’ sur une grosse course, après je ne les ai pas faits.

Quel est votre regard sur le 5 000 m entre la France et les Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, il y a des meetings, surtout en Californie, où il y beaucoup de densité. En division universitaire, il y a des coureurs qui vont vite sur 1 500 m, mais aussi des spécialistes du 5 000-10 000 m, ce qu’il n’y a pas en France. C’est surtout une grosse densité. Il y a évidemment un gars comme Morhad Amdouni qui est capable de courir 13’20’’, mais c’est le seul. Aux Etats-Unis, pour faire top 10 sur la course universitaire, il faut faire 13’40’’. Et il y a neuf mecs qui courent 13’32’’ et moins. Je pense que c’est un plus pour progresser de voir le niveau.

Sur quelles distances voyez-vous votre avenir ?

Plus sur 5 000 – 10 000 m que 1 500 m, même si j’adore le 15 qui est une de mes courses préférées. Mais ma pointe de vitesse pure, ce n’est pas ça.

« Dans les deux ans, j’espère faire autour de 13’25’’ sur 5 000 m et moins de 28’ sur 10 000 m »

Vos objectifs à moyen terme, c’est l’équipe de France ?

Tant que je serais Etats-Unis, ça sera difficile car les objectifs sont décalés. J’aurais plus des objectifs chronométriques les deux années qui viennent, j’espère autour de 13’25’’ sur 5 000 m et moins de 28’ sur 10 000 m.

Une fois que j’aurais fait ça, je me concentrerai vraiment sur des objectifs de qualification avec l’équipe de France, sur des distances où il n’y a pas grand monde en France. Et après essayer de performer au niveau international.

Ce sont des ambitions élevées. Actuellement, personne ne court en moins de 28’ sur 10 000 m.

C’est assez ambitieux oui, mais ce sont mes qualités. Je n’ai fait jamais fait de 10 000 m, mais j’ai une capacité aujourd’hui à courir en 1’08’’ très facilement (bases 2’50’’ aux 1 000 m soit 28’20’’ aux 10 000 m, ndlr). Et je peux faire ça tout seul. J’ai couru un 5 000 m en 13’55’’(73) en indoor tout seul. J’ai beaucoup progressé depuis que je suis là-bas. 28’ c’est ambitieux, mais je pense que c’est faisable dans les deux ans.

Vous avez de bonnes conditions d’entraînement ?

Oui, c’est magnifique. Tout est sur le campus, les cours, la piste, l’entraîneur. Les horaires de cours, c’est beaucoup plus simple qu’en France avec 14 heures de cours par semaine. Après, il y a beaucoup plus de travail personnel mais tu fais ça un peu quand tu veux. J’arrive à m’organiser très facilement. Aux Etats-Unis, ils ont cette possibilité de faire des études et du sport de haut niveau, ce qu’on n’a pas en France, c’est un peu ce qui m’a décidé de partir.

Quid des cross NCAA ?

J’avais fait un très bon régional, en terminant 2e. Aux Nationaux, j’étais parti comme un taré. C’est énorme, tu as des mecs vraiment très forts comme Edward Cheserek, Patrick Tiernan. J’ai essayé de suivre en me disant qu’on verrait ce que ça donnerait, mais j’étais lactique au bout de 800 mètres (sourire). J’ai complètement explosé (164e). Cette année, j’aimerais faire top 20-30 et un top 10 d’ici deux ans.

Interview : Quentin Guillon.

Photo : Facebook Arsène Guillorel.